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Citations sur la chevalerie

Nous regrettons l’épée…

« Pour notre part, nous regret­tons l’épée ; avec l’usage de por­ter l’épée s’est en allée la vieille urba­ni­té fran­çaise ; on est tou­jours poli avec un inter­lo­cu­teur qui peut vous entrer quelques pouces de fer dans le ventre si vos manières n’ont pas l’aménité conve­nable. L’abolition du duel achè­ve­ra de nous rendre le peuple le plus gros­sier de l’univers : tous les lâches, sûrs de l’impunité, vont deve­nir inso­lents. Et puis c’était réel­le­ment pour un jeune homme de cœur une amie sûre et fidèle qu’une épée de bon acier bien trem­pé et bien franc. L’homme gagnait à ce com­merce intime avec le métal ; il en pre­nait les qua­li­tés rigides, la loyau­té invio­lable, le vif éclat, la net­te­té inci­sive, et cette union tacite était si bien com­prise, que le plus grand éloge que l’on pût don­ner à quelqu’un, c’était de dire qu’il était brave comme son épée. Mais nous sommes dans une époque peu che­va­le­resque, et la pro­saïque savate doit rem­pla­cer la jolie épée fran­çaise, ce bijou aigu, cet éclair d’acier qui du moins brillait dans la nuit avant d’arriver à la poi­trine d’un homme. »

Théo­phile Gautier
Le Maître de chaus­son, in La Peau de tigre, Michel Lévy frères, 1866

Les flammes qui allaient traverser les siècles…

« Dans le silence de la nuit funèbre, écar­tant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux de la Table Ronde et les com­pa­gnons de Saint Louis, les pre­miers com­bat­tants tom­bés à la prise de Jéru­sa­lem et les der­niers fidèles du petit roi lépreux, toute l’assemblée des rêves de la chré­tien­té regar­dait, de ses yeux d’ombre, mon­ter les flammes qui allaient tra­ver­ser les siècles, vers cette forme enfin immo­bile, qui deve­nait le corps brû­lé de la che­va­le­rie. »

André Mal­raux
Dis­cours pro­non­cé à Rouen à l’oc­ca­sion des fêtes de Jeanne d’Arc, le 31 mai 1964

L’économie médiévale se caractérise…

« L’économie médié­vale se carac­té­rise (…) par un esprit spé­ci­fique : le refus de valo­ri­ser la richesse pour elle-même, et la réti­cence à l’idée de pro­fit. (…) Le Moyen Âge per­pé­tue la vision, héri­tée des peuples indo-euro­péens, d’un ordre social orga­ni­sé autour de trois fonc­tions : une pre­mière fonc­tion sacer­do­tale (rela­tive au sacré), une deuxième fonc­tion guer­rière, et une troi­sième fonc­tion éco­no­mique”, rela­tive à la pro­duc­tion et à la fécon­di­té. (…) À cet ordon­nan­ce­ment fonc­tion­nel de la socié­té cor­res­pond une hié­rar­chie nette des valeurs : la richesse, asso­ciée à la troi­sième fonc­tion, est peu de chose à côté des valeurs sacrées et guer­rières, asso­ciées aux deux pre­mières fonc­tions. Ain­si, les figures tuté­laires du Moyen Âge sont le saint (pre­mière fonc­tion) et le che­va­lier (deuxième fonc­tion), non le riche. »

Guillaume Tra­vers
Éco­no­mie médié­vale et socié­té féo­dale. Un temps de renou­veau pour l’Eu­rope, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Le chevalier faisait le serment…

« À par­tir du XIe et pen­dant tout le XIIe siècle, la che­va­le­rie va se déve­lop­per. Le che­va­lier fai­sait le ser­ment de se ser­vir de son épée uni­que­ment pour défendre le faible. C’est une exi­gence de dépas­se­ment extra­or­di­naire. La femme y a joué un rôle non négli­geable, puisque c’est elle qui remet­tait son épée au chevalier. »

Régine Per­noud
His­toire et lumière, édi­tions du Cerf, 1998

Les descendants des anciens preux, les dernières branches…

« Plus que ces douai­rières, les hommes ras­sem­blés autour d’un whist, se révé­laient ain­si que des êtres immuables et nuls ; là, les des­cen­dants des anciens preux, les der­nières branches des races féo­dales, appa­rurent à des Esseintes sous les traits de vieillards catar­rheux et maniaques, rabâ­chant d’insipides dis­cours, de cen­te­naires phrases. De même que dans la tige cou­pée d’une fou­gère, une fleur de lis sem­blait seule empreinte dans la pulpe ramol­lie de ces vieux crânes.
Une indi­cible pitié vint au jeune homme pour ces momies ense­ve­lies dans leurs hypo­gées pom­pa­dour à boi­se­ries et à rocailles, pour ces maus­sades len­dores qui vivaient, l’œil constam­ment fixé sur un vague Cha­naan, sur une ima­gi­naire Palestine. »

Joris Karl Huysmans
À Rebours, 1884, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

Si l’idéal chevaleresque et la conscience de la chrétienté…

« Si l’i­déal che­va­le­resque et la conscience de la chré­tien­té sont sor­tis des croi­sades, la patrie fran­çaise est sor­tie de la guerre de Cent ans. Cette conscience avait déjà tres­sailli dans la chan­son de Roland, où le nom de « douce France » vibre avec une émo­tion par­ti­cu­lière quand les preux, reve­nant d’Es­pagne, aper­çoivent du haut des Pyré­nées les rives de l’Adour. »

Édouard Schu­ré
Les grandes légendes de France, 1892, édi­tions Col­lec­tion XIX, 2016

L’alliance de l’héroïsme et du christianisme donne la chevalerie…

« Le héros se carac­té­rise par son cou­rage excep­tion­nel mais aus­si par son amour pour une cause plus grande que lui, sa famille, sa patrie ou son dieu. L’alliance de l’héroïsme et du chris­tia­nisme donne la chevalerie. »

Ivan Blot
Le héros dans notre civi­li­sa­tion : héros tra­giques et héros his­to­riques, pre­mier opus du cycle de confé­rences sur « L’homme héroïque », 2 sep­tembre 2015

La primauté du soldat se retrouve partout…

« La pri­mau­té du sol­dat se retrouve par­tout chez les Aztèques comme à Sparte. Les mar­chands s’y enri­chissent hon­teu­se­ment et en cachette. Leurs enfants ne peuvent se marier qu’entre eux : tan­dis que, dans le cor­tège du triomphe, le sol­dat marche à côté de l’Em­pe­reur, n’ayant que ses lau­riers et sa charrue. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1969

La disparition ou la marginalisation du modèle héroïque…

« La dis­pa­ri­tion ou la mar­gi­na­li­sa­tion du modèle héroïque est carac­té­ris­tique du phé­no­mène de la déca­dence. Pour Hei­deg­ger, il faut être en veille pour pou­voir accom­pa­gner l’éclaircie de l’être quand elle se pro­dui­ra. Alors, l’homme rede­vien­dra un homme véri­table qui tel saint Georges réus­si­ra à vaincre le dra­gon par l’alliance de la force du cœur et de l’élévation de l’esprit. »

Ivan Blot
Les déca­dences dans l’his­toire, deuxième opus du cycle de confé­rences sur « L’homme héroïque », 7 octobre 2015

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