Ceux qui prétendent combiner culture et égalité…

« Ceux qui pré­tendent com­bi­ner culture et éga­li­té, édu­ca­tion et éga­li­té, et intro­duire l’égalité ou seule­ment de l’égalité dans la culture ou l’éducation, s’abusent eux-mêmes ou abusent les autres, ou les deux, car il y a une incom­pa­ti­bi­li­té radi­cale, fon­da­men­tale, insur­mon­table, entre ces domaines, ces champs ou ces valeurs. L’égalité est aus­si absente de la culture qu’elle l’est de la nature. Les plus belles pro­cla­ma­tions ne peuvent que recon­naître, ou impo­ser, ou pré­tendre impo­ser, une éga­li­té en droit ou une éga­li­té de droits ; et cette atti­tude est un héroïque, un magni­fique défi à tout ce qui s’observe dans la nature et entre les hommes. […] L’égalité est une contrainte que s’imposent à grand mal cer­taines civi­li­sa­tions, en géné­ral contre leurs plus anciennes tra­di­tions et contre leurs ins­tincts. »

Renaud Camus
La grande décul­tu­ra­tion, édi­tions Fayard, 2008

Un des vices de la France a été la perfection…

« Un des vices de la France a été la per­fec­tion – laquelle ne se mani­feste jamais aus­si clai­re­ment que dans l’écriture. Le sou­ci de bien for­mu­ler, de ne pas estro­pier le mot et sa mélo­die, d’enchaîner har­mo­nieu­se­ment les idées, voi­là une obses­sion fran­çaise. Aucune culture n’a été plus pré­oc­cu­pée par le style et, dans aucune autre, on n’a écrit avec autant de beau­té, à la per­fec­tion. Aucun Fran­çais n’écrit irré­mé­dia­ble­ment mal. Tous écrivent bien, tous voient la forme avant l’idée. Le style est l’expression directe de la culture. »

Emil Cio­ran
De la France, 1941, Cahier Cio­ran, Édi­tions de L’Herne, 2009

La civilisation mondiale, destructrice de ces vieux particularismes…

« Or on ne peut se dis­si­mu­ler qu’en dépit de son urgente néces­si­té pra­tique et des fins morales éle­vées qu’elle s’assigne, la lutte contre toutes les formes de dis­cri­mi­na­tion par­ti­cipe de ce même mou­ve­ment qui entraîne l’humanité vers une civi­li­sa­tion mon­diale, des­truc­trice de ces vieux par­ti­cu­la­rismes aux­quels revient l’honneur d’avoir créé des valeurs esthé­tiques et spi­ri­tuelles qui donnent son prix à la vie et que nous recueillons pré­cieu­se­ment dans les biblio­thèques et dans les musées parce que nous nous sen­tons de moins en moins cer­tains d’être capables d’en pro­duire d’aussi évi­dentes […]. »

Claude Lévi-Strauss
Race et culture, Revue inter­na­tio­nale des sciences sociales de l’UNESCO, 1971

Tout est précieux de ce qui aspire à la culture…

« Quel que soit son âge, sa condi­tion, son degré d’instruction, il est pos­sible à notre époque à tout indi­vi­du de renouer avec la tra­di­tion de la culture per­son­nelle. Aucun des efforts accom­plis dans ce sens n’est mépri­sable ou indif­fé­rent. Tout est pré­cieux de ce qui aspire à la culture. Le plus petit pas que l’on fait vers elle a sa valeur et son impor­tance. Éteindre son télé­vi­seur et se mettre à lire un livre, c’est déjà faire œuvre de civi­li­sa­tion. »

Jean-Louis Harouel
Culture et contre cultures, Édi­tions Presses uni­ver­si­taires de France, 1994

L’homme cultivé n’a jamais trop de temps…

« Et je ne regrette pas d’avoir pro­po­sé ailleurs, comme une des défi­ni­tions pos­sibles de la culture, « la claire conscience de la pré­cio­si­té du temps ». L’homme culti­vé n’a jamais trop de temps, il n’en a même jamais assez pour tout ce qu’il y a lire, à voir, à entendre, à connaître, à apprendre, à com­prendre et à aimer. L’intelligible, par son énor­mi­té, est incom­men­su­rable à son intel­li­gence. L’existant, par son immen­si­té, est sans rap­port de pro­por­tions avec sa soif de connais­sance et les pos­si­bi­li­tés de sa mémoire. L’aimable, par son infi­ni­tude, outre­passe de toute part son amour. À tout moment il doit faire des choix, c’est-à-dire renon­cer à des che­mins, à des livres, à des études et à des dis­trac­tions. Et ce qu’il est, autant que par ce qu’il lit, par ce qu’il entend et par ce qu’il étu­die, il l’est par ce qu’il ne lit pas, ce qu’il ne fré­quente pas, ce à quoi il refuse de perdre son temps, ce temps que la culture rend pré­cieux. »

Renaud Camus
La grande décul­tu­ra­tion, édi­tions Fayard, 2008

Civilisation, culture, tradition, sont des notions voisines…

« Civi­li­sa­tion, culture, tra­di­tion, sont des notions voi­sines au point d’être inter­chan­geables dans le lan­gage cou­rant. La culture est pre­mière dans l’ordre chro­no­lo­gique de la fon­da­tion. Elle se rap­porte à la per­ma­nence des men­ta­li­tés pro­fondes. Elle est créa­trice de sens. La civi­li­sa­tion est une culture qui a reçu une forme his­to­rique, créa­trice d’un ensemble de qua­li­tés propres dans l’ordre maté­riel, intel­lec­tuel, artis­tique et moral. La tra­di­tion est l’âme d’une culture et d’une civi­li­sa­tion. »

Domi­nique Ven­ner
Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

Il tient à la nature profonde de l’homme…

« Il tient à la nature pro­fonde de l’homme, être de civi­li­sa­tion par excel­lence, de ne pou­voir trou­ver d’identification satis­fai­sante qu’à l’intérieur d’une culture et par le tru­che­ment d’une culture. »

Kon­rad Lorenz
Les huit péchés capi­taux de notre civi­li­sa­tion (Die acht Tod­sün­den der zivi­li­sier­ten Men­sch­heit), 1973, édi­tions Flam­ma­rion, 1992

Si un jour l’humanité revenait à des conditions plus normales…

« Si un jour l’humanité reve­nait à des condi­tions plus nor­males, peu de cultures lui sem­ble­ront aus­si sin­gu­lières que l’actuelle, dans laquelle on a cou­ru après toute forme de pou­voir et de domi­na­tion de la matière, négli­geant cepen­dant la domi­na­tion de l’esprit, des émo­tions et de la vie psy­chique en géné­ral. C’est ain­si que beau­coup de nos contem­po­rains – les soi-disant hommes d’action en pre­mière ligne – res­semblent à ces crus­ta­cés qui sont si durs et pleins d’excroissances sca­breuses sur la cara­pace et si mous et inver­té­brés à l’intérieur. »

Julius Evo­la
La Doc­trine de l’Éveil (La dotri­na del Ris­ve­glio – Sag­gio sull’ascesi bud­dis­ta), 2e édi­tion, 1965

Vivre dans un certain siècle et s’apercevoir…

« Vivre dans un cer­tain siècle et s’apercevoir qu’on était mieux fait pour un autre, cela ne doit pas déses­pé­rer, car ce mal­heur n’est point sans quelque remède. Nous attei­gnons par magie l’époque où nous ne nous sommes pas trou­vés maté­riel­le­ment ; nous la sai­sis­sons par son art. Être culti­vé, cela ne signi­fie pas autre chose que d’avoir le choix entre tous les moments de l’humanité et d’aller, à notre gré, de l’un à l’autre, comme un archi­pel, un navire heu­reux se pro­mène d’île en île. Toute haute vie a ses éva­sions sereines. »

Abel Bon­nard
Ce monde et moi, édi­tions Dis­mas (post­hume), 1992

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