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Citations sur l'histoire

Ils sortaient de soixante-dix ans de joug soviétique…

« Ils sor­taient de soixante-dix ans de joug sovié­tique. Ils avaient subi dix années d’a­nar­chie elt­si­nienne. Aujourd’­hui, ils se revan­chaient du siècle rouge, reve­naient à grands pas sur l’é­chi­quier mon­dial. Ils disaient des choses que nous jugions affreuses : ils étaient fiers de leur his­toire, ils se sen­taient pous­ser des idées patrio­tiques, ils plé­bis­ci­taient leur pré­sident, sou­hai­taient résis­ter à l’hé­gé­mo­nie de l’O­TAN et oppo­saient l’i­dée de l’eu­ra­sisme aux effets très sen­sibles de l’eu­ro-atlan­tisme. En outre, ils ne pen­saient pas que les États-Unis avaient voca­tion à s’im­pa­tro­ni­ser dans les marches de l’ex-URSS. Pouah ! Ils étaient deve­nus infréquentables. »

Syl­vain Tesson
Bere­zi­na, édi­tions Gué­rin, coll. Démarches, 2015

Dans les Andes, on ne compte pas quatre éléments…

« Dans les Andes, on ne compte pas quatre élé­ments, mais cinq : l’air dia­phane, l’eau inson­dable des lacs, le feu des vol­cans, la terre qui tremble, et le silence. Un silence de sépulcre, d’ordre divin, que seule trouble la voix des esprits en sou­le­vant des trombes de pous­sière qui emportent l’âme des humains : le vent. L’homme écoute le vent, dans les Andes, comme la voix de son créa­teur. Confon­du dans sa peti­tesse, relé­gué à l’é­tat d’é­pi­sode, conscient de son impuis­sance, il s’est cher­ché des alliés dans l’au-delà. Soleil, lune, lacs, mon­tagnes, cas­cades, rivières, rocs et vents, gla­ciers, et toutes les forces de la nature, tout est déifié. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Quelle faim morale lui crispait l’âme…

« Quelle était donc cette faim qui tenaillait le vieillard ? Quelle faim morale lui cris­pait l’âme sans qu’il pût la tra­duire autre­ment qu’en termes de gibier dis­pa­ru et de jeunes gens déser­teurs ? Je crois que je la connais­sais. Je l’a­vais déjà ren­con­trée. Sans doute la faim de ce qui fut, de ce qui ne sera plus, la silen­cieuse et invi­sible famine qui conduit les peuples per­dus à la mort plus sûre­ment encore que la vraie faim du corps. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Celui-là demeure un seigneur…

« Qu’on m’en­tende bien : ils ne sont pas morts. Sans doute même bien plus nom­breux qu’a­vant, trans­plan­tés dans une ville ou une autre, confon­dus, bras­sés, mêlés à la grande foule ano­nyme, igno­rante du pas­sé et de l’a­ve­nir, petits hommes sem­blables qui ont rejoint la ronde. Avec, peut-être, par­mi eux, un pro­lé­taire basa­né qui tri­pote, pen­sif, dans son bidon­ville, une hache de pierre polie, sou­ve­nir de son vil­lage, et qui sait encore qui il est : celui-là demeure un seigneur… »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Notre entreprise inspirait de l’intérêt…

« Notre entre­prise ins­pi­rait de l’in­té­rêt, et aus­si de la curio­si­té à l’é­gard du petit pavillon tri­co­lore qui flot­tait à l’ar­rière de nos canots. Dans nombre de ces bour­gades du bord de l’eau, en cet immé­diat après-guerre, on n’a­vait jamais vu de Fran­çais de France”, ni lorsque nous fûmes aux États-Unis, enten­du par­ler leur langue. Nous repré­sen­tions une sorte de pré­his­toire, ce qui fut et qui n’est plus : l’A­mé­rique fran­çaise. Nous étions quelque chose comme des explo­ra­teurs post­humes, des décou­vreurs d’un monde dis­pa­ru venus l’es­pace d’un court moment réveiller de très anciens sou­ve­nirs et aus­si­tôt les empor­tant avec eux dans le sillage de leurs canots. »

Jean Ras­pail
En canot sur les che­mins d’eau du roi. Une aven­ture en Amé­rique, édi­tions Albin Michel, 2005

On a connu des évêques-félons…

« On a connu des évêques-félons, des géné­raux-félons, des ministres-félons, des intel­lec­tuels-félons et des félons tout court. C’est une espèce d’homme dont l’Occident se fait de plus en plus pro­digue au fur et à mesure qu’il se rétrécit. »

Jean Ras­pail
Le Camp des saints, édi­tions Robert Laf­font, 1973

On les appelait voyageurs…

« On les appe­lait voya­geurs, ou enga­gés du grand por­tage. Par les fleuves, les lacs, les rivières qui for­maient une trame natu­relle dans l’im­men­si­té nord-amé­ri­caine, au XVIIe et XVIIIe siècles, convoyant à bord de leurs canots des explo­ra­teurs et des mis­sion­naires, des mar­chands ou des offi­ciers du roi, des sol­dats en tri­corne gris des com­pa­gnies franches de la Marine, des pel­le­te­ries, des armes, des outils, renou­ve­lant jour après jour, les mains cro­chées sur l’a­vi­ron, des exploits exté­nuants, ils don­nèrent à la France un empire qui aurait pu la conte­nir sept fois. À cha­cun de leurs voyages, ils en repous­saient encore les fron­tières, vers le nord-ouest, vers l’ouest, vers le sud. »

Jean Ras­pail
En canot sur les che­mins d’eau du roi. Une aven­ture en Amé­rique, édi­tions Albin Michel, 2005

L’émotion que j’avais ressentie…

« Tran­si, mouillé jus­qu’à l’os, l’âme déso­lée, je rega­gnai ma cabine. Par le hublot je ne vis plus rien que la pluie, et le pot du soir, au car­ré, fut empreint de mélan­co­lie. L’é­mo­tion que j’a­vais res­sen­tie est demeu­rée aus­si forte durant les cin­quante années qui ont suivi… »

Jean Ras­pail
Adiós, Tier­ra del Fue­go, édi­tions Albin Michel, 2001

Je fis un geste de la main, en adieu…

« Je fis un geste de la main, en adieu. La femme qui me regar­dait bais­sa aus­si­tôt la tête. Me vint alors la convic­tion que dix mille années nous sépa­raient, à laquelle s’en ajou­ta une autre : cette convic­tion était par­ta­gée. Ces mal­heu­reux aus­si le savaient, écra­sés par cet éloi­gne­ment sidé­ral. La dis­tance entre la barque et le navire aug­men­tait rapi­de­ment, jus­qu’à ce qu’elle ne fût à nou­veau qu’un point sem­blable à celui que nous avions vu s’a­van­cer à peine dix minutes aupa­ra­vant, et qui dis­pa­rut bien­tôt. Sur l’autre rive d’un fos­sé de cent siècles, les Ala­ka­lufs nomades s’en­fuyaient encore plus loin dans le pas­sé. »

Jean Ras­pail
Adiós, Tier­ra del Fue­go, édi­tions Albin Michel, 2001

On peut juger une race sur l’allure de ses femme…

« On peut juger une race sur l’al­lure de ses femmes. C’est le meilleur test. Je regar­dai le visage de Mlle Bald­win, enca­dré par deux nattes blondes : même masque d’im­mo­bi­li­té heu­reuse que celui du vieux guer­rier. Il était quatre heures de l’a­près-midi lors­qu’ils com­men­cèrent à tour­ner. À quatre heures du matin, lorsque je les quit­tai, ils tour­naient tou­jours. Aucun d’entre eux, ni M. le ban­quier, ni M. le direc­teur, n’é­taient encore reve­nus sur terre. »

Jean Ras­pail
Jour­nal peau-rouge, édi­tions Robert Laf­font, 1975

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