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Citations d'un auteur autrichien

Citations d'un auteur autrichien : découvrez 4 citations de Adalbert Stifter, Rainer Maria Rilke, Gregor von Rezzori, Eugen Guido Lammer

Les montagnes, les belles montagnes qui lui avaient tant plu…

« Les mon­tagnes, les belles mon­tagnes qui lui avaient tant plu alors qu’il s’en appro­chait, s’obscurcissaient à pré­sent tou­jours davan­tage, et fai­saient tom­ber de sombres taches mena­çantes sur la sur­face de lac que paille­tait encore l’or pâle du cou­chant, par­mi les noirs reflets des monts ; tout pre­nait autour de lui, en s’enveloppant dans les ombres de la nuit, des formes de plus en plus étranges. Le noir et l’or du lac se tou­chaient et se confon­daient comme s’il y pas­sait un léger cou­rant d’air. Le regard de Vic­tor, seule­ment habi­tué aux belles et heu­reuses impres­sions du jour, ne pou­vait pas se détour­ner de ce spec­tacle, où les choses imper­cep­ti­ble­ment chan­geaient de cou­leur en se lais­sant enve­lop­per par la tran­quilli­té de la nuit. »

Adal­bert Stif­ter
L’Homme sans pos­té­ri­té, 1844, cité par Éric Gro­lier dans Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas…

« Si votre quo­ti­dien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accu­sez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appe­ler à vous ses richesses. »

Rai­ner Maria Rilke
Lettres à un jeune poète (Briefe an einen jun­gen Dich­ter), 1929, trad. Marc Buhot de Lau­nay, édi­tions Gal­li­mard, coll. Poé­sie, 1993

Je deviens conscient de la plébéisation du monde…

« Je deviens conscient de la plé­béi­sa­tion du monde, jusqu’à en éprou­ver une souf­france phy­sique. Le pénible des­tin m’est échu de par­ti­ci­per au déclin les yeux ouverts. Contem­po­rain né sur le tard, je vois ce qui s’est per­du et que ceux qui sont nés plus tard ne voient heu­reu­se­ment plus. »

Gre­gor von Rez­zo­ri
Mur­mures d’un vieillard, Édi­tions du Rocher, 2008

L’alpinisme nous permet de fonder un homme complet…

« Je pour­suis un autre che­min, en alti­tude, ma mys­tique s’émerveille des vrais chefs d’œuvre et s’étonne de pou­voir regar­der, entendre, sen­tir la nature. Vous avez lais­sé votre intel­li­gence, ce tyran stu­pide, tirer un épais rideau devant vos yeux, vous ne pou­vez donc pas voir que vous êtes entou­rés de vraies mer­veilles. Vous avez lais­sé cette com­pagne impor­tune dire quelques mots futiles au sujet des mys­tères du monde, vous croyez donc en être arri­vés à domi­ner tout mys­tère, vous croyez les avoir réso­lus scien­ti­fi­que­ment, selon des lois et vous êtes fiers, espèces de fous, de ne plus vous éton­ner de rien. Vous ne pres­sen­tez même pas que vous pos­sé­dez les clefs qui vous per­met­tront de déchif­frer ces mil­lions de runes, les plus fines impres­sions, les mil­liers de sen­ti­ments dif­fé­rents de votre cœur. Si vous vous entraî­nez à retrou­ver sans cesse ce pou­voir d’émer­veille­ment, à obéir en vous aux impres­sions les plus légères et les plus nuan­cées, à ampli­fier les sons, comme si vous aviez un micro­phone, et à vous éle­ver de l’obscurité à la lumière, — alors vous par­vien­drez à l’âme des choses et vous pour­rez écou­ter la parole de Dieu. Mais tous les concepts géné­raux, tout le pauvre voca­bu­laire avec lequel l’intelligence humaine bor­née croit appré­hen­der l’inépuisable uni­vers, vous devez les fou­ler au pied avec mépris. Chaque vision, chaque vue dif­fé­rente de la mon­tagne, chaque petite plante, chaque coup d’aile du chou­cas, chaque regard humain, le silence sacré de ce lever de soleil sur le col du Mönch, vous devez les res­sen­tir comme quelque chose d’unique, comme quelque chose qui n’a jamais exis­té aupa­ra­vant, comme un miracle inouï, et vous lais­ser impré­gner de leurs par­ti­cu­la­ri­tés. Alors votre vie ne sera plus qu’une chaîne de révé­la­tions et vous vous serez méta­mor­pho­sés en enfants naïfs, en dieux grecs.
De nou­veau un autre monde, atten­du avec curio­si­té. Nous n’avons pas la sur­prise de décou­vrir des hori­zons loin­tains ; nous sommes au contraire à l’entrée du petit jar­din enchan­té de Lau­rin. […]
Voi­là ce que j’ai trou­vé pour la pre­mière fois dans la mon­tagne et ce que je cherche désor­mais en connais­sance de cause : l’unité infi­nie et l’harmonie des forces et des élé­ments de la nature, tout comme l’harmonie des forces, des pul­sions, des sen­ti­ments de mon moi pro­fond et l’harmonie de ces deux ensembles l’un envers l’autre. Pen­dant que notre civi­li­sa­tion accul­tu­rée dis­perse et dés­unit tout, c’est en mon­tagne, dans cette vaste nature qui aspire au divin, que chaque indi­vi­dua­li­té peut se fondre dans le cos­mos. Ce n’est pas une petite har­mo­nie super­fi­cielle, à trois sous. Les pics les plus bizarres, les pré­ci­pices les plus affreux, les hur­le­ments de la tem­pête, les ava­lanches des­truc­trices se mêlent en une par­faite uni­té avec le plus doux des rayons de soleil, le plus léger voile de brume, l’insecte minus­cule, la fleur qui brille en silence sur le rocher. […]
L’alpinisme nous per­met de fon­der un homme com­plet, il nous sort de l’arbitraire bar­bare pour nous éle­ver vers une har­mo­nie sœur de l’harmonie grecque. Pen­dant près de deux mil­lé­naires, le corps a été offi­ciel­le­ment mépri­sé et assu­jet­ti comme un prin­cipe mau­vais, la pen­sée mona­cale avait dis­so­cié le corps et l’esprit. Nous qui vou­lons être à la pointe de la moder­ni­té, nous sommes reve­nus bien en deçà, nous sommes joyeux d’appartenir à la terre. Nous pou­vons de nou­veau, comme les Grecs ingé­nus, nous réjouir ouver­te­ment de la beau­té phy­sique et de l’action impé­tueuse. »

Eugen Gui­do Lam­mer
Jung­born (Fon­taine de Jou­vence), 1922, trad. Anne-Laure Blanc (non édi­tée), selon l’édition Rother Ver­lag de 1935

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