Le livre
Sur les falaises de marbre

Sur les falaises de marbre

Auteur : Ernst Jün­ger
Édi­teur : édi­tions Gal­li­mard (1942, rééd. 1979)

Pré­sen­ta­tion de l’é­di­teur : Sur les falaises de marbre fut publié en Alle­magne juste avant le début de la guerre. Aus­si­tôt il fut inter­pré­té comme une pro­tes­ta­tion contre l’hitlérisme, et seule la renom­mée de Jün­ger le pré­ser­va de pour­suites. Ce serait cepen­dant une erreur de consi­dé­rer ce roman comme une œuvre de cir­cons­tance. Jün­ger a écrit un des romans roman­tiques les plus éton­nants non seule­ment de la lit­té­ra­ture alle­mande, mais de la lit­té­ra­ture mon­diale. Un pay­sage intem­po­rel face à la mer, des figures sym­bo­liques, une action qui montre la lutte entre le bien et le mal, la menace tou­jours pré­sente de la bar­ba­rie. Ce com­bat per­ma­nent, Ernst Jün­ger l’a éle­vé au niveau du mythe, grâce à un lan­gage d’une pré­ci­sion hal­lu­ci­nante où rêve et réa­li­té se confondent.

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Découvrez 24 citations extraites du livre

Quand du haut de notre siège...

« Quand du haut de notre siège éle­vé nous regar­dions les séjours que l’homme a bâtis pour y cacher sa vie, son bon­heur, ses nour­ri­tures, ses reli­gions, alors tous les siècles fon­daient à nos yeux en une seule réa­li­té. Et les morts, comme si les tombes s’é­taient ouvertes, sur­gis­saient invi­si­ble­ment. Ils nous envi­ronnent dès que notre regard se pose avec amour sur une terre à l’an­tique culture, et tout comme leur héri­tage est vivant dans la pierre et dans le sillon, leur âme très ancienne est pré­sente sur les terres et les cam­pagnes. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Telles sont les caves au-dessus desquelles s’élèvent les fiers châteaux...

« Telles sont les caves au-des­sus des­quelles s’élèvent les fiers châ­teaux de la tyran­nie et c’est au-des­sus d’elles que nous voyons mon­ter l’encens de leurs fêtes : puantes cavernes d’un genre sinistre, où de toute éter­ni­té l’engeance réprou­vée se délecte lugu­bre­ment à souiller la liber­té et la digni­té humaine. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Nous vivions dans l’insolence de notre force et fréquentions la table des puissants...

« Nous vivions dans l’insolence de notre force et fré­quen­tions la table des puis­sants de ce monde. […] Il est des temps de déca­dence, où s’efface la forme en laquelle notre vie pro­fonde doit s’accomplir. Arri­vés dans de telles époques, nous vacillons et tré­bu­chons comme des êtres à qui manque l’équilibre. Nous tom­bons de la joie obs­cure à la dou­leur obs­cure, le sen­ti­ment d’un manque infi­ni nous fait voir pleins d’attraits l’avenir et le pas­sé. Nous vivons ain­si dans des temps écou­lés ou dans des uto­pies loin­taines, cepen­dant que l’instant s’enfuit. Sitôt que nous eûmes conscience de ce manque, nous fîmes effort pour y parer. Nous lan­guis­sions après la pré­sence, après la réa­li­té, et nous serions pré­ci­pi­tés dans la glace, le feu ou l’éther pour nous déro­ber à l’ennui. Comme tou­jours, là où le doute s’accompagne de plé­ni­tude, nous fîmes confiance à la force, et n’est-elle pas l’éternel balan­cier qui pousse en avant les aiguilles, indif­fé­rente au jour et à la nuit ? Nous nous mîmes donc à rêver de force et de puis­sance, et des formes qui, s’ordonnant intré­pi­de­ment, marchent l’une sur l’autre dans le com­bat de la vie, prêtes au désastre comme au triomphe. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Les mêmes esprits qui s’étaient estimés assez forts...

« Les mêmes esprits qui s’étaient esti­més assez forts pour tran­cher les liens de l’antique reli­gion des ancêtres étaient à ce point asser­vis par le sor­ti­lège d’idoles bar­bares. L’image qu’ils offraient d’eux-mêmes dans leur aveu­gle­ment était plus répu­gnante que l’ivresse que l’on voit dans le plein jour. Alors qu’ils pen­saient prendre leur vol et s’en fai­saient gloire, ils se vau­traient dans la pous­sière. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Il est des temps de décadence...

« Il est des temps de déca­dence, où s’ef­face la forme en laquelle notre vie pro­fonde doit s’ac­com­plir. Arri­vés dans de telles époques, nous vacillons et tré­bu­chons comme des êtres à qui manque l’é­qui­libre. Nous tom­bons de la joie obs­cure à la dou­leur obs­cure, le sen­ti­ment d’un manque infi­ni nous fait voir pleins d’at­traits l’a­ve­nir et le pas­sé. Nous vivons ain­si dans des temps écou­lés ou dans des uto­pies loin­taines, cepen­dant que l’ins­tant s’en­fuit. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Mais que faire, si les faibles méconnaissent la loi...

« Mais que faire, si les faibles mécon­naissent la loi, et dans leur aveu­gle­ment tirent les ver­rous qui n’étaient pous­sés que pour les pro­té­ger ? […] L’ordre humain res­semble au Cos­mos en ceci, que de temps en temps, pour renaître à neuf, il lui faut plon­ger dans la flamme. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Un matin, tandis que du haut de la terrasse...

« Un matin, tan­dis que du haut de la ter­rasse, je par­cou­rais des yeux la Mari­na, ses eaux m’apparurent plus pro­fondes et plus lumi­neuses, comme si pour la pre­mière fois, j’eusse posé sur elles un regard non trou­blé. J’eus en cet ins­tant même le sen­ti­ment presque dou­lou­reux du mot se sépa­rant des choses, comme se brise la corde trop ten­due d’un arc. J’avais sur­pris un lam­beau du voile d’Isis de ce monde, et le lan­gage à par­tir de cet ins­tant me fut un impar­fait ser­vi­teur. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

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