Le livre
Racination

Racination

Auteur : Rémi Sou­lié
Édi­teur : Pierre-Guillaume de Roux (18 octobre 2018)

Pré­sen­ta­tion : « Je suis un insu­laire qui a le goût sage de l’au­tar­cie et, à la lettre, de l’au­to­no­mie, comme le peuple de la nation du Rouergue, pour reprendre la for­mule ins­crite sur la pierre tom­bale d’un Rouer­gat venu mou­rir en Lan­gue­doc : Ci-gît maître Antoine Pres­sec, maçon de la nation du Rouergue, qui décé­da le 29 août 1520. » « Enra­ci­ne­ment » dit le poète, là où le poli­ti­cien parle sim­ple­ment d”« iden­ti­té ». Or, c’est tout un pays que l’on perd en tro­quant l’en­ra­ci­ne­ment contre l’i­den­ti­té. C’est une réa­li­té vivante, qua­si char­nelle, qui s’ef­face alors au pro­fit de la coquille vide du concept gla­cé tant mar­te­lé, dont le conte­nu est, par essence, sou­mis aux aléas de la volon­té. Loin de la ten­ta­tion uni­ver­sa­liste qui marque notre époque, il est donc temps de retour­ner au coeur de ces racines secrètes mais si fécondes, d’en retrou­ver le pou­voir sym­bo­lique et régé­né­ra­teur en explo­rant leur che­mi­ne­ment tan­tôt obs­cur, tan­tôt écla­tant. L’au­teur inau­gure cette salu­taire mis­sion de recon­nais­sance sur le sol de son propre « pays ». En embus­cade, nous assis­tons au sur­gis­se­ment du « mys­tère » qua­si sacré des figures venues du grand fonds ances­tral qui par­fois reviennent lors des chan­ge­ments de règne reten­tis­sants, comme pour mieux conju­rer l’ère de la tabu­la rasa qu appellent de leurs voeux les mon­dia­listes actuels. Rémi Sou­lié, en com­pa­gnie de Höl­der­lin, de Hei­deg­ger, de Nova­lis, de Shel­ley, de Bou­tang et des poètes occi­tans éclaire avec grâce l’ins­pi­ra­tion unique que nous laisse la raci­na­tion, cette « pous­sée » ini­tia­tique sans laquelle nous ne pour­rions être au monde. Un voyage vers l’in­té­rieur en forme de splen­dides médi­ta­tions méta­phy­siques qui débouchent à la fois sur l’en­quête, l’His­toire et le mythe.

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Découvrez 12 citations extraites du livre

La racine, puisque c’est bien d’elle dont il est question...

« La racine, puisque c’est bien d’elle dont il est ques­tion, est la même d’éthos (cou­tume) et èthos (demeure). Pas d’éthique que ne s’enracine dans une mai­son. Chez Homère, le plu­riel ta èthéa désigne les lieux où habitent trou­peaux et ber­gers, leur séjour – le mot s’apparente donc à ho nomos, ori­gi­nel­le­ment la pâture, le pâtu­rage – et au sin­gu­lier, chez Hésiode et Héro­dote, l’habi­ta­tion des hommes, la sûre­té de la place où l’on est. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Hommes, femmes, dieux ou déesses...

« Hommes, femmes, dieux ou déesses, chefs de clan, repré­sen­ta­tion de la Grande Mère, gar­diens des seuils, des morts ou des vivants, œuvres d’art ou de culte, les hypo­thèses ne manquent pas sans qu’il ait été pos­sible, à ce jour, d’en mettre une en exergue qui inva­li­de­rait ou amoin­dri­rait la valeur des autres. Quoi qu’il en soit, les sta­tues-men­hirs sont œuvres de mon pro­fond peuple pri­mi­tif, signes à nous envoyés par-delà les temps, pré­sences muettes gra­vées dans la pierre immuable qui dési­gnent au moins la per­ma­nence d’un long peu­ple­ment. Fichées en terre, enra­ci­nées, elles bornent notre mémoire com­mune, blocs rocheux semés qui balisent un che­min de cam­pagne dont nous avons per­du le sens mais dont nous conser­vons la pré­sence éclatée. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Dès lors que l’affirmation identitaire est une réaction aux flux...

« Dès lors que l’affirmation iden­ti­taire est une réac­tion aux flux, à la mon­dia­li­sa­tion hors-sol, elle reste pri­son­nière des termes qu’elle com­bat, comme la contre-révo­lu­tion de la révo­lu­tion ou l’alter-mondialisme de la mon­dia­li­sa­tion. En tant que telle, elle s’inscrit jusqu’à un cer­tain point dans le dis­po­si­tif. Un posi­tion­ne­ment autre – un dépla­ce­ment, un vacille­ment ou un détour – per­mettent d’échapper à cette assi­gna­tion et de rede­ve­nir ce que l’on est. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Dans la démocratie marchande, l’identité est une part de marché...

« Dans la démo­cra­tie mar­chande, l’identité est une part de mar­ché et de l’« offre poli­tique » par­mi d’autres, comme la sécu­ri­té ou la sou­ve­rai­ne­té, ni plus, ni moins. La lote­rie élec­to­rale n’est qu’un diver­tis­se­ment, un opium dont les effets, d’ailleurs, s’amenuisent. Ain­si la seule fonc­tion d’un par­ti aux pré­ten­tions révo­lu­tion­naires, en cas de crise grave, serait d’ordonner : « Il faut savoir ter­mi­ner une grève ». Les dés sont pipés ; il ne faut plus jouer mais vivre et penser. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

L’enracinement implique une dimension communautaire et organique...

« L’enra­ci­ne­ment implique une dimen­sion com­mu­nau­taire et orga­nique, mais, aus­si, la conscience d’un héri­tage à faire fruc­ti­fier, donc, la mémoire d’une dette à l’endroit de ceux qui nous ont pré­cé­dés : l’homme se pense lui-même comme un débi­teur, non un créan­cier, un homme de devoirs avant d’être un sujet de droits. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

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