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Jean-François Gautier

Jean-François Gautier, né à Paris le 9 janvier 1950, est docteur en philosophie, musicographe et étiopathe. Il collabore régulièrement à la revue Éléments et a publié de nombreux essais consacrés à l’histoire et à la philosophie, ainsi qu’à celle des sciences et de la musique - notamment sur Plutarque et Claude Debussy, le vin, l’Univers, ou encore Le sens de l’Histoire (Ellipses, 2020). Dernier ouvrage paru : À propos des Dieux. L’esprit des polythéismes (La Nouvelle Librairie, 2020).

Découvrez 11 citations de Jean-François Gautier

Que cherchaient-ils, au-delà de leur propre mort…

« Que cher­chaient-ils, au-delà de leur propre mort, dans ces contrées gar­nies de divins qui peu­plaient leur propre monde ? À construire sans fin du sens dans un cos­mos sans but, ils nous paraissent, vus d’au­jourd’­hui, sin­gu­liers et dis­cor­dants, sinon extra­va­gants. Les dieux, aucun d’entre eux n’en avait jamais croi­sé, mais cha­cun, un jour, avait en quelque façon été ren­con­tré par l’un ou l’autre d’entre eux. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Sur les terres d’Europe, les religions antiques…

« Sur les terres d’Europe, les reli­gions antiques ont repré­sen­té de manières très diverses les arcanes du monde vécu. Leurs récits et leurs légendes, quoique com­po­sites et lin­guis­ti­que­ment éloi­gnés, ont néan­moins un carac­tère com­mun : de la Médi­ter­ra­née au cercle polaire, les per­son­nages divins y sont tou­jours décli­nés au plu­riel. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Leurs prières aux dieux n’avaient d’autre objet…

« Leurs prières aux dieux n’a­vaient d’autre objet que ce si rare accord entre soi et soi, et, au milieu des urgences, entre soi et la Cité, ou, plus lar­ge­ment encore, entre soi, la Cité et les divi­ni­tés sans cal­cul. Prier, ce n’é­tait pas faire du monde le pre­mier lan­gage du Dieu unique ; c’é­tait agir en sorte que le monde fut le pre­mier sanc­tuaire des dieux plu­riels, l’o­ra­toire de leur diver­si­té et, par là même, le récep­tacle d’une col­lé­gia­li­té civique en équi­libre. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Le vieil adage du fronton du temple de Delphes…

« C’est face à une telle diver­si­té que prend son sens le vieil adage du fron­ton du temple de Delphes : gnô­thi seau­ton, « connais-toi toi-même ». Il ne s’a­git pas d’un conseil d’in­tros­pec­tion, mais d’un mar­quage de situa­tion, du type : tu n’es ni un dieu ni un concur­rent d’une course de chars, alors qui es-tu dans cette diver­si­té, par ton métier, par ta famille, par ta par­ti­ci­pa­tion à la vie col­lec­tive ? »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Les pensées antiques et, pour les lecteurs modernes…

« Les pen­sées antiques et, pour les lec­teurs modernes, leurs textes plan­tés comme des sta­tues dans le pay­sage de nos repré­sen­ta­tions exaltent moins des véri­tés sem­pi­ter­nelles que des conseils rela­tifs aux manières judi­cieuses d’exister, de se repré­sen­ter le monde et d’y agir avec jus­tesse, avec équa­ni­mi­té, mais non sans risque de se trom­per. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

La rationalisation d’un monde compris comme créé par un Dieu unique…

« La ratio­na­li­sa­tion d’un monde com­pris comme créé par un Dieu unique s’est tou­jours heur­tée, chez nous, à l’éloge des diver­si­tés vécues. L’identité s’entendait en effet comme alté­ri­té, diver­si­té, plu­ra­li­té. Nul per­son­nage, dans l’Iliade ou l’Odys­sée, ou dans l’une des tra­gé­dies d’Eschyle ou de Sophocle, ne se serait aven­tu­ré à deman­der à Zeus ou à Apol­lon : Qui es-tu ?” Et des réponses bibliques et mono­théistes à cette ques­tion, telles que Ehyeh Asher Ehyeh, Je suis qui je suis”, ou Suis qui serai”, tra­duites en grec par quelque chose comme Je suis celui qui est” (Exode 3, 14), n’auraient eu aucune signi­fi­ca­tion dans les langues et les repré­sen­ta­tions euro­péennes antiques. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

À l’ère des plus grandes machines à bourlinguer, l’Acropole d’Athènes…

« À l’ère des plus grandes machines à bour­lin­guer, l’Acropole d’Athènes reçoit chaque année plus de visi­teurs qu’elle n’en accueillit durant le total des vingt-cinq siècles qui pré­cé­dèrent, au cours de ces époques bénies où elle était encore debout, vivante et fière. Ce pour­rait être une conso­la­tion. Mais il faut se méfier des nombres. Ils sont trom­peurs, jusque sur l’Acropole. Com­bien de voya­geurs y viennent encore prier ? Et quels dieux ? Le scin­tille­ment du soleil pro­pose une réponse : il rosit chaque soir de ses teintes mor­do­rées les bleus épars du ciel cou­chant. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Il existe au total un fond de pensées helléniques très diversifié…

« Il existe au total un fond de pen­sées hel­lé­niques très diver­si­fié, qui fut dans toute l’Europe, et vingt-sept siècles durant, l’inspirateur de longs débats entre écoles. Plus que les que­relles de doc­trines qui agitent les com­men­ta­teurs, on peut en rete­nir deux leçons déci­sives. Elles sont, aujourd’hui encore, très éclai­rantes dans l’examen des erreurs qui par­sèment les his­toires res­pec­tives des nations euro­péennes.
La pre­mière leçon hérite de l’Iliade, pré­ci­sé­ment de ce pas­sage dans lequel le maître de l’Olympe, en pleine bataille confuse, sai­sit un détail déci­sif : un archer vise le com­bat­tant Hec­tor. Homère note : Cela n’échappa pas (ou lèthé) à la saga­ci­té pru­dente de Zeus”, lequel dévia la flèche. Il y a là une forme ver­bale (ou lèthé) de ce qui, chez les phi­lo­sophes, dési­gne­ra sous une forme nomi­nale la véri­té (alè­théïa). La véri­té, ici, n’est pas un conte­nu doc­tri­nal des­cen­du de cieux incon­nais­sables, mais l’expression d’une sub­ti­li­té d’observation dont le sage sait tirer les bonnes conclu­sions. Toutes les écoles phi­lo­so­phiques antiques s’accordèrent sur ce point : la véri­té est d’abord ce qui, à l’expérience ou à la réflexion, n’échappe pas à un exa­men sub­til et sagace, évi­dem­ment condi­tion­né par les cir­cons­tances du moment. Pen­ser, c’est s’adapter.
Un second point d’accord unit les dif­fé­rentes écoles : l’hubris, la déme­sure, l’excès, est pour elles une faute car­di­nale met­tant en dan­ger non seule­ment ceux qui frayent avec elle, mais aus­si ceux qui les écoutent ou les imitent et, à terme, la Cité elle-même. Toute action, en d’autres termes, doit s’accorder à ses fins par­ti­cu­lières, qui sont pré­cieuses mais limi­tées ; et les actions des uns et des autres n’ont qu’une seule fin géné­rale : la pro­tec­tion et l’accroissement de l’oïkos, de ce bien com­mun suprême qu’est la Cité, mal­heu­reu­se­ment absente des sou­cis euro­péens modernes. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

L’opulence des polyphonies européennes…

« L’opulence des poly­pho­nies euro­péennes a témoi­gné en faveur des ambi­tions des créa­teurs qui les ont ser­vies : mettre en place un monde esthé­tique dans lequel sons simul­ta­nés et sons suc­ces­sifs sont insé­pa­rables les uns des autres, comme devraient l’être les habi­tants des cités d’Europe. Même la ther­mo­dy­na­mique de Boltz­mann, qui tente de conte­nir dans une seule uni­té de gaz stable les mou­ve­ments incon­trô­lables des par­ti­cules indi­vi­duelles de ce gaz, ne pour­rait appri­voi­ser une telle mul­ti­pli­ci­té d’événements. La géné­ro­si­té esthé­tique l’emporte à l’évidence sur l’ambition cal­cu­la­trice. Ain­si allaient les com­po­si­teurs euro­péens, jusqu’à une époque récente où les nuages lourds des déci­bels ampli­fiés n’emportaient pas encore dans leurs orages téta­ni­sants la sub­ti­li­té des har­mo­nies concer­tantes. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

L’expression de la frontière est une question travaillée par nombre de peintres…

« L’expression de la fron­tière est une ques­tion tra­vaillée par nombre de peintres euro­péens depuis le XVe siècle. Pour­quoi ? Tout sim­ple­ment parce que la repré­sen­ta­tion de l’espace, et de l’expérience de l’espace, condi­tionne dans nos cultures toutes les figures dyna­miques du soi et du non-soi, du l’identité et de l’altérité. Il n’y a pas d’identité sans alté­ri­té, et cette dua­li­té est la condi­tion même d’une repré­sen­ta­tion. Une fron­tière, en son essence, n’est pas la marque d’une exclu­sion mais celle d’une rela­tion, d’un lien entre un ici et un ailleurs. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
Les fron­tières : un besoin vital face à la méta­phy­sique de l’illimité, allo­cu­tion au sixième col­loque de l’Institut Iliade, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 6 avril 2019

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