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Citations sur la culture

L’âge de la culture générale nous a malheureusement privés d’une réserve considérable d’analphabètes…

« L’âge de la culture géné­rale nous a mal­heu­reu­se­ment pri­vés d’une réserve consi­dé­rable d’analphabètes — de même qu’aujourd’hui on peut faci­le­ment entendre mille per­sonnes astu­cieuses rai­son­ner sur l’Église, tan­dis qu’on cherche en vain les vieux saints reti­rés dans la soli­tude de leur rochers et de leurs forêts. »

Ernst Jün­ger
Le Tra­vailleur (Der Arbei­ter), 1931, trad. Julien Her­vier, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 1989

Qui était sorti vainqueur de cette fausse guerre ? Les États-Unis, bien entendu…

« Qui était sor­ti vain­queur de cette fausse guerre [la guerre froide, NDLR] ? Les États-Unis, bien enten­du, et l’économie de mar­ché. Mais aus­si la reli­gion de l’Humanité, une, uni­forme et uni­ver­selle. Une reli­gion com­mune aux deux adver­saires de la veille. Et ce n’était pas leur seule affi­ni­té. Que vou­laient les com­mu­nistes d’autrefois ? Ils vou­laient la mise en com­mun des richesses de l’humanité et une ges­tion ration­nelle assu­rant à tous abon­dance et paix. Ils vou­laient aus­si la créa­tion d’un homme nou­veau, capable de dési­rer ces bien­faits, un homme ration­nel et uni­ver­sel, déli­vré de toutes ces entraves que sont des racines, une nature et une culture. Ils vou­laient enfin assou­vir leur haine des hommes concrets, por­teurs de dif­fé­rences, leur haine éga­le­ment de la vieille Europe, mul­tiple et tra­gique. Et l’Occident amé­ri­cain, que veut-il ? Eh bien, la même chose. La dif­fé­rence porte sur les méthodes. Récu­sant la pla­ni­fi­ca­tion par la contrainte, le sys­tème amé­ri­cain voit dans le mar­ché le fac­teur prin­ci­pal de la ratio­na­li­té et des changements. […]
Le com­mu­nisme de mar­ché, autre nom du mon­dia­lisme, ne par­tage pas seule­ment avec son ex-frère enne­mi sovié­tique la vision radieuse du but final. Pour chan­ger le monde, lui aus­si doit chan­ger l’homme, fabri­quer l’homo œco­no­mi­cus de l’avenir, le zom­bi, l’homme du nihi­lisme, vidé de son conte­nu, pos­sé­dé par l’esprit du mar­ché et de l’Humanité uni­ver­selle. Le zom­bi se mul­ti­plie sous nos yeux. Il est heu­reux puisque l’esprit du mar­ché lui souffle que le bon­heur consiste à satis­faire tous ses dési­rs”. Et ses dési­rs étant ceux du mar­ché ne sont sus­ci­tés que pour être satisfaits. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

Et puis une révolution est effectivement survenue. Pas du tout celle qu’on attendait…

< pro­duire car il s’est agi d’une révo­lu­tion silen­cieuse, d’une révo­lu­tion invi­sible, d’une révo­lu­tion sans nom ni visage, sans acteur mani­feste pour la por­ter du type de ceux qu’on avait cru pou­voir iden­ti­fier dans le pas­sé. Mais une révo­lu­tion quand même puisqu’elle nous a fait chan­ger de monde sur tous les plans. Cette révo­lu­tion qui se déclare dans la seconde moi­tié des années 1970, consé­cu­ti­ve­ment au choc pétro­lier de la fin 1973 qui aura joué comme son déclen­cheur, cette révo­lu­tion qui se répand par des vagues désor­mais bien iden­ti­fiées avec la mon­dia­li­sa­tion libé­rale est tout à la fois une révo­lu­tion indus­trielle, une révo­lu­tion tech­no­lo­gique, une révo­lu­tion cultu­relle, une révo­lu­tion sociale. Nous en par­lons tous les jours. Finan­cia­ri­sa­tion du capi­ta­lisme, entrée dans l’ère numé­rique, indi­vi­dua­li­sa­tion des socié­tés, post­mo­der­nisme cultu­rel. Ces ingré­dients nous sont fami­liers. Mais c’est une révo­lu­tion de l’échappée de l’histoire à notre prise, une révo­lu­tion de l’échappée du cours de l’histoire à la maî­trise réflé­chie des acteurs.
Au rebours de ce qu’était la marche anté­rieure de nos socié­tés qui parais­sait nous pro­mettre les ins­tru­ments d’une his­toire davan­tage vou­lue en conscience et maî­tri­sée, cette révo­lu­tion nous a jetés dans une his­toire subie à laquelle nous contri­buons mal­gré nous, nous ne pou­vons pas ne pas y contri­buer, mais dont le cours nous échappe et dont il est vain d’espérer détec­ter la direc­tion. Aus­si bien d’ailleurs que de lui assi­gner un quel­conque abou­tis­se­ment. Nous avons beau savoir que nous fai­sons cette his­toire, l’expérience que nous en avons au quo­ti­dien ne nous laisse plus espé­rer que nous pour­rions savoir ce que nous en fai­sons. Elle est un pro­duit de notre action qui se sous­trait à notre réflexion. En pro­fon­deur, elle cesse d’être même d’être vécue comme une His­toire en mesure de relier un pas­sé intel­li­gible avec un ave­nir plau­sible. Il ne reste plus qu’un chaos d’interactions obs­cures, sans pas­sé auquel les relier ni futur iden­ti­fiable qui pour­rait en sur­gir. C’est de cet effa­ce­ment, remar­quons-le au pas­sage, que naît le règne du pré­sent. S’il n’y a plus ni pas­sé auquel réfé­rer les actions au pré­sent ou futur iden­ti­fiable à par­tir de ces actions au pré­sent, il ne reste effec­ti­ve­ment que le pré­sent. C’est cela le noyau du pré­sen­tisme contem­po­rain. L’idée d’Histoire comme réfé­rent col­lec­tif par rap­port auquel se situer s’est éva­nouie. Et je crois qu’il ne faut pas aller cher­cher ailleurs le secret du brouillage des iden­ti­tés poli­tiques. »

Mar­cel Gauchet
Qui sont les acteurs de l’histoire ?, confé­rence au 17e Ren­dez-vous de l’Histoire, Blois, 10 octobre 2014

Les arbres nous enseignent…

« Les arbres nous enseignent une forme de pudeur et de savoir-vivre. Ils poussent vers la lumière en pre­nant soin de s’é­vi­ter, de ne pas se tou­cher, et leurs fron­dai­sons se découpent dans le ciel sans jamais péné­trer dans la fron­dai­son voi­sine. Les arbres, en somme, sont très bien éle­vés, ils tiennent leurs dis­tances. Ils sont géné­reux aus­si. La forêt est un orga­nisme total, com­po­sé de mil­liers d’in­di­vi­dus. Cha­cun est appe­lé à naître, à vivre, à mou­rir, à se décom­po­ser – à assu­rer aux géné­ra­tions sui­vantes un ter­reau de crois­sance supé­rieur à celui sur lequel il avait pous­sé. Chaque arbre reçoit et trans­met. Entre les deux, il se main­tient. La forêt res­semble à ce que devrait être une culture. »

Syl­vain Tesson
Une très légère oscil­la­tion, jour­nal 2014 – 2017, Édi­tions des Équa­teurs, 2017, p. 171, 172

Il est assez singulier de constater que les neuf dixièmes…

« Il est assez sin­gu­lier de consta­ter que les neuf dixièmes de ce qui a été pen­sé natu­rel­le­ment et sur­tout cultu­rel­le­ment pen­dant vingt ou trente siècles (mais vingt siècles sépa­ré­ment, pas tous ensemble…) serait aujourd’hui consi­dé­ré, et l’est effec­ti­ve­ment comme inad­mis­sible, révol­tant ou, pour employer un terme dont les auto­ri­sés de parole font grand usage, criminel. »

Renaud Camus
Le Grand Rem­pla­ce­ment, édi­tions David Rein­harc, 2011

Notre culture européenne tout entière se meurt…

« Notre culture euro­péenne tout entière se meurt depuis long­temps déjà, avec une tor­tu­rante ten­sion qui croît de décen­nies en décen­nies, comme por­tée vers une catas­trophe : inquiète, vio­lente, pré­ci­pi­tée ; comme un fleuve qui veut en finir, qui ne cherche plus à reve­nir à soi, qui craint de reve­nir à soi. »

Frie­drich Nietzsche
Frag­ments post­humes, Tome XIII, 1887 – 1888, trad. Hen­ri-Alexis Baatsch et Pierre Klos­sows­ki, édi­tions Gal­li­mard, 1976

La mondialisation est inéluctablement liée au développement industriel…

« La mon­dia­li­sa­tion est iné­luc­ta­ble­ment liée au déve­lop­pe­ment indus­triel, mais telle qu’on nous l’im­pose, elle n’est rien d’autre qu’une régres­sion : la sou­mis­sion de la vie spi­ri­tuelle et cultu­relle de l’hu­ma­ni­té aux lois aveugles de la cir­cu­la­tion du capi­tal et de la tech­no­lo­gie. »

Slo­bo­dan Despot
Entre­tien accor­dé à la revue Rébel­lion, nº 55, juillet-août 2012

On a fait un grand pas en avant lorsqu’on a fini par inculquer…

« On a fait un grand pas en avant lorsqu’on a fini par incul­quer aux grandes masses (aux esprits plats qui ont la diges­tion rapide) ce sen­ti­ment qu’il est défen­du de tou­cher à tout, qu’il y a des évè­ne­ments sacrés où elles n’ont accès qu’en ôtant leurs sou­liers et aux­quels il ne leur est pas per­mis de tou­cher avec des mains impures, — c’est peut-être le point le plus éle­vé d’humanité qu’ils peuvent atteindre. Au contraire, rien n’est aus­si répu­gnant, chez les êtres soi-disant culti­vés, chez les sec­ta­teurs des idées modernes”, que leur manque de pudeur, leur inso­lence fami­lière de l’œil et de la main qui les porte à tou­cher à tout, à goû­ter de tout et à tâter de tout ; et il se peut qu’aujourd’hui, dans le peuple, sur­tout chez les pay­sans, il y ait plus de noblesse rela­tive du goût, plus de sen­ti­ment de res­pect, que dans ce demi-monde des esprits qui lisent les jour­naux, chez les gens culti­vés. »

Frie­drich Nietzsche
Par-delà le bien et le mal – Pré­lude d’une phi­lo­so­phie de l’a­ve­nir (Jen­seits von Gut und Böse – Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2000

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