Le livre
Pourquoi la France

Pourquoi la France

Auteur : Jean Cau
Édi­teur : édi­tions de La Table Ronde (28 février 1975)

Le mot de l’au­teur : En 1975 et en France, il y a des urgences. Et me voi­ci, plon­gé dans mon époque, dans mon pays et dans leur quo­ti­dien. Si donc la meilleure part de moi-même chante une hymne sourde, une autre part vit l’au­jourd’­hui détes­table où se débat et s’en­fonce mon pays. Et mon Europe. Et mon Occi­dent.
Et s’il est bien de pro­po­ser une morale, il faut aus­si pro­po­ser un com­bat et un ter­rain pour celui-ci. La morale, je l’ai dite et chan­tée. Le com­bat, il est celui d’Oc­ci­dent. Reste le ter­rain où peuvent être creu­sées les tran­chées de refuge et d’as­saut. Alors, j’ai beau médi­ter, j’ai beau aller et venir, j’ai beau son­der pers­pec­tives et hori­zons, je ne vois qu’une tran­chée capable en même temps de nous abri­ter et de nous vomir vers l’as­saut et le salut. Dans l’ur­gence de nos jours, en atten­dant plus vaste abri et plus vaste espé­rance déployée, notre tran­chée s’ap­pelle la France et notre pre­mier bou­clier et notre pre­mière épée s’ap­pellent le natio­na­lisme. Plus tard, nous ver­rons. En atten­dant, dans la mêlée, ici, un natio­na­lisme fran­çais est le pre­mier salut.
Je m’en explique. J. C.

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J’ai proposé, dans d’autres livres, une morale tragique...

« J’ai pro­po­sé, dans d’autres livres, une morale tra­gique. Une morale des sommes d’où des­cendent, vers le champ des hommes, les maîtres et les héros. Si j’ai for­ti­fié mes lec­teurs, je n’ai pas per­du mon temps. Si je leur ai arra­ché les écailles des yeux, nous serons alors au moins quelques-uns à nous regar­der sans obs­cé­ni­té, dans la foule, et quelle que soit notre race – celle des héros admi­rables qui vont, ou celle de ceux qui, plus infirmes, les suivent, ou encore celle de ceux qui regardent pas­ser la colonne avec, dans les yeux, l’admiration qui révère – oui, quelle que soit notre race, nous sau­rons qu’elle est bonne. J’ai célé­bré le che­va­lier de Dürer qui va, accom­pa­gné de la Mort et guet­té par le Diable. Der­rière lui, je vois des sou­dards qui le suivent et aux­quels il trace la route, dans la sombre forêt. Sur son pas­sage, les pay­sans saluent et se taisent. Che­va­lier et sou­dards vont vers un loin­tain où il y a la guerre. Ils ne demandent rien. Ils vont mou­rir pour toi, pay­san, pour ta forêt, tes cochons noirs, tes trois poules étiques, ta masure de chaume et tes enfants qui reniflent. Regarde-les pas­ser. Si tu les salues et si tu ne vas pas, cou­rant par tra­verses et rac­cour­cis, pré­ve­nir l’ennemi qui les attend, tu es digne d’eux. Cette digni­té, c’est tout ce qu’on te demande. »

Jean Cau
Pour­quoi la France, édi­tions de La Table Ronde, 1975

Du Sinaï yankee roulent jusqu’à nos pieds les tables de la loi...

« Du Sinaï yan­kee roulent jusqu’à nos pieds les tables de la loi démo­cra­tique et, échine ployée, nous les ramas­sons pieu­se­ment sans nous deman­der ce qu’est, au fait, la démo­cra­tie amé­ri­caine. Ce qu’elle est ? Mala­die. Mais mala­die sup­por­tée par un corps colos­sal, déployée dans un espace qui n’est pas le nôtre, encore douée de confiance en sa jeu­nesse his­to­rique et en son mes­sia­nisme puri­tain. Oui, le sys­tème malade jouit encore en Amé­rique d’une confiance toute naïve qui n’est plus la nôtre. Nos démo­cra­ties, en Europe, ont fré­quen­té l’histoire et par elle ont été rudoyées alors que les États-Unis croient tou­jours, en leurs pro­fon­deurs, que la démo­cra­tie est leur être même. Ils ne se conçoivent pas n’étant-pas-démocrates alors que nous savons qu’il ne s’agit là que d’une forme poli­tique et non la sub­stance même de notre être. Nous avons connu d’autres régimes poli­tiques (les États-Unis jamais) et nous savons aus­si, après tout, que nous pou­vons nous en pas­ser. Mieux encore : nous n’avons pas tout à fait oublié que notre plus haute gloire ne furent pas néces­sai­re­ment liées à la forme démo­cra­tique de nos gou­ver­ne­ments. Et tou­jours mieux : nous avons trop vu, en France, en Alle­magne, en Ita­lie, en Espagne, les démo­cra­ties ame­ner le désastre et être inca­pables d’y faire face. Et les Fran­çais, par exemple, n’ont pas encore expul­sé de leur mémoire la cou­leur hon­teuse des jours de 40. […] En somme, la fille a dévoyé la mère : l’Amérique démo­crate pour­rit la démo­cra­tie d’Europe. Pour cela, je dis que la démo­cra­tie libé­rale n’est pas le bon rem­part contre le colo­nia­lisme amé­ri­cain. »

Jean Cau
Pour­quoi la France, édi­tions de La Table Ronde, 1975

On nous corne : il faut s’ouvrir aux influences étrangères...

« On nous corne : « Il faut s’ouvrir aux influences étran­gères ». Il se trouve que ce slo­gan n’est pas inno­cent parce qu’il est désor­mais la devise d’un cos­mo­po­li­tisme dont l’arbre est aux États-Unis et dont les branches, d’où tombent des fruits pour­ris, s’étendent sur tout l’Occident et vont même pro­je­tant leur ombre sur un plus vaste espace. Il se trouve qu’il s’agit moins d’ouvertures que d’abandons et plus d’engorgements indi­gestes que d’assimilations for­ti­fiantes. Notre mode de vie est insi­dieu­se­ment péné­tré, miné, ron­gé par l’influence amé­ri­caine. Et la France va vers sa perte d’âme. »

Jean Cau
Pour­quoi la France, édi­tions de La Table Ronde, 1975

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