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Emmanuel Mounier

Emma­nuel Mou­nier (1905−1950) est un phi­lo­sophe fran­çais par­ti­cu­liè­re­ment influent dans l’entre-deux-guerres. Inven­teur du per­son­na­lisme et fon­da­teur de la revue Esprit en 1932, il est notam­ment l’auteur de Mani­feste au ser­vice du per­son­na­lisme (1936) et Com­mu­nisme, anar­chie et per­son­na­lisme (1966).

Découvrez 3 citations d’Emmanuel Mounier

Nous devons être jeunes et nouveaux…

« La jeu­nesse, comme l’étranger, nous boute hors des atmo­sphères chaudes et des lieux connus. Sa ver­tu n’est pas de chan­ger le monde : le chan­ge­ment peut être recul, et le nou­veau n’est pas tou­jours du neuf. Elle est d’être la jeu­nesse, c’est-à-dire cette pure­té inté­rieure, cette bonne grâce, cette frai­cheur et cette abon­dance que l’on voit plus par­ti­cu­liè­re­ment dans les choses qui viennent de naître. Nous devons être jeunes et nou­veaux, non parce que l’être est mou­ve­ment, mais parce que la durée maté­rielle momi­fie, et qu’il n’est qu’un moyen de res­ter purs, de bonne grâce, frais et féconds, qui est de renaître tou­jours. Para­doxes du monde : comme l’abandon conso­lide la per­sonne, c’est le per­pé­tuel renou­veau qui sau­ve­garde les richesses éter­nelles. Une direc­tion, un contour, voi­là la véri­té : mais à l’intérieur un voyage inépuisable. »

Emma­nuel Mounier
« Pour une réha­bi­li­ta­tion de la com­mu­nau­té », in Kri­sis n°16, juin 1994

S’il faut une opposition pour défendre et sauver la personne…

« S’il faut une oppo­si­tion pour défendre et sau­ver la per­sonne, nous sommes de cette oppo­si­tion. Mais nous refu­sons, en com­bat­tant pour la per­sonne, de com­battre pour cette réa­li­té agres­sive et avare qui se retranche der­rière elle. Une per­sonne, ce n’est pas un fais­ceau de reven­di­ca­tions tour­nées vers le dedans à l’intérieur d’une fron­tière arbi­traire, et je ne sais quel désir d’affirmation. C’est un style réduc­teur des influences, mais lar­ge­ment ouvert à elles, une puis­sance orien­tée d’attente et d’accueil. C’est une force ner­veuse de créa­tion et de maî­trise, mais au sein d’une com­mu­nion humaine où toute créa­tion est un rayon­ne­ment, toute maî­trise un ser­vice. C’est une liber­té d’initiative, c’est-à-dire un foyer de com­men­ce­ments, une pre­mière pente vers le monde, une pro­messe d’amitiés mul­tiples, une offre de soi. On ne se trouve qu’en se per­dant ; on ne pos­sède que ce qu’on aime. Allons plus loin, jusqu’au bout de la véri­té qui nous sau­ve­ra : on ne pos­sède que ce qu’on donne. Ni reven­di­ca­tion, ni démis­sion : nous refu­sons le mal de l’Orient et le mal de l’Occi­dent. Mais un mou­ve­ment croi­sé d’intériorisation et de don […]. »

Emma­nuel Mounier
« Pour une réha­bi­li­ta­tion de la com­mu­nau­té », in Kri­sis n°16, juin 1994

Puis-je dire je de cet individu abstrait…

« Puis-je dire je de cet indi­vi­du abs­trait, bon sau­vage et pro­me­neur soli­taire, sans pas­sé, sans ave­nir, sans attaches, sans chair, sur qui est des­cen­du le feu d’une Pen­te­côte qui n’unit point : sa liber­té sou­ve­raine. Le monde moderne l’a vou­lu suf­fi­sant comme un dieu, léger de tous liens et vivant du pré­cieux dérou­le­ment de sa spon­ta­néi­té. Il s’est repré­sen­té le dévoue­ment, la com­mu­nion, le don sous l’image gros­siè­re­ment spa­tiale de l’extériorité et s’est per­sua­dé, en rejoi­gnant son égoïsme fon­cier par une habile déli­ca­tesse morale, que tout rap­port avec l’autre est une odieuse contrainte […]. On veut l’individu si léger et inté­rieur à lui-même que ses propres déci­sions l’importunent. Il sent peser même son poids, sa volon­té lui est à charge et avec elle toute fidé­li­té à une épais­seur de temps. »

Emma­nuel Mounier
« Pour une réha­bi­li­ta­tion de la com­mu­nau­té », in Kri­sis n°16, juin 1994

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