« Mais, à mesure que le progrès se développe, il se démasque. Il vise beaucoup moins le bonheur que la puissance. »
Emmanuel Berl
La France irréelle, 1957, Éditions Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1996
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« Mais, à mesure que le progrès se développe, il se démasque. Il vise beaucoup moins le bonheur que la puissance. »
Emmanuel Berl
La France irréelle, 1957, Éditions Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1996
« En réalité, le progressisme, nous l’avons dit, n’est pas une option politique, mais une neutralisation de la politique. Il ne consiste pas à considérer qu’un progrès est désirable — ce qui est une tautologie, mais à considérer que tout mouvement est un progrès. De ce point de vue, la seule maxime qui reste à la politique est l’injonction de tout faire pour libérer le mouvement, pour défaire les immobilismes, pour déconstruire les barrières, pour “laisser faire et laisser passer”. La politique est conduite par là à s’effacer pour que plus rien ne puisse empêcher la circulation universelle des personnes et des choses, orchestrée par l’économie marchande. »
François-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel, Éditions Grasset, 2018
« Ainsi la publicité vide de leur sens les mots les plus essentiels, et rend absurde le langage. Derrière elle, le marché trahit des réalités qu’il absorbe : rendre tout bien échangeable et liquide, c’est à la fin détruire ce qui ne saurait devenir l’objet d’un échange marchand. La mobilisation générale qui constitue la dynamique du marché, cette extension perpétuelle pour ne rien laisser en dehors de la marche de l’économie, c’est, au sens littéral du terme, une liquidation générale. Vendre de la “présence”, c’est seulement révéler et emmurer encore notre infinie solitude ; commercialiser l’humain, c’est de toute évidence contribuer à construire un monde inhumain. Si elle va au bout de ce renversement universel, la société la plus prospère peut aussi bien devenir celle la plus grande misère… Cette misère n’a rien d’une fatalité : elle est un choix, le produit d’une vision du monde. »
François-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel, Éditions Grasset, 2018
« La technologie contemporaine entre en lutte contre le réel, parce qu’il est constitué de consistances qui sont autant de pesanteurs pour notre exigence de mobilité. La vie implique pourtant de les assumer — et si nous préférons les fuir, seule la mort pourrait nous offrir la perspective d’une absence de contrariétés. Vivre et habiter ce monde, exister et être un corps, suppose d’accepter un ordre de contraintes, une infinité de renoncements. Se trouver vraiment quelque part, c’est à chaque instant de cette présence renoncer à être ailleurs. Faire vraiment quelque chose, c’est ne pas faire tout le reste. Voilà ce à quoi nous ne voulons plus nous résoudre. »
François-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel, Éditions Grasset, 2018
« Excepté l’intelligence, la seule faculté humaine vraiment intéressée à la liberté publique d’expression est cette partie du cœur qui crie contre le mal. »
Simone Weil
La personne et le sacré, 1943, éditions Gallimard, coll. Espoir, 1957, R&N Éditions, 2016
« Le meilleur des livres est celui qui ne se contente pas de me procurer un plaisir en venant satisfaire mon attente : au contraire, il la surprend, la dépasse, me tire hors de mon état initial ; et c’est en me dépassant, à sa lecture, que je m’approche de ce que je suis, de ce que je pense, ressens et vis. Par son ouvrage, l’auteur ne m’offre pas qu’un divertissement : il augmente en moi ma propre liberté — il m’augmente de moi-même, pourrait-on dire. C’est d’ailleurs là le principe même de son autorité : l’auctor est celui dont le propre est d’augere, d’augmenter. Ce que l’auteur fait croître en moi, ce n’est pas seulement un contenu de savoir, une quantité de culture, un capital à entretenir, mais l’être même que je suis. »
François-Xavier Bellamy
Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, éditions Plon, 2014
« Rien n’est plus beau que d’apprendre par cœur, c’est-à-dire de recevoir pleinement une parcelle de cet immense héritage qui reste toujours à comprendre. L’expression même manifeste, de façon lumineuse, l’unité de l’intelligence et de la sensibilité, augmentées ensemble de ce qui nous est transmis. Apprendre par cœur, c’est laisser un texte, une musique, un savoir nous habiter, nous transformer, élever et élargir notre esprit et notre cœur jusqu’à leur propre hauteur. De cette maturation, notre être même a besoin. »
François-Xavier Bellamy
Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, éditions Plon, 2014
« En passant du singulier au pluriel, le trio célèbre, amours, délices et orgues, change de sexe et devient féminin. D’autres se dégradent profondément. Les honneurs ont peu à voir avec l’honneur, les devoirs avec le devoir, les droits avec le droit, les espérances, langage des notaires de Labiche, avec l’espérance qui est la volonté d’espoir quand il n’y a pas d’espoir. Il y a des objets perdus, des soldats perdus, des enfants perdus. Il y a aussi des mots perdus. Quelle peine a frappé le mot courage ? »
Jean-François Deniau
Histoires de courage, éditions Plon, 2000
« Vanité de la photo, l’écran réduit le réel à sa valeur euclidienne. Il tue la substance des choses, en compresse la chair. La réalité s’écrase contre les écrans. Un monde obsédé par l’image se prive de goûter aux mystérieuses émanations de la vie. Aucun objectif photographique ne captera les réminiscences qu’un paysage déploie en nos cœurs. »
Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie, éditions Gallimard, 2011
« Il est clair qu’un parti occupé à la conquête ou à la conservation du pouvoir gouvernemental ne peut discerner dans ces cris que du bruit. Il réagira différemment selon que ce bruit gêne celui de sa propre propagande ou au contraire le grossit. Mais en aucun cas il n’est capable d’une attention tendre et divinatrice pour en discerner la signification. »
Simone Weil
La personne et le sacré, 1943, éditions Gallimard, coll. Espoir, 1957, R&N Éditions, 2016
« Je considère comme une chance extraordinaire d’avoir voyagé, en me rendant à Chitral, non seulement dans l’espace mais également dans le temps, et d’avoir pu regarder ce que d’autres ne peuvent désormais que lire. »
Erik L’Homme
Des pas dans la neige. Aventures au Pakistan, éditions Gallimard Jeunesse, coll. Pôle fiction, 2010
« Les Grecs nous renseignent sur ce que nous ne sommes pas encore devenus. »
Sylvain Tesson
Un été avec Homère, éditions des Équateurs, 2018