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Homère est nouveau ce matin…

« Homère est nou­veau ce matin et rien n’est peut-être aus­si vieux que le jour­nal d’aujourd’hui. »

Charles Péguy
Notes sur M. Berg­son et la phi­lo­so­phie berg­so­nienne, Les Cahiers de la Quin­zaine, XV‑8, 1914, in Œuvres en prose com­plètes, Tome III, édi­tions Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, 1992

L’homme est une corde tendue…

« L’homme est une corde ten­due entre l’animal et le Sur­homme, une corde au-des­sus d’un abîme. »

Frie­drich Nietzsche
Ain­si par­lait Zara­thous­traUn livre pour tous et pour per­sonne (Also sprach Zara­thus­tra – Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883 – 1885, trad. Gene­viève Bian­quis, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2006

La civilisation moderne ne doit pas être considérée…

« La civi­li­sa­tion moderne ne doit pas être consi­dé­rée comme une civi­li­sa­tion » active », mais comme une civi­li­sa­tion d’agités et de névro­pathes. Comme com­pen­sa­tion du « tra­vail » et de l’usure d’une vie qui s’abrutit dans une agi­ta­tion et une pro­duc­tion vaines, l’homme moderne, en effet, ne connaît pas l’otium clas­sique, le recueille­ment, le silence, l’état de calme et de pause qui per­mettent de reve­nir à soi-même et de se retrou­ver. Non : il ne connaît que la « dis­trac­tion » (au sens lit­té­ral, dis­trac­tion signi­fie « dis­per­sion ») ; il cherche des sen­sa­tions, de nou­velles ten­sions, de nou­veaux exci­tants, comme autant de stu­pé­fiants psy­chiques. Tout, pour­vu qu’il échappe à lui-même, tout, pour­vu qu’il ne se retrouve pas seul avec lui-même, iso­lé du vacarme du monde exté­rieur et de la pro­mis­cui­té avec son « pro­chain ». D’où radio, télé­vi­sion, ciné­ma, croi­sières orga­ni­sées, fré­né­sie de mee­tings spor­tifs ou poli­tiques dans un régime de masse, besoin d’écouter, chasse au fait nou­veau et sen­sa­tion­nel, « sup­por­ters » en tout genre et ain­si de suite. Chaque expé­dient semble avoir été dia­bo­li­que­ment dis­po­sé pour que toute vie inté­rieure soit détruite, pour que toute défense interne de la per­son­na­li­té soit inter­dite dès le départ, pour que, tel un être arti­fi­ciel­le­ment gal­va­ni­sé, l’individu se laisse por­ter par le cou­rant col­lec­tif, lequel, évi­dem­ment, selon le fameux « sens de l’histoire », avance vers un pro­grès illimité. »

Julius Evo­la
L’arc et la mas­sue, Cha­pitre V, « L’affaiblissement des mots », 1968

Celui qui aime la gloire met son propre bonheur…

« Celui qui aime la gloire met son propre bon­heur dans les émo­tions d’un autre. Celui qui aime le plai­sir met son bon­heur dans ses propres pen­chants. Mais l’homme sage le place dans sa propre conduite. »

Marc Aurèle
Pen­sées pour moi-même, VI, 51, vers 170 – 180, trad. Mario Meu­nier, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 1964

L’Histoire n’est rien d’autre que l’autel…

« L’Histoire n’est rien d’autre que l’autel où ont été sacri­fiés le bon­heur des peuples, la sagesse des États et la ver­tu des individus. »

Frie­drich Hegel
La Rai­son dans l’histoire (Die Ver­nunft in der Ges­chichte), 1822 – 1830, trad. Kostas Papaïoan­nou, édi­tions Plon, 1965

L’héroïsme : cette sauvage création de soi par soi…

« L’héroïsme : cette sau­vage créa­tion de soi par soi et de l’homme par l’homme. Et les femmes exclues de cette ter­rible fête, sou­dain sté­riles lorsque les hommes n’ont plus besoin d’un ventre femelle pour enfan­ter des dieux. L’héroïsme : ce chant égoïste qui éclate. Me voi­ci ! Unique ! Écar­tez-vous ! Je n’ai plus de mère ou d’amante ; je n’ai plus de pas­sé ; je vais me mettre au monde. « Tu vas mou­rir ! » Oui, mais je serais né et j’aurais connu l’enivrement fou lorsque, dans mon corps et dans mon âme, j’ai éprou­vé la nais­sance véhé­mente d’un dieu. « Il ne se connaît plus ! » C’est vrai puis­qu’il s’invente. »

Jean Cau
Le Che­va­lier, la mort et le diable, édi­tions de La Table ronde, 1977

Les Dieux n’accordent aucune récompense. C’est l’éthique…

« Les Dieux n’accordent aucune récom­pense. C’est l’éthique de l’honneur qui com­mande de trans­mettre un nom sans tâche, d’être fidèle à la parole don­née et de res­pec­ter les contrats. Vio­ler ceux-ci n’est pas pécher, mais com­mettre une faute qui se paie tou­jours au prix fort. La faute suprême est celle que les Grecs nomment hybris : la déme­sure, dic­tée par l’orgueil, qui pousse l’aveugle à aller à l’encontre de l’ordre cos­mique. Les plus ter­ribles exemples d’hybris ne sont-ils pas aujourd’­hui ces tota­li­ta­rismes qui, à force de vou­loir « chan­ger l’homme », n’ont fait que l’avilir ? »

Chris­to­pher Gérard
Par­cours païen, Édi­tions L’Âge d’Homme, 2000

L’homme devenu libre foule aux pieds cette sorte de bien-être…

« L’homme deve­nu libre foule aux pieds cette sorte de bien-être mépri­sable dont rêvent les épi­ciers, les chré­tiens, les vaches, les femmes, les Anglais et autres démo­crates. L’homme libre est guerrier. »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

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