Le premier échelon d’entraide c’est la famille…

« Le pre­mier éche­lon d’entraide, de soli­da­ri­té et d’assistance, aux dires mêmes de l’État, c’est la famille et la filia­tion fon­dée sur le prin­cipe que les aînés aident à sau­ver les enfants. Et que les plus jeunes déploient auprès des anciens leur sol­li­ci­tude pro­tec­trice. C’est l’idée de la géné­ra­tion et du Temps long qui triomphe. Tout à coup, on découvre que la pre­mière sécu­ri­té sociale dans cette socié­té qui a fabri­qué une espèce hybride de soli­daires-soli­taires et fait naître des fils d’éprouvette, c’est la famille au sens de l’ordre natu­rel. Comme pour la fron­tière, comme pour la sou­ve­rai­ne­té, comme pour le local, on a éva­cué le réel par la porte, il revient par la fenêtre du confi­ne­ment. »

Phi­lippe de Vil­liers
Le nou­veau monde est en train de mou­rir du coro­na­vi­rus, entre­tien avec Bas­tien Lejeune, Valeurs Actuelles, 18/03/2020

Tout revient, tout renaît, tout revit…

« Sans doute, sans doute. Mais aus­si tout revient, tout renaît, tout revit. Les enfants sont enfan­tés et suc­cèdent aux pères. Et quand bien même des géné­ra­tions seraient oublieuses et infi­dèles, sans qu’elles le sachent, par elles la vie se trans­met et avec elle une part de l’héritage que retrou­ve­ront plus tard d’autres géné­ra­tions avides de reve­nir aux sources du royaume, au-delà du temps. »

Domi­nique Ven­ner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

On pourrait opposer à l’Œdipe de Freud le Télémaque d’Homère…

« On pour­rait oppo­ser à l’Œdipe de Freud le Télé­maque d’Homère et inven­ter un nou­veau syn­drome appuyé sur les retrou­vailles au lieu de la rup­ture. Télé­maque ne veut pas tuer le père, ni convoi­ter la mère. Il lutte pour retrou­ver son géni­teur, le réins­tal­ler sur le trône, réunir ses parents. L’Œdipe freu­dien, lui, doit pro­fa­ner ses ori­gines pour affir­mer son indi­vi­dua­li­té. Puis-je avouer que je trouve plus prin­cière la figure télé­ma­quienne ? En quoi ne cor­res­pon­drait-elle pas à nos struc­tures psy­chiques enfouies ? »

Syl­vain Tes­son
Un été avec Homère, Édi­tions des Équa­teurs, 2018

La France a été expropriée…

« La France a été expro­priée de chez elle. Si elle regagne ses pénates et recouvre sa mémoire, l’esprit retrou­ve­ra son rayon­ne­ment et sa force d’attraction.
Il faut relire la fable du riche Labou­reur” qui sen­tait sa mort pro­chaine et fit venir ses enfants :
Gar­dez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont lais­sé nos parents.
Un tré­sor est caché dedans. »

Phi­lippe de Vil­liers
Les cloches son­ne­ront-elles encore demain ?, Albin Michel, 2016

De grands efforts ont été faits pour briser le fil du temps…

« De grands efforts ont été faits pour bri­ser le fil du temps et sa cohé­rence, pour inter­dire aux Euro­péens de retrou­ver dans leurs ancêtres leur propre image, pour leur déro­ber leur pas­sé et faire en sorte qu’il leur devienne étran­ger. De tels efforts ont des pré­cé­dents. Du Haut Moyen Âge à la Renais­sance, de nom­breux siècles ont été sou­mis à une abla­tion de la mémoire et à une réécri­ture totale de l’histoire. En dépit des efforts déployés, cette entre­prise a fina­le­ment échoué. Celle, pure­ment néga­tive, conduite depuis la deuxième par­tie du XXe siècle, dure­ra beau­coup moins. Venant d’horizons inat­ten­dus, les résis­tances sont nom­breuses. Comme dans le conte de la Belle au bois dor­mant, la mémoire endor­mie se réveille­ra. Elle se réveille­ra sous l’ardeur de l’amour que nous lui por­te­rons. »

Domi­nique Ven­ner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

Je ne puis que répéter mon conseil…

« Je ne puis que répé­ter mon conseil de tenir un cahier de sou­ve­nirs, ne serait-ce qu’une suite de mots repères qui ser­vi­ront plus tard. Ain­si se conser­ve­ront des notes pré­cieuses dont nos petits-enfants tire­ront encore par­ti, car eux seuls pour­ront recon­naître dans les évé­ne­ments cette ligne de des­tin, insai­sis­sable pour nous et qui se mani­fes­te­ra dans l’ave­nir, à une époque où nos pas­sions d’au­jourd’­hui n’au­ront plus qu’une por­tée his­to­rique. Ain­si s’é­ta­bli­ra une série de petites mono­gra­phies sus­cep­tibles de main­te­nir dans les familles une tra­di­tion, c’est-à-dire la com­pré­hen­sion des des­ti­nées d’un pays. »

Ernst Jün­ger
Le Boque­teau 125 (Das Wäld­chen 125), 1925, trad. Julien Her­vier, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2000

Avec le lait maternel, il avait sucé la tradition…

« Avec le lait mater­nel, il avait sucé la tra­di­tion intan­gible de sa famille. Avant de péné­trer de quoi il s’agissait, il avait appris à com­prendre que sa vie n’était sienne que par­tiel­le­ment. Depuis long­temps déjà, il avait clai­re­ment sai­si qu’il ne tenait pas seule­ment dans sa main son propre hon­neur mais aus­si celui des morts et des gens à naître. Car un homme sans hon­neur jette de l’ombre des deux côtés… Ses ancêtres aus­si bien que ses des­cen­dants avaient une exi­gence sans appel à son égard : l’exigence de l’honneur.
Et il n’avait pas dans l’esprit de tra­hir, ni lui-même, ni les morts, ni les non-nés… »

Gun­nar Gun­nars­son
Frères jurés, 1918, édi­tions Fayard, 2000

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