Le livre
Pêcheur de lunes. Qui se souvient des hommes...

Pêcheur de lunes. Qui se souvient des hommes...

Auteur : Jean Ras­pail
Édi­teur : édi­tions Robert Laf­font (1990)

Le mot de l’au­teur : Ce livre est le pro­lon­ge­ment natu­rel de Qui se sou­vient des Hommes… Il s’a­git du même uni­vers intem­po­rel où l’on retrouve comme un reflet de lune le sou­ve­nir de peuples oubliés. Dans La Hache des steppes, paru il y a dix-sept ans chez le même édi­teur, livre aujourd’­hui introu­vable et connu seule­ment d’i­ni­tiés, j’a­vais déjà explo­ré quelques-unes de ces pistes que j’ai reprises ici, mêlées à toutes les autres, mais en les sou­met­tant à un éclai­rage inté­rieur dif­fé­rent.
D’une cer­taine façon, Pêcheur de lunes est le livre d’une vie. En qua­rante ans de voyages à tra­vers le monde, j’ai sui­vi de nom­breuses pistes qui condui­saient aux der­niers sur­vi­vants encore doués de mémoire. J’ai éprou­vé une émo­tion intense en les décou­vrant, comme si j’a­vais che­vau­ché la lumière tom­bant d’une étoile sur le point de s’é­teindre ou comme si j’a­vais retrou­vé le Graal. Par­fois, les cendres étaient encore chaudes, la pré­sence des dis­pa­rus encore per­cep­tible, comme un écho, mais il n’y avait plus per­sonne et c’est pré­ci­sé­ment à ces moments-là que j’é­prou­vais le plus de fer­veur et de foi. La fin de la piste n’é­tait acces­sible que dans l’au-delà.
J’a­vais pen­sé un moment appe­ler ce livre : « Jeu de pistes ». Car il y a du jeu là-dedans. Il faut décryp­ter des mes­sages, cou­rir à des ren­dez-vous impro­bables, trou­ver un sens au hasard. Il faut même être ins­pi­ré, faute de quoi l’on ne découvre rien. La mort du der­nier chef aïnou, par exemple, ou la dis­pa­ri­tion du der­nier pape des Cévennes, ont pour moi une valeur mys­tique. – J.R., 1er novembre 1989

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Découvrez 4 citations extraites du livre

Dans les Andes, on ne compte pas quatre éléments...

« Dans les Andes, on ne compte pas quatre élé­ments, mais cinq : l’air dia­phane, l’eau inson­dable des lacs, le feu des vol­cans, la terre qui tremble, et le silence. Un silence de sépulcre, d’ordre divin, que seule trouble la voix des esprits en sou­le­vant des trombes de pous­sière qui emportent l’âme des humains : le vent. L’homme écoute le vent, dans les Andes, comme la voix de son créa­teur. Confon­du dans sa peti­tesse, relé­gué à l’é­tat d’é­pi­sode, conscient de son impuis­sance, il s’est cher­ché des alliés dans l’au-delà. Soleil, lune, lacs, mon­tagnes, cas­cades, rivières, rocs et vents, gla­ciers, et toutes les forces de la nature, tout est déi­fié. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Quelle faim morale lui crispait l'âme...

« Quelle était donc cette faim qui tenaillait le vieillard ? Quelle faim morale lui cris­pait l’âme sans qu’il pût la tra­duire autre­ment qu’en termes de gibier dis­pa­ru et de jeunes gens déser­teurs ? Je crois que je la connais­sais. Je l’a­vais déjà ren­con­trée. Sans doute la faim de ce qui fut, de ce qui ne sera plus, la silen­cieuse et invi­sible famine qui conduit les peuples per­dus à la mort plus sûre­ment encore que la vraie faim du corps. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Celui-là demeure un seigneur...

« Qu’on m’en­tende bien : ils ne sont pas morts. Sans doute même bien plus nom­breux qu’a­vant, trans­plan­tés dans une ville ou une autre, confon­dus, bras­sés, mêlés à la grande foule ano­nyme, igno­rante du pas­sé et de l’a­ve­nir, petits hommes sem­blables qui ont rejoint la ronde. Avec, peut-être, par­mi eux, un pro­lé­taire basa­né qui tri­pote, pen­sif, dans son bidon­ville, une hache de pierre polie, sou­ve­nir de son vil­lage, et qui sait encore qui il est : celui-là demeure un sei­gneur… »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

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