Définition formelle du capitalisme…

« Défi­ni­tion for­melle du capi­ta­lisme : un sys­tème éco­no­mique et social qui réduit toute rela­tion entre les hommes à la rela­tion com­mer­ciale inté­res­sée, qui consi­dère tout bien comme une mar­chan­dise, et toute valeur comme pure­ment sub­jec­tive pour l’individu. Ain­si défi­ni, le capi­ta­lisme n’est pas réduc­tible à un mode de pro­duc­tion, ou à une forme d’interaction entre capi­tal et tra­vail : il est davan­tage un esprit, une manière de voir le monde. Cha­cun pense et agit en capi­ta­liste quand il réduit toute acti­vi­té à son inté­rêt per­son­nel, et qu’il ne consi­dère le monde qui l’environne que comme des mar­chan­dises à dis­po­si­tion pour satis­faire ses besoins”. »

Guillaume Tra­vers
Capi­ta­lisme moderne et socié­té de mar­ché. L’Europe sous le règne du mar­ché, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Le progressisme, nous l’avons dit, n’est pas une option politique…

« En réa­li­té, le pro­gres­sisme, nous l’a­vons dit, n’est pas une option poli­tique, mais une neu­tra­li­sa­tion de la poli­tique. Il ne consiste pas à consi­dé­rer qu’un pro­grès est dési­rable — ce qui est une tau­to­lo­gie, mais à consi­dé­rer que tout mou­ve­ment est un pro­grès. De ce point de vue, la seule maxime qui reste à la poli­tique est l’in­jonc­tion de tout faire pour libé­rer le mou­ve­ment, pour défaire les immo­bi­lismes, pour décons­truire les bar­rières, pour lais­ser faire et lais­ser pas­ser”. La poli­tique est conduite par là à s’ef­fa­cer pour que plus rien ne puisse empê­cher la cir­cu­la­tion uni­ver­selle des per­sonnes et des choses, orches­trée par l’é­co­no­mie mar­chande. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

Ainsi la publicité vide de leur sens…

« Ain­si la publi­ci­té vide de leur sens les mots les plus essen­tiels, et rend absurde le lan­gage. Der­rière elle, le mar­ché tra­hit des réa­li­tés qu’il absorbe : rendre tout bien échan­geable et liquide, c’est à la fin détruire ce qui ne sau­rait deve­nir l’ob­jet d’un échange mar­chand. La mobi­li­sa­tion géné­rale qui consti­tue la dyna­mique du mar­ché, cette exten­sion per­pé­tuelle pour ne rien lais­ser en dehors de la marche de l’é­co­no­mie, c’est, au sens lit­té­ral du terme, une liqui­da­tion géné­rale. Vendre de la pré­sence”, c’est seule­ment révé­ler et emmu­rer encore notre infi­nie soli­tude ; com­mer­cia­li­ser l’hu­main, c’est de toute évi­dence contri­buer à construire un monde inhu­main. Si elle va au bout de ce ren­ver­se­ment uni­ver­sel, la socié­té la plus pros­père peut aus­si bien deve­nir celle la plus grande misère… Cette misère n’a rien d’une fata­li­té : elle est un choix, le pro­duit d’une vision du monde. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

L’argent est maître sans limitation ni mesure…

« Pour la pre­mière fois dans l’his­toire du monde l’argent est maître sans limi­ta­tion ni mesure. Pour la pre­mière fois dans l’his­toire du monde l’argent est seul en face de l’es­prit. (Et même il est seul en face des autres matières.)
Pour la pre­mière fois dans l’his­toire du monde l’argent est seul devant Dieu. »

Charles Péguy
Note conjointe sur M. Des­cartes et la phi­lo­so­phie car­té­sienne, 1914, in Œuvres com­plètes, Tome IX : Œuvres post­humes, édi­tions de la Nou­velle Revue Fran­çaise, 1924

Là où les échanges monétaires ont une nature impersonnelle…

« Là où les échanges moné­taires ont une nature imper­son­nelle et abs­traite (un écu reste le même, qu’il soit ver­sé comme salaire à une per­sonne A ou B), les échanges non-moné­taires carac­té­ris­tiques du féo­da­lisme sont per­son­nels et concrets : ils lient entre eux des hommes par­ti­cu­liers et des lignées spécifiques. »

Guillaume Tra­vers
Éco­no­mie médié­vale et socié­té féo­dale. Un temps de renou­veau pour l’Eu­rope, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

L’économie médiévale est un contre-modèle au capitalisme libéral…

« L’économie médié­vale est un contre-modèle au capi­ta­lisme libé­ral. Elle fonde ses ins­ti­tu­tions sur la terre plus que sur la richesse mobi­lière, les rap­ports entre les hommes sur des liens per­son­nels (vas­sa­li­té, ser­ments, etc.), non sur les méca­nismes imper­son­nels du mar­ché (concur­rence et libre-échange). Elle est for­te­ment ter­ri­to­ria­li­sée, loca­li­sée, et le com­merce loin­tain y est l’exception plu­tôt que la règle. Elle pense la divi­sion du tra­vail non comme l’aboutissement ex post d’un pro­ces­sus d’échanges libres, mais ex ante, de manière fonc­tion­nelle. Enfin, l’économie médié­vale pense les prix non comme résul­tant du libre jeu des inté­rêts indi­vi­duels (offre et demande), mais comme reflé­tant une forme de jus­tice dans les rela­tions inter­per­son­nelles (“juste prix”). »

Guillaume Tra­vers
Éco­no­mie médié­vale et socié­té féo­dale. Un temps de renou­veau pour l’Eu­rope, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

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