Citation

J’ai proposé, dans d’autres livres, une morale tragique…

« J’ai pro­po­sé, dans d’autres livres, une morale tra­gique. Une morale des sommes d’où des­cendent, vers le champ des hommes, les maîtres et les héros. Si j’ai for­ti­fié mes lec­teurs, je n’ai pas per­du mon temps. Si je leur ai arra­ché les écailles des yeux, nous serons alors au moins quelques-uns à nous regar­der sans obs­cé­ni­té, dans la foule, et quelle que soit notre race – celle des héros admi­rables qui vont, ou celle de ceux qui, plus infirmes, les suivent, ou encore celle de ceux qui regardent pas­ser la colonne avec, dans les yeux, l’admiration qui révère – oui, quelle que soit notre race, nous sau­rons qu’elle est bonne. J’ai célé­bré le che­va­lier de Dürer qui va, accom­pa­gné de la Mort et guet­té par le Diable. Der­rière lui, je vois des sou­dards qui le suivent et aux­quels il trace la route, dans la sombre forêt. Sur son pas­sage, les pay­sans saluent et se taisent. Che­va­lier et sou­dards vont vers un loin­tain où il y a la guerre. Ils ne demandent rien. Ils vont mou­rir pour toi, pay­san, pour ta forêt, tes cochons noirs, tes trois poules étiques, ta masure de chaume et tes enfants qui reniflent. Regarde-les pas­ser. Si tu les salues et si tu ne vas pas, cou­rant par tra­verses et rac­cour­cis, pré­ve­nir l’ennemi qui les attend, tu es digne d’eux. Cette digni­té, c’est tout ce qu’on te demande. »

Jean Cau
Pour­quoi la France, édi­tions de La Table Ronde, 1975

À propos de l'auteur

Jean Cau, né en 1925 et mort en 1993, est un écrivain, journaliste et polémiste français. Secrétaire de Jean-Paul Sartre de 1946 à 1957, il écrit dans Les Temps modernes, avant de devenir journaliste à L'Express, à France Observateur, au Figaro littéraire et à Paris Match. Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, romans, essais, pamphlets et pièces de théâtre ainsi que de plusieurs scénarios de film. Il est récompensé du prix Goncourt pour son roman La Pitié de Dieu en 1961. Dans les années 1970, il se rapproche de la Nouvelle droite avec des articles polémiques, fustigeant la décadence de l'Europe ou exaltant le combat et les traditions européennes, qui paraîtront notamment dans Éléments. Il consacre également de nombreux textes à sa passion pour la tauromachie, qu'il considère comme un art et un héritage ancestral de rites et de jeux païens.
Dernières citations ajoutées

Les 10 dernières citations

Pour ma part, je loue donc aussi Agésilas…

« Pour ma part, je loue donc aus­si Agé­si­las d’avoir, pour gar­der l’agrément des Grecs, dédai­gné l’hospitalité du Roi. Et j’admire aus­si qu’il ait pen­sé que ce n’était pas, entre eux deux, celui qui avait le plus de richesses et gou­ver­nait le plus de monde qui devait s’enorgueillir le plus, mais celui qui était le meilleur com­man­dant aux meilleurs. »

Xéno­phon
Agé­si­las, trad. Michel Case­vitz, édi­tions Les Belles Lettres, 2008

L’admiration de l’excellence humaine relève d’un éthos aristocratique…

« L’ad­mi­ra­tion de l’ex­cel­lence humaine relève d’un éthos aris­to­cra­tique. Il est peut-être un peu excen­trique de par­ler d’a­ris­to­cra­tie à notre époque, mais il convient de tenir compte de cette véri­té para­doxale : l’éga­li­té est elle-même un idéal aris­to­cra­tique. C’est l’i­déal de l’a­mi­tié entre ceux qui se tiennent à dis­tance de la masse et se recon­naissent entre eux comme des pairs. Cela peut concer­ner des pro­fes­sion­nels spé­cia­li­sés ou des tra­vailleurs sur un chan­tier. En revanche, l’i­déal bour­geois ne repose pas sur un prin­cipe d’éga­li­té, mais sur un prin­cipe d’é­qui­va­lence – sur l’i­dée d’une inter­chan­gea­bi­li­té qui efface les dif­fé­rences de rang. »

Mat­thew Crawford
Eloge du car­bu­ra­teur. Essai sur le sens et la valeur du tra­vail, édi­tions La décou­verte, 2016

La racine, puisque c’est bien d’elle dont il est question…

« La racine, puisque c’est bien d’elle dont il est ques­tion, est la même d’éthos (cou­tume) et èthos (demeure). Pas d’éthique que ne s’enracine dans une mai­son. Chez Homère, le plu­riel ta èthéa désigne les lieux où habitent trou­peaux et ber­gers, leur séjour – le mot s’apparente donc à ho nomos, ori­gi­nel­le­ment la pâture, le pâtu­rage – et au sin­gu­lier, chez Hésiode et Héro­dote, l’habi­ta­tion des hommes, la sûre­té de la place où l’on est. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Hommes, femmes, dieux ou déesses…

« Hommes, femmes, dieux ou déesses, chefs de clan, repré­sen­ta­tion de la Grande Mère, gar­diens des seuils, des morts ou des vivants, œuvres d’art ou de culte, les hypo­thèses ne manquent pas sans qu’il ait été pos­sible, à ce jour, d’en mettre une en exergue qui inva­li­de­rait ou amoin­dri­rait la valeur des autres. Quoi qu’il en soit, les sta­tues-men­hirs sont œuvres de mon pro­fond peuple pri­mi­tif, signes à nous envoyés par-delà les temps, pré­sences muettes gra­vées dans la pierre immuable qui dési­gnent au moins la per­ma­nence d’un long peu­ple­ment. Fichées en terre, enra­ci­nées, elles bornent notre mémoire com­mune, blocs rocheux semés qui balisent un che­min de cam­pagne dont nous avons per­du le sens mais dont nous conser­vons la pré­sence éclatée. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Auteurs

Auteurs récemment ajoutés