Ne comprenez-vous pas que le don de soi, le risque, la fidélité jusqu’à la mort…

« Ne com­pre­nez-vous pas que le don de soi, le risque, la fidé­li­té jusqu’à la mort, voi­là des exer­cices qui ont lar­ge­ment contri­bué à fon­der la noblesse de l’homme ? Quand vous cher­chez un modèle à pro­po­ser, vous le décou­vrez chez le pilote qui se sacri­fie pour son cour­rier, chez le méde­cin qui suc­combe sur le front des épi­dé­mies, ou chez le méha­riste qui, à la tête de son pelo­ton maure, s’enfonce vers le dénue­ment et la soli­tude. Quelques-uns meurent chaque année. Si même leur sacri­fice est en appa­rence inutile, croyez-vous qu’ils n’ont point ser­vi ? Ils ont frap­pé la belle pâte vierge que nous sommes d’abord une belle image, ils ont ense­men­cé jusqu’à la conscience du petit enfant, ber­cé par des contes nés de leurs gestes. Rien ne se perd et le monas­tère clos de murs, lui-même, rayonne. »

Antoine de Saint-Exupéry
Un sens à la vie, 1938

Le journal est la bouée de sauvetage…

« Le jour­nal est la bouée de sau­ve­tage dans l’océan de ces erre­ments. On le retrouve au soir venu. On s’y tient. On s’y plonge pour oublier les tré­pi­da­tions, on y confie une pen­sée, le sou­ve­nir d’une ren­contre, l’émotion pro­cu­rée par un beau pay­sage ou, mieux, par un visage, ce pay­sage de l’âme. On y note une phrase, une colère, un enthou­siasme, l’éblouissement d’une lec­ture. Chaque soir on y revient. On lui voue sa fidé­li­té. La seule qui vaille. La seule qui tienne. Le jour­nal est une patrie.
Grâce à lui, le sis­mo­graphe inté­rieur se calme. Les affo­le­ments du métro­nome vital qui explo­rait le spectre à grands coups pani­qués se réduisent alors à une très légère oscillation. »

Syl­vain Tesson
Une très légère oscil­la­tion, jour­nal 2014 – 2017, édi­tions des Équa­teurs, 2017, p. 12

Celui qui trompe son ennemi, moyennant la foi qu’il lui jure…

« À ce pro­pos aus­si Andro­li­cas a lais­sé par écrit un mot que vou­lait dire Lysandre, par où il appert qu’il fai­sait bien peu de compte de se par­ju­rer ; car il disait qu’il fal­lait trom­per les enfants avec des osse­lets, et les hommes avec les ser­ments”, sui­vant en cela Poly­crate, le tyran de Samos, mais non pas avec rai­son ; car lui était capi­taine légi­time et l’autre violent usur­pa­teur de domi­na­tion tyran­nique ; et ce n’était point fait en vrai Laco­nien de se com­por­ter envers les dieux ni plus ni moins qu’envers les enne­mis, ou encore pire­ment et plus inju­rieu­se­ment ; car celui qui trompe son enne­mi, moyen­nant la foi qu’il lui jure, donne à connaître qu’il le craint, mais qu’il ne se sou­cie point des dieux. »

Plu­tarque
Vies paral­lèles (in Vie de Lysandre), entre 100 et 120, trad. Anne-Marie Oza­nam, édi­tions Gal­li­mard, coll. Quar­to, 2002

Les hommes se reconnaissent moins à leurs idées…

« Les hommes se recon­naissent moins à leurs idées qu’à leur atti­tude devant la vie. Ceux qui servent une idée s’a­per­çoivent plus ou moins vite de la dégra­da­tion de leur idéal lors­qu’on l’ap­plique aux faits. Ils se réfu­gient dans un acte de foi qui bien sou­vent ne s’ex­prime pas autre­ment que par la confiance en cer­tains guides. Mais cet acte de foi donne un sens à leur vie. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1969

Nous luttons pour que les hommes restent fidèles…

« Nous lut­tons pour que les hommes res­tent fidèles à leur nature pro­fonde, pour qu’ils s’épanouissent dans tous les domaines, pour qu’ils conti­nuent à for­mer des com­mu­nau­tés « à l’échelle humaine », de la famille à l’Europe, de l’usine à la région. Nous lut­tons contre le temps des robots que nous pré­parent ensemble les tech­ni­ciens du monde com­mu­niste et ceux du monde capi­ta­liste. Nous refu­sons « les temps modernes » parce qu’ils pro­cèdent d’une même vision illu­soire et irréelle. »

Jean Mabire
La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994

La jeunesse est faite pour l’héroïsme…

« La jeu­nesse est faite pour l’héroïsme. C’est vrai, il faut de l’héroïsme à un jeune homme pour résis­ter aux ten­ta­tions qui l’entourent, pour croire tout seul à une doc­trine mépri­sée, pour oser faire face sans recu­ler, pour résis­ter à sa famille et à ses amis, pour être fidèle contre tous. Ne croyez pas que vous serez dimi­nué, vous serez au contraire mer­veilleu­se­ment aug­men­té. C’est par la ver­tu que l’on est un homme. La vie vous paraî­tra alors pleine de saveur. »

Paul Clau­del
Lettre à Jacques Rivière, in Cor­res­pon­dance de Jacques Rivière et Paul Clau­del (1907 – 1914), édi­tions Plon, 1926

La notion qui fonde toute coutume vivante…

« La notion qui fonde toute cou­tume vivante, c’est l’honneur. Tout le reste, fidé­li­té, humi­li­té, bra­voure, esprit che­va­le­resque, maî­trise de soi, réso­lu­tion, en découle. Et l’honneur est une ques­tion de sang, non de rai­son. On ne réflé­chit pas – sinon, on a déjà per­du l’honneur. Perdre l’honneur, c’est être effa­cé de la vie, du temps, de l’Histoire. L’honneur de l’ordre, de la famille, de l’homme et de la femme, du peuple et de la patrie, l’honneur du pay­san, du sol­dat, et même du ban­dit : l’honneur signi­fie que la vie, en une cer­taine per­sonne, vaut quelque chose, pos­sède un rang his­to­rique, sa dis­tance, sa noblesse. »

Oswald Spen­gler
Écrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques. Pen­sées, édi­tions Coper­nic, 1980

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