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Citations sur la frontière

Un nouveau dogme s’institue : tout doit fluctuer…

« Un nou­veau dogme s’institue : tout doit fluc­tuer, se mêler sans répit, sans entraves, donc sans fron­tières. Dieu est mou­ve­ment. Cir­cu­ler est bon. Demeu­rer est mal. Plus rien ne doit se pré­tendre de quelque part puisque tout peut être de par­tout. Qui s’opposera intel­lec­tuel­le­ment à la reli­gion du flux est un chien. »

Syl­vain Tes­son
Que ferons-nous de cette épreuve ?, entre­tien au Figa­ro, par Vincent Tre­mo­let de Vil­lers, 20 mars 2020

Je prends possession de Septentrion…

« En mon nom, en votre nom, je prends pos­ses­sion de Sep­ten­trion. Il n’y a de vraie conquête que lors­qu’on sort de ses fron­tières pal­pables et impal­pables sans esprit de retour. Pour n’a­voir pu le com­prendre, sem­blables à tous les hommes de ce temps, ceux qui nous ont pré­cé­dés ici ont misé­ra­ble­ment reflué au sein de la masse pro­tec­trice. Dieu mer­ci ! nous autres, nous n’en sommes plus là. Et main­te­nant, allons fêter cela ! »

Jean Ras­pail
Sep­ten­trion, édi­tions Robert Laf­font, 1979, réed. 2007

Feignant d’avoir reniflé des loups…

« Fei­gnant d’a­voir reni­flé des loups, ou des rôdeurs, ou toute autre créa­ture mal­fai­sante, le comte Frantz expé­diait l’en­fant jus­qu’à la lisière de bou­leaux qui mar­quait le fond du parc et qui lui sem­blait le bout du monde. Vous plan­te­rez ce bâton, Tris­tan, disait-il, vous y pose­rez votre main droite, vous n’o­met­trez pas de fer­mer les yeux, puis vous réci­te­rez cette prière que je vous incite à ne jamais oublier : Kouj Karas­sa­kal albas­ti jouïou­na­chi kouj karas­sa­kal…, et ain­si vous nous sau­ve­rez. Le bâton-loup du petit homme nous a tou­jours pro­té­gé.” À l’en­fant qui reve­nait, trem­blant de peur, le visage blanc, mais ayant accom­pli sa mis­sion, il disait ensuite : Je suis fier de vous, Tris­tan, vous voi­là un vrai guet­teur de fron­tière, à pré­sent.” »

Jean Ras­pail
Les royaumes de Borée, édi­tions Albin Michel, 2003

La frontière courait…

« La fron­tière cou­rait sur quelque quatre cent soixante-dix lieues face à l’est et au nord-est. Elle fran­chis­sait d’in­ter­mi­nables forêts, noir et argent durant le long hiver, des plaines spon­gieuses semées de lacs dont l’eau avait la cou­leur du plomb, des maré­cages qui dis­pa­rais­saient sous des océans de roseaux et des rivières rou­lant leurs flots boueux vers des des­ti­na­tions incer­taines. Elle esca­la­dait des col­lines au relief tour­men­té qu’un ciel bas fai­sait appa­raître comme autant de mon­tagnes infran­chis­sables dont les som­mets se confon­daient avec l’é­pais pla­fond des nuages. Face au nord, elle se per­dait dans l’in­fi­ni de la taï­ga au-delà de laquelle s’é­ten­dait une mer glauque héris­sée de rochers bat­tus par des vents furieux, mais nul voya­geur, nul marin, hor­mis le com­mo­dore Liech­ten­berg en 1631, ne s’é­tait avan­cé jus­qu’à ces rivages. »

Jean Ras­pail
Les royaumes de Borée, édi­tions Albin Michel, 2003

Le mur de Berlin tombe. Le règne du matérialisme global commence…

« Le mur de Ber­lin tombe. Le règne du maté­ria­lisme glo­bal com­mence. L’Histoire est finie, annonce un pen­seur. Le Com­merce est grand, tout diri­geant poli­tique sera son pro­phète, le globe son souk. L’humanité se connecte. Huit mil­liards d’êtres humains reçoivent le même signal. Le Mol­do­va­laque et le Ber­ri­chon peuvent dési­rer et acqué­rir la même chose. Le digi­tal par­achève l’uniformisation. »

Syl­vain Tes­son
Que ferons-nous de cette épreuve ?, entre­tien au Figa­ro, par Vincent Tre­mo­let de Vil­lers, 20 mars 2020

Le premier échelon d’entraide c’est la famille…

« Le pre­mier éche­lon d’entraide, de soli­da­ri­té et d’assistance, aux dires mêmes de l’État, c’est la famille et la filia­tion fon­dée sur le prin­cipe que les aînés aident à sau­ver les enfants. Et que les plus jeunes déploient auprès des anciens leur sol­li­ci­tude pro­tec­trice. C’est l’idée de la géné­ra­tion et du Temps long qui triomphe. Tout à coup, on découvre que la pre­mière sécu­ri­té sociale dans cette socié­té qui a fabri­qué une espèce hybride de soli­daires-soli­taires et fait naître des fils d’éprouvette, c’est la famille au sens de l’ordre natu­rel. Comme pour la fron­tière, comme pour la sou­ve­rai­ne­té, comme pour le local, on a éva­cué le réel par la porte, il revient par la fenêtre du confi­ne­ment. »

Phi­lippe de Vil­liers
Le nou­veau monde est en train de mou­rir du coro­na­vi­rus, entre­tien avec Bas­tien Lejeune, Valeurs Actuelles, 18/03/2020

Il faut sauver l’idéologie…

« Aujourd’hui, tous les pays euro­péens, y com­pris l’Allemagne, ont réta­bli leurs contrôles aux fron­tières. Seule la France se pré­oc­cupe de sau­ver le sol­dat Schen­gen”. C’est dire la puis­sance de l’idéologie, quand on pré­fère les morts du coro­na­vi­rus à la véri­té pro­tec­trice. Les belles âmes du Nou­veau Monde” à l’agonie pré­fèrent encore avoir tort avec le coro­na­vi­rus que rai­son avec les sou­ve­rai­nistes. Quoi qu’il arrive, il ne s’agit pas, selon eux, de sau­ver les malades, il faut sau­ver l’idéologie. Mais le Réel, qui est impi­toyable quand il tient à pleine main la faux du tré­pas, vient contra­rier leurs cer­ti­tudes et ino­cu­ler le doute dans leurs syl­lo­gismes mor­ti­fères. »

Phi­lippe de Vil­liers
Le nou­veau monde est en train de mou­rir du coro­na­vi­rus, entre­tien avec Bas­tien Lejeune, Valeurs Actuelles, 18/03/2020

La frontière, c’est à dire la protection…

« Aujourd’hui, nous com­pre­nons que cette vision idéo­lo­gique [mon­dia­liste] est en train de mou­rir du coro­na­vi­rus. En effet, quand revient le mal­heur, quand rôde la guerre – par exemple à la fron­tière gré­co-turque – ou la mort – avec la pan­dé­mie -, les zom­bies des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales n’ont plus rien à dire – et d’ailleurs on ne les consulte plus. C’est le grand retour au car­ré magique de la sur­vie.
Le pre­mier point du car­ré, c’est la fron­tière, c’est à dire la pro­tec­tion, ce pour quoi les États ont été inven­tés. Le deuxième, c’est la sou­ve­rai­ne­té, c’est à dire la liber­té des peuples pour prendre des déci­sions rapides et ajus­tées. Le troi­sième coin du car­ré, c’est le local, donc le contrôle au plus proche des inté­rêts vitaux. Le qua­trième point, c’est la famille, puisque, quand on décide de confi­ner un pays, la Répu­blique de la PMA” ne confie pas les enfants des écoles aux fonds de pen­sion mais aux pépés et mémés. »

Phi­lippe de Vil­liers
Le nou­veau monde est en train de mou­rir du coro­na­vi­rus, entre­tien avec Bas­tien Lejeune, Valeurs Actuelles, 18/03/2020

Qu’est-ce que la discrimination, si ce n’est l’action de distinguer…

« Qu’est-ce que la dis­cri­mi­na­tion, si ce n’est l’action de dis­tin­guer une chose d’une autre ? Dis­cri­mi­ner, c’est tra­cer des fron­tières, défi­nir des limites. Dans l’absolu, être, c’est déli­mi­ter un dedans et un dehors, c’est donc éga­le­ment dis­cri­mi­ner. Un pays n’existe que par ses fron­tières et les dif­fé­rences ne se concré­tisent que par des sépa­ra­tions. Toute action effec­tuée ou parole énon­cée en exclut fata­le­ment une autre et se trouve de fac­to dis­cri­mi­na­toire. Toute vie dif­fé­ren­ciée implique donc néces­sai­re­ment une dis­cri­mi­na­tion, une pré­fé­rence, une hié­rar­chie. »

Thi­bault Mer­cier
Athé­na à la borne. Dis­cri­mi­ner ou dis­pa­raître ?, Pierre-Guillaume de Roux édi­teur, 2019

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