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Thème

Citations sur la vie

Je ne serai pas quelqu’un ; je serai, simplement…

« Je ne serai pas quel­qu’un ; je serai, sim­ple­ment. Un homme, l’Homme qui est au milieu du monde – sans qu’il y ait de dieux pour le regar­der. Car je ne suis pas une pen­sée, un rêve, une luciole fugi­tive. Je suis en chair et en os. D’a­bord en chair et en os. Ce qui est bien, c’est que je suis nu, c’est-à-dire sans argent, avec une che­mise de rechange, un homme qui a res­ti­tué en lui le rudi­ment de toute réa­li­té, qui tra­vaille avec ses mains et ses pieds, qui mange, qui boit, qui dort.
[…] Qu’est-ce que je fais là ? Je suis un homme. J’ai été pro­mis à un monde d’hommes et d’animaux. Mes ancêtres n’ont pas tra­vaillé à une civi­li­sa­tion pour que sou­dain nous n’y puis­sions plus rien et que le mou­ve­ment se perde machi­nal, aveugle, absurde ? Une machine, un canon qui tire sans arrêt, tout seul. Qu’est-ce que cela ? Ce n’est ni un homme, ni un ani­mal, ni un dieu. C’est un cal­cul oublié qui pour­suit seul sa tra­jec­toire à tra­vers le monde, c’est un rési­du incroyable. Quelle est cette reprise étrange de la matière sur la vie ? Quel est ce dérou­le­ment méca­nique de la matière ? Des mots absurdes deviennent vrais : méca­nisme, maté­ria­lisme. »

Pierre Drieu la Rochelle
La Comé­die de Char­le­roi, 1934, édi­tions Gal­li­mard, coll. L’Imaginaire, 1996

C’était l’hiver. Il y était allé en voiture…

« C’était l’hiver. Il y était allé en voi­ture. Qui ne connaît pas la cam­pagne l’hiver ne connaît pas la cam­pagne, et ne connaît pas la vie. Tra­ver­sant les vastes éten­dues dépouillées, les vil­lages tapis, l’homme des villes est brus­que­ment mis en face de l’austère réa­li­té contre laquelle les villes sont construites et fer­mées. Le dur revers des sai­sons lui est révé­lé, le moment sombre et pénible des méta­mor­phoses, la condi­tion funèbre des renais­sances. Alors, il voit que la vie se nour­rit de la mort, que la jeu­nesse sort de la médi­ta­tion la plus froide et la plus déses­pé­rée et que la beau­té est le pro­duit de la claus­tra­tion et de la patience. »

Pierre Drieu la Rochelle
Gilles, édi­tions Gal­li­mard, 1939

La jeunesse est faite pour l’héroïsme…

« La jeu­nesse est faite pour l’héroïsme. C’est vrai, il faut de l’héroïsme à un jeune homme pour résis­ter aux ten­ta­tions qui l’entourent, pour croire tout seul à une doc­trine mépri­sée, pour oser faire face sans recu­ler, pour résis­ter à sa famille et à ses amis, pour être fidèle contre tous. Ne croyez pas que vous serez dimi­nué, vous serez au contraire mer­veilleu­se­ment aug­men­té. C’est par la ver­tu que l’on est un homme. La vie vous paraî­tra alors pleine de saveur. »

Paul Clau­del
Lettre à Jacques Rivière, in Cor­res­pon­dance de Jacques Rivière et Paul Clau­del (1907 – 1914), édi­tions Plon, 1926

La notion qui fonde toute coutume vivante…

« La notion qui fonde toute cou­tume vivante, c’est l’honneur. Tout le reste, fidé­li­té, humi­li­té, bra­voure, esprit che­va­le­resque, maî­trise de soi, réso­lu­tion, en découle. Et l’honneur est une ques­tion de sang, non de rai­son. On ne réflé­chit pas – sinon, on a déjà per­du l’honneur. Perdre l’honneur, c’est être effa­cé de la vie, du temps, de l’Histoire. L’honneur de l’ordre, de la famille, de l’homme et de la femme, du peuple et de la patrie, l’honneur du pay­san, du sol­dat, et même du ban­dit : l’honneur signi­fie que la vie, en une cer­taine per­sonne, vaut quelque chose, pos­sède un rang his­to­rique, sa dis­tance, sa noblesse. »

Oswald Spen­gler
Écrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques. Pen­sées, édi­tions Coper­nic, 1980

Ce feu résume une vivante tradition. Non pas une image inconsistante…

« La Flamme.
Ce feu résume une vivante tra­di­tion. Non pas une image incon­sis­tante, mais une réa­li­té. Une réa­li­té aus­si tan­gible que la dure­té de cette pierre ou ce souffle de vent. Le sym­bole du sol­stice est que la vie ne peut pas mou­rir. Nos ancêtres croyaient que le soleil n’abandonne pas les hommes et qu’il revient chaque année au ren­dez-vous du prin­temps.
Nous croyons avec eux, que la vie ne meurt pas et que par-delà la mort des indi­vi­dus, la vie col­lec­tive continue.
Qu’importe ce que sera demain. C’est en nous dres­sant aujourd’­hui, en affir­mant que nous vou­lons res­ter ce que nous sommes, que demain pour­ra venir.
Nous por­tons en nous la flamme. La flamme pure de ce feu de foi. Non pas un feu de sou­ve­nir. Non pas un feu de pié­té filiale. Mais un feu de joie et de gra­vi­té qu’il convient d’allumer sur notre terre. Là nous vou­lons vivre et rem­plir notre devoir d’hommes sans renier aucune des par­ti­cu­la­ri­tés de notre sang, notre his­toire, notre foi entre­mê­lés dans nos sou­ve­nirs et dans nos veines…
Ce n’est pas la résur­rec­tion d’un rite abo­li. C’est la conti­nua­tion d’une grande tra­di­tion. D’une tra­di­tion qui plonge ses racines au plus pro­fond des âges et ne veut pas dis­pa­raître. Une tra­di­tion dont chaque modi­fi­ca­tion ne doit que ren­for­cer le sens sym­bo­lique. Une tra­di­tion qui peu à peu revit. »

Jean Mabire
Les Sol­stices, His­toire et actua­li­té, édi­tions Le Flam­beau, 1991

Ni l’existence des moyens d’extermination…

« Ni l’existence des moyens d’extermination, ni une méchan­ce­té pré­mé­di­tée ne consti­tuent la menace der­nière. Celle-ci réside dans le carac­tère iné­luc­table d’une contrainte morale. Les hommes qui uti­lisent ces moyens contre d’autres hommes se voient contraints d’anéantir aus­si mora­le­ment ces autres hommes, leurs vic­times et leurs objets. Ils sont for­cés de décla­rer cri­mi­nel et inhu­main dans son ensemble le camp adverse, d’en faire une non-valeur totale, sous peine d’être eux-mêmes des cri­mi­nels et des monstres. La logique de la valeur et de la non-valeur déploie sa pleine rigueur des­truc­trice et contraint à des dis­cri­mi­na­tions, à des cri­mi­na­li­sa­tions et à des dépré­cia­tions tou­jours nou­velles, tou­jours plus pro­fondes, jusqu’à l’extermination de tout sujet sans valeur, indigne de vivre. »

Carl Schmitt
Théo­rie du par­ti­san, 1963

La guerre est la politique originelle de tout ce qui vit…

« La guerre est la poli­tique ori­gi­nelle de tout ce qui vit, et ceci jusqu’au point que la lutte et la vie sont, dans leur pro­fon­deur, une seule et même chose, et qu’avec la volon­té de lutte, c’est aus­si l’être qui s’éteint. »

Oswald Spen­gler
Écrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques. Pen­sées, édi­tions Coper­nic, 1980

On reconnaît les grandes époques à ceci…

« On recon­naît les grandes époques à ceci, que la puis­sance de l’esprit y est visible et son action tou­jours pré­sente. Il en était ain­si de ce pays ; dans le dérou­le­ment des sai­sons, dans le ser­vice des dieux et dans la vie humaine, aucune fête n’était conce­vable sans poé­sie. Mais le poète avait sur­tout durant les fêtes des morts, après la consé­cra­tion du cadavre, la fonc­tion de juge des morts. C’est à lui qu’il appar­te­nait de jeter sur l’existence du dis­pa­ru le regard des dieux et de la célé­brer dans le poème comme le plon­geur dégage la perle hors du coquillage. Dès les ori­gines il exis­tait deux degrés dans l’honneur funèbre, dont le plus usi­té était l’élé­geion. L’élé­géion était comme l’offrande qu’il conve­nait d’apporter à une vie hon­nê­te­ment pas­sée dans l’amertume et la joie mêlées, telle qu’elle nous est échue à nous autres hommes. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Nous devons compenser la condition d’une nature mortelle…

« Nous devons com­pen­ser la condi­tion d’une nature mor­telle par la suc­ces­sion inin­ter­rom­pue des géné­ra­tions, comme ces flam­beaux qu’on se passe de main en main, afin que le seul avan­tage par où notre sort est infé­rieur aux dieux, l’immortalité, nous l’assurions en nous rem­pla­çant les uns après les autres. »

L’empereur Auguste
Cité par Domi­nique Ven­ner, Le Choc de l’histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

La vie ! La vie ! L’incroyable force de la vie…

« Il y a un feu. Ros­can­vel a cru voir un feu. Il écar­quille les yeux, pleu­rant de joie et de misère, de souf­france, de froid et de sel… Il y a un feu ! Fra­gile ain­si qu’une chi­mère, il pal­pite, cli­gnote fai­ble­ment, s’étiole dans un grain violent, semble se ravi­ver pour s’éteindre encore. Il y a un feu et l’espérance gran­dit comme une flamme. La vie ! La vie ! L’incroyable force de la vie ! »

Pierre Schoen­doerf­fer
L’aile du papillon, Édi­tions Gras­set, 2003

Trois fées façonnent le Destin sur leur quenouille…

« Trois fées façonnent le Des­tin sur leur que­nouille et leur fuseau, de leurs doigts qui tordent les fils de la laine : c’est qu’il y a trois périodes dans le Temps, le pas­sé qui est déjà filé et dévi­dé dans le fuseau, le pré­sent qui passe dans les doigts de la fileuse ; le futur, c’est la laine enrou­lée sur la que­nouille qui doit pas­ser par les doigts de la fileuse sur le fuseau comme le pré­sent doit deve­nir le pas­sé […] On a vou­lu qu’elles fussent trois : l’une pour our­dir la vie de l’homme, la deuxième pour la tis­ser, la troi­sième pour la rompre. »

Isi­dore de Séville
vers 562 – 636

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