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Citations sur le regard

Ces marginaux parasites que l’Europe a sécrétés…

« En jeans et bas­kets déla­vés, les che­veux longs, blonds et sales, l’aspect géné­ral négli­gé, le regard tra­his­sant l’avachissement de l’âme, il repré­sen­tait assez bien ces mar­gi­naux para­sites que l’Europe a sécré­tés par cen­taines de mil­liers et qui forment déjà en son sein, comme un can­cer, une sorte de tiers monde volon­taire. »

Jean Ras­pail
Le Camp des saints, édi­tions Robert Laf­font, 1973

Cet homme, élancé, beau, vêtu de sa tunique grise râpée…

« Cet homme, élan­cé, beau, vêtu de sa tunique grise râpée, des­cen­dant en pèle­rin les flancs de la mon­tagne, la clar­té de ses yeux gris débor­dant d’é­clat et d’une nos­tal­gie sûre de son objet, était Zara­thus­tra des­cen­dant des hau­teurs, ou bien le Pèle­rin de Goethe. Le soleil jouait dans la fine pous­sière de craie que ses pieds et les nôtres sou­le­vaient, et la lumi­neuse roche du che­min sem­blait son­ner sous ses semelles… »

Wal­ter Flex
Le pèle­rin entre deux mondes (Der Wan­de­rer zwi­schen bei­den Wel­ten), 1916, trad. Phi­lippe Marcq, édi­tions ACE, 2020

Tout ce qui blesse l’œil, blesse l’âme…

« Je me demande ce que les jeunes de 14 – 15 ans pensent du Paris dans lequel ils vivent, ils ont tou­jours vécu ? Aiment-ils le Centre Pom­pi­dou, la pyra­mide du Louvre ? Est-on en train de faire chan­ger le goût des gens ou ceux-ci conservent-ils une conscience esthé­tique ? Je pense que tout ce qui blesse l’œil, blesse l’âme. »

Alain Pau­card
Du Paris d’Au­diard au Paris de Dela­noë, par Alain Pau­card, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 11 juillet 2014

De plus en plus abrupte, la pente de la route…

« De plus en plus abrupte, la pente de la route nous pous­sait dans l’é­ten­due de la plaine lor­raine. Fai­sant un brusque coude, elle for­çait, à mi-hau­teur, le regard à se retour­ner sou­dain et à mon­ter jus­qu’à l’é­glise de Hâton­cha­tel bai­gnant dans les feux de l’au­rore et les brumes du matin. »

Wal­ter Flex
Le pèle­rin entre deux mondes (Der Wan­de­rer zwi­schen bei­den Wel­ten), 1916, trad. Phi­lippe Marcq, édi­tions ACE, 2020

Les dieux ne sont pas morts : seule est morte notre perception…

« Les dieux ne sont pas morts : seule est morte notre per­cep­tion des dieux. Ils ne sont pas par­tis : nous avons ces­sé de les voir […] Mais ils conti­nuent d’être là et de vivre comme ils ont tou­jours vécu, dans la même per­fec­tion et la même séré­ni­té. »

Fer­nan­do Pes­soa
Le livre de l’intranquillité (Livro do Desas­sos­se­go por Ber­nar­do Soares, 2 vol.),1982 (post­hume), trad. Fran­çoise Laye, Chris­tian Bour­geois édi­teur, 2 vol., 1988 – 1992

Athéna à la borne…

« Athé­na appa­raît comme la skep­to­mé­né, celle qui médite. Vers quoi le regard médi­ta­tif de la déesse est-il tour­né ? Vers la borne, vers la limite. La limite n’est certes pas seule­ment le contour et le cadre, n’est pas seule­ment le lieu où quelque chose s’arrête. La limite signi­fie ce par quoi quelque chose est ras­sem­blée dans ce qu’elle a de propre pour appa­raître par là dans toute sa plé­ni­tude, pour venir à la pré­sence. En médi­tant sur la limite, Athé­na a déjà en vue ce vers quoi l’action humaine doit tout d’abord regar­der pour pou­voir por­ter ce qu’elle y a vu dans la visi­bi­li­té d’une œuvre. »

Mar­tin Hei­deg­ger
« La pro­ve­nance de l’art et la des­ti­na­tion de la pen­sée », confé­rence à l’Académie des sciences et des arts d’Athènes (4 avril 1967), Mar­tin Hei­deg­ger, L’Herne n° 45, Paris, Édi­tions de l’Herne, 1983, p. 86
Cité par Thi­bault Mer­cier dans Athé­na à la borne. Dis­cri­mi­ner ou dis­pa­raître ?, Pierre-Guillaume de Roux édi­teur, 2019

Je les ai vus, Monsieur le Ministre…

« – Je les ai vus, Mon­sieur le Ministre. Le frère, la sœur et trois gar­çons avec des visages d’ancien temps.
– Que vou­lez-vous dire par là ?
– Le REGARD. Chez les ado­les­cents d’au­jourd’­hui, on ne trouve plus de regards comme cela, heu­reu­se­ment.
– Pré­ci­sez, je vous prie.
– Je n’aime pas ce mot mais je n’en trouve pas d’autre. La PURETÉ. Ces trois-là res­semblent à l’autre. Une lim­pi­di­té de regard à vous dégoû­ter à jamais d’être né. »

Jean Ras­pail
Sire, Édi­tions de Fal­lois, 1991

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