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Citations sur la technique

Ce qui fut longtemps sagesse populaire…

« Ce qui fut long­temps sagesse popu­laire, morale ances­trale, bon sens pay­san et qui pou­vait alors suf­fire pour consti­tuer un esprit sain, a dis­pa­ru sous les effets conju­gués de l’information de masse, d’abord avec la télé­vi­sion, ensuite avec la pro­li­fé­ra­tion numé­rique. Jamais l’illettrisme n’a été autant haut-de-gamme, concer­nant par­fois plus les diplô­més que ceux qui ne le sont pas, tant le bour­rage de crâne idéo­lo­gique fait sa loi depuis plus d’un demi-siècle. »

Michel Onfray
« Dire la véri­té, toute la véri­té, rien que la véri­té », Élé­ments n°157, octobre 2015

Il y a des caméras partout. C’est la manie de notre époque…

« Il y a des camé­ras par­tout. C’est la manie de notre époque. Espion­ner les gens. Les sur­veiller. Et ils en rede­mandent, les cons ! L’impression d’être en sécu­ri­té ! C’est pas ça qui les empê­che­ra d’être volés, vio­lés, bat­tus. Ça aide à retrou­ver les cou­pables il paraît. La belle affaire. Ça ne te rend pas ta gueule, ni ton pognon, ni ta virginité. »

Erik L’Homme
Déchi­rer les ombres, édi­tions Cal­mann-Lévy, 2018

Le mur de Berlin tombe. Le règne du matérialisme global commence…

« Le mur de Ber­lin tombe. Le règne du maté­ria­lisme glo­bal com­mence. L’Histoire est finie, annonce un pen­seur. Le Com­merce est grand, tout diri­geant poli­tique sera son pro­phète, le globe son souk. L’humanité se connecte. Huit mil­liards d’êtres humains reçoivent le même signal. Le Mol­do­va­laque et le Ber­ri­chon peuvent dési­rer et acqué­rir la même chose. Le digi­tal par­achève l’uniformisation. »

Syl­vain Tesson
Que ferons-nous de cette épreuve ?, entre­tien au Figa­ro, par Vincent Tre­mo­let de Vil­lers, 20 mars 2020

La souveraineté se définit par le primat du politique…

« La sou­ve­rai­ne­té se défi­nit par le pri­mat du poli­tique. L’aliéner, c’est per­mettre à l’économie de s’organiser comme elle l’entend. Cette der­nière va tou­jours là où vont ses inté­rêts. Nous avons donc connu un capi­ta­lisme débri­dé qui a choi­si dans un pre­mier temps l’aliénation amé­ri­caine et désor­mais l’aliénation chi­noise. Les gens qui ont prô­né cette idéo­lo­gie de la soi-disant divi­sion inter­na­tio­nale du tra­vail savaient ce qu’ils fai­saient. Ils ont lais­sé der­rière eux une France en pièces déta­chées, un pays qui n’a plus d’indus­trie qui vend ses pla­te­formes aéro­por­tuaires, et qui a favo­ri­sé une agri­cul­ture dégra­dée en un pro­ces­sus agro­chi­mique sui­ci­daire, un pays qui fait fabri­quer les pièces de rechange des chars Leclerc en Chine, et lui confie le soin de pro­duire pour elle ses médicaments. »

Phi­lippe de Villiers
Le nou­veau monde est en train de mou­rir du coro­na­vi­rus, entre­tien avec Bas­tien Lejeune, Valeurs Actuelles, 18/03/2020

Lorsqu’on pense aux moyens chaque fois plus puissants…

« Lors­qu’on pense aux moyens chaque fois plus puis­sants dont dis­pose le sys­tème, un esprit ne peut évi­dem­ment res­ter libre qu’au prix d’un effort conti­nuel. Qui de nous peut se van­ter de pour­suivre cet effort jus­qu’au bout ? Qui de nous est sûr, non seule­ment de résis­ter à tous les slo­gans, mais aus­si à la ten­ta­tion d’op­po­ser un slo­gan à un autre ? »

Georges Ber­na­nos
La France contre les robots, édi­tions Robert Laf­font, 1947

Il est fort probable que la violence durera aussi longtemps que l’homme…

« Il faut consi­dé­rer comme sans fon­de­ment toutes les doc­trines qui voient dans l’âge indus­triel ou éco­no­mique le suc­ces­seur paci­fique de l’âge mili­taire, non seule­ment parce que l’ennemi poli­tique ne se réduit pas au seul enne­mi mili­taire, mais encore parce que la poli­tique pénètre d’inimitié l’économie, la science, la morale et la tech­nique aus­si bien que les armées.
Il est fort pro­bable que la vio­lence dure­ra aus­si long­temps que l’homme ; elle est de tous les temps, encore qu’elle se montre plus viru­lente à cer­taines époques qu’à d’autres, quand l’idéologie lui pré­pare le ter­rain. De ce point de vue il est indis­cu­table que le socia­lisme révo­lu­tion­naire (Blan­qui, Marx, Sorel, Lénine) a été, avant le fas­cisme, le pro­pa­ga­teur de la vio­lence dans le monde contem­po­rain. Il est naïf de croire que le pro­grès de la civi­li­sa­tion pour­rait sub­sti­tuer l’ère de la séré­ni­té à celle de la vio­lence. Au contraire, les nou­veaux moyens que le pro­grès met à la dis­po­si­tion de l’homme, celui-ci les uti­lise non seule­ment au ser­vice de la guerre (nous le consta­tons tous les jours), mais de toutes les formes de la vio­lence, révo­lu­tion­naire, psy­cho­lo­gique, etc. Loin de décroître en inten­si­té elle s’adapte sans cesse aux nou­velles condi­tions. Pour les mêmes rai­sons on ne sau­rait par­ler de peuples doux. Il se trouve seule­ment qu’à cer­taines époques de l’histoire la civi­li­sa­tion d’une col­lec­ti­vi­té par­vient à limi­ter l’usage de la vio­lence. »

Julien Freund
L’essence du poli­tique, édi­tions Sirey, 1965

Les cultures modernes sont des dévoreuses d’espace…

« Les cultures modernes sont des dévo­reuses d’espace, les cultures tra­di­tion­nelles furent des dévo­reuses de temps. Les pre­mières ont une fièvre ver­ti­gi­neuse de mou­ve­ment et de conquêtes ter­ri­to­riales, qui génère un arse­nal infi­ni de moyens méca­niques capable de réduire les plus grandes dis­tances, d’abréger chaque inter­valle, de conte­nir dans une sen­sa­tion d’ubiquité tout ce qui se déploie dans la mul­ti­tude des lieux […] Au contraire, les cultures tra­di­tion­nelles furent ver­ti­gi­neuses par leur sta­bi­li­té, leur iden­ti­té et leur capa­ci­té à résis­ter, inébran­la­ble­ment, au cours du temps et de l’histoire : elles ont été capables d’exprimer jusque dans des formes sen­sibles et tan­gibles un sym­bole d’éternité. »

Julius Evo­la
L’Arc et la Mas­sue (L’arco e la cla­va), 1968

À supposer même que le néant triomphe…

« À sup­po­ser même que le néant triomphe, dans la pire de ses formes, une dif­fé­rence sub­siste alors, aus­si radi­cale que celle du jour et de la nuit. D’un côté, le che­min s’é­lève vers des royaumes, le sacri­fice de la vie, ou le des­tin du com­bat­tant qui suc­combe sans lâcher ses armes ; de l’autre, il des­cend vers les bas-fonds des camps d’es­cla­vage et des abat­toirs où les pri­mi­tifs concluent avec la tech­nique une alliance meur­trière ; où l’on n’est plus un des­tin, mais rien qu’un numé­ro de plus. Or, avoir son des­tin propre, ou se lais­ser trai­ter comme un numé­ro : tel est le dilemme que cha­cun, certes, doit résoudre de nos jours, mais est seul à pou­voir trancher. »

Ernst Jün­ger
Trai­té du rebelle ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951, trad. Hen­ri Plard, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 1995

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