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Citations sur les mythes et religions

Toujours dans le lit du ruisseau…

« Tou­jours dans le lit du ruis­seau, avec de l’eau jus­qu’à mi-roue, je péné­trai sous la forêt qui mon­tait en pente douce vers le flan d’un petit morne. Une cen­taine de mètres plus loin, le ruis­seau pre­nait sa source et je dus aban­don­ner ma jeep et pour­suivre à pied, enjam­bant les troncs d’arbres pour­ris de cette jungle alpine. Je mar­chai envi­ron une demi-heure jus­qu’au som­met du petit morne et là, à tra­vers un rideau de ver­dure d’où tom­baient d’é­paisses gouttes de pluie, j’en­tre­vis à nou­veau, au loin, les sombres pentes du mas­sif de la Selle. Mal­gré mes efforts, il sem­blait ne pas s’être appro­ché d’un mètre et puis ses som­mets dis­pa­rurent au milieu de lourds nuages gor­gés d’eau. Je res­tai là quelques temps à rêver, les yeux fixés sur la muraille de pluie. C’est ain­si que les mythes demeurent, plus néces­saires à l’homme que le pain. »

Jean Ras­pail
La hache des steppes, édi­tions Robert Laf­font, 1974

Dans les Andes, on ne compte pas quatre éléments…

« Dans les Andes, on ne compte pas quatre élé­ments, mais cinq : l’air dia­phane, l’eau inson­dable des lacs, le feu des vol­cans, la terre qui tremble, et le silence. Un silence de sépulcre, d’ordre divin, que seule trouble la voix des esprits en sou­le­vant des trombes de pous­sière qui emportent l’âme des humains : le vent. L’homme écoute le vent, dans les Andes, comme la voix de son créa­teur. Confon­du dans sa peti­tesse, relé­gué à l’é­tat d’é­pi­sode, conscient de son impuis­sance, il s’est cher­ché des alliés dans l’au-delà. Soleil, lune, lacs, mon­tagnes, cas­cades, rivières, rocs et vents, gla­ciers, et toutes les forces de la nature, tout est déifié. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Un dieu qui sache danser…

« Ce qui peut nous sau­ver, c’est quelque chose comme l’esprit d’une beau­té” qui s’épanche dans notre sang, vivi­fie notre vie, redonne de l’élan à notre être.
Serons-nous capables d’assumer un jour que c’est de quelque chose de tel qu’il s’agit ?
Serons-nous capables de com­prendre que seul un tel dieu peut être celui que nous recherchions ?
Un dieu qui, comme celui de Nietzsche, sache danser.
Un dieu dont la marque du beau, de l’inouï, soit gra­vée au feu sur son cœur ivre et joyeux. »

Javier Por­tel­la
Les esclaves heu­reux de la liber­té, édi­tions David Rein­harc, 2012

En Jeanne nous voyons agir, à son insu…

« En Jeanne nous voyons agir, à son insu, les vieilles ima­gi­na­tions cel­tiques. Le paga­nisme sup­porte et entoure cette sainte chré­tienne. La Pucelle honore les saints, mais d’ins­tinct elle pré­fère ceux qui abritent sous leurs vocable les fon­taines fées. Les diverses puis­sances reli­gieuses éparses dans cette val­lée meu­sienne, Jeanne les ramasse et les accorde, dût-elle en mou­rir par un effet de sa noblesse natu­relle… Fon­taines drui­diques, ruines latines et vieilles églises romanes forment un concert. (…) Autant que nous aurons un cœur cel­tique et chré­tien, nous ne ces­se­rons d’ai­mer cette fée dont nous avons fait une sainte. »

Mau­rice Barrès
L’œuvre de Mau­rice Bar­rès (Phi­lippe Bar­rès, Mau­rice Bar­rès), tome XII, édi­tions Au Club de l’hon­nête homme, 1967

La mort demeure, quoi qu’il arrive, l’héroïne…

« La mort demeure, quoi qu’il arrive, l’hé­roïne de la tra­gé­die dont le mata­dor est le héros est le héros et à qui elle délègue un ambas­sa­deur extra­or­di­naire, cet ani­mal sacri­fié, cet ani­mal sacri­fié d’a­vance, char­gé de négo­cier leurs noces, noces les plus étranges et les plus obs­cures qui soient. »

Jean Coc­teau
La cor­ri­da du 1er mai, Édi­tions Gras­set, 1967

Aimer la corrida…

« Je l’ai dit et répé­té : aimer la cor­ri­da, (plus pro­fon­dé­ment et jus­te­ment expri­mé, aimer les toros) c’est espé­rer, c’est croire à la Terre pro­mise, c’est pas­ser des après-midi à être l’or­pailleur qui, quand le soir tombe, n’a­per­çoit dans son tamis que quelques paillettes d’or. »

Jean Cau
Les Oreilles et la queue, 1961, édi­tions Gal­li­mard, coll. Hors série Connais­sance, 1990

Que cherchaient-ils, au-delà de leur propre mort…

« Que cher­chaient-ils, au-delà de leur propre mort, dans ces contrées gar­nies de divins qui peu­plaient leur propre monde ? À construire sans fin du sens dans un cos­mos sans but, ils nous paraissent, vus d’au­jourd’­hui, sin­gu­liers et dis­cor­dants, sinon extra­va­gants. Les dieux, aucun d’entre eux n’en avait jamais croi­sé, mais cha­cun, un jour, avait en quelque façon été ren­con­tré par l’un ou l’autre d’entre eux. »

Jean-Fran­çois Gautier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Sur les terres d’Europe, les religions antiques…

« Sur les terres d’Europe, les reli­gions antiques ont repré­sen­té de manières très diverses les arcanes du monde vécu. Leurs récits et leurs légendes, quoique com­po­sites et lin­guis­ti­que­ment éloi­gnés, ont néan­moins un carac­tère com­mun : de la Médi­ter­ra­née au cercle polaire, les per­son­nages divins y sont tou­jours décli­nés au pluriel. »

Jean-Fran­çois Gautier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Athéna règne partout où les hommes produisent…

« Homère nomme Athé­na πολύμητις [polúmē­tis], la conseillère aux mul­tiples res­sources. Que signi­fie don­ner conseil ? Cela veut dire : pré­mé­di­ter quelque chose, y pour­voir d’avance et par là faire qu’elle réus­sisse. De ce fait Athé­na règne par­tout où les hommes pro­duisent quelque chose, mettent au jour quelque chose, la mènent à bonne fin, mettent en œuvre, agissent et font. »

Mar­tin Heidegger
« La pro­ve­nance de l’art et la des­ti­na­tion de la pen­sée », confé­rence à l’Académie des sciences et des arts d‘Athènes, 4 avril 1967, trad. Jean-huis Chré­tien et Michèle Rei­fen­rath. Mar­tin Hei­deg­ger, Cahiers de L’Herne n° 45, Édi­tions de l’Herne, 1983

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