« Un guerrier dans une époque solaire peut admirer la grandeur humaine de son adversaire. »
Sylvain Tesson
Un été avec Homère, éditions des Équateurs, 2018
Un projet de l'Institut ILIADE pour la longue mémoire européenne
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« Un guerrier dans une époque solaire peut admirer la grandeur humaine de son adversaire. »
Sylvain Tesson
Un été avec Homère, éditions des Équateurs, 2018
« En termes écologiques, on dit que les signaux d’alerte sont dans le rouge. En termes mythologiques, on dit que les fleuves débordent de dégoût. Nous sommes, comme Achille, poursuivis par les eaux. Nous ne comprenons pas encore qu’il faut ralentir notre course vers ce gouffre que nous continuons sottement à appeler le progrès. »
Sylvain Tesson
Un été avec Homère, éditions des Équateurs, 2018
« L’opulence des polyphonies européennes a témoigné en faveur des ambitions des créateurs qui les ont servies : mettre en place un monde esthétique dans lequel sons simultanés et sons successifs sont inséparables les uns des autres, comme devraient l’être les habitants des cités d’Europe. Même la thermodynamique de Boltzmann, qui tente de contenir dans une seule unité de gaz stable les mouvements incontrôlables des particules individuelles de ce gaz, ne pourrait apprivoiser une telle multiplicité d’événements. La générosité esthétique l’emporte à l’évidence sur l’ambition calculatrice. Ainsi allaient les compositeurs européens, jusqu’à une époque récente où les nuages lourds des décibels amplifiés n’emportaient pas encore dans leurs orages tétanisants la subtilité des harmonies concertantes. »
Jean-François Gautier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité européenne, Philippe Conrad dir., édition Institut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018
« Je n’ai pas de téléphone portable car je trouve d’une insondable goujaterie d’appeler quelqu’un sans lui en demander préalablement l’autorisation par voie de courrier. Je refuse de répondre au “drelin” du premier venu. Les gens sont si pressés de briser nos silences… J’aime Degas, lançant : “C’est donc cela le téléphone ? On vous sonne et vous accourez comme un domestique.” Les sonneries sectionnent le flux du temps, massacrent la pâte de la durée, hachent les journées, comme le couteau de cuisinier japonais le concombre. »
Sylvain Tesson
S’abandonner à vivre, éditions Gallimard, coll. Blanche, 2014
« Qu’est-ce que la solitude ? Une compagne qui sert à tout.
Elle est un baume appliqué sur les blessures. Elle fait caisse de résonance : les impressions sont décuplées quand on est seul à les faire surgir. Elle impose une responsabilité : je suis l’ambassadeur du genre humain dans la forêt vide d’hommes. Je dois jouir de ce spectacle pour ceux qui en sont privés. Elle génère des pensées puisque la seule conversation possible se tient en soi-même. Elle lave de tous les bavardages, permet le coup de sonde en soi. Elle convoque à la mémoire le souvenir des gens aimés. Elle lie l’ermite d’amitié avec les plantes et les bêtes et parfois un petit dieu qui passerait par là. »
Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie, éditions Gallimard, 2011
« Je crois à la mémoire des pierres. Elles absorbent l’écho des conversations, des pensées. Elles incorporent l’odeur des hommes. Les pierres sauvages des grottes et les pierres sages des églises rayonnent d’une force mantique. On est toujours saisi quand on pénètre sous une voûte de pierre qui a abrité les hommes. »
Sylvain Tesson
Une très légère oscillation, journal 2014 – 2017, éditions des Équateurs, 2017
« La température chute subitement ? J’abats du bois par ‑35° et lorsque je rentre dans la cabane, la chaleur procure l’effet d’un luxe suprême. Après la froidure, le bruit d’un bouchon de vodka qui saute près d’un poêle suscite infiniment plus de jouissance qu’un séjour palatial au bord du grand canal vénitien. Que les huttes puissent tenir rang de palais, les habitués des suites royales ne le comprendront jamais. Ils n’ont pas connu l’onglet avant le bain moussant. Le luxe n’est pas un état mais le passage d’une ligne, le seuil où, soudain, disparaît toute souffrance. »
Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie, éditions Gallimard, 2011
« Le journal est la bouée de sauvetage dans l’océan de ces errements. On le retrouve au soir venu. On s’y tient. On s’y plonge pour oublier les trépidations, on y confie une pensée, le souvenir d’une rencontre, l’émotion procurée par un beau paysage ou, mieux, par un visage, ce paysage de l’âme. On y note une phrase, une colère, un enthousiasme, l’éblouissement d’une lecture. Chaque soir on y revient. On lui voue sa fidélité. La seule qui vaille. La seule qui tienne. Le journal est une patrie.
Grâce à lui, le sismographe intérieur se calme. Les affolements du métronome vital qui explorait le spectre à grands coups paniqués se réduisent alors à une très légère oscillation. »
Sylvain Tesson
Une très légère oscillation, journal 2014 – 2017, éditions des Équateurs, 2017
« Tout patriote est dur aux étrangers ; ils ne sont qu’hommes, ils ne sont rien à ses yeux. Cet inconvénient est inévitable, mais il est faible. L’essentiel est d’être bon avec qui l’on vit […] Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. »
Jean-Jacques Rousseau
Émile ou De l’éducation, 1762
« L’Être n’est plus considéré comme quelque chose de bon, mais tout au plus comme un fait neutre, voire, dans certains cas extrêmes, comme mauvais. Le nihilisme en tire les conséquences et vise à la destruction de ce qu’il considère comme indigne d’être.
Mais il épargne le présent, tout simplement parce que celui-ci abrite le sujet de la destruction. Il cherche à détruire tout, sauf le présent. C’est-à-dire ce qui reste une fois qu’on a fait abstraction du présent, à savoir le passé et l’avenir. La logique du nihilisme est donc celle de ce que l’on pourrait appeler un « présentisme » absolu. Il vise à la destruction du passé et de l’avenir. »
Rémi Brague
Modérément moderne, éditions Flammarion, 2014
« Pour chacun d’entre nous, l’univers est formé de mondes étagés, dont le centre commun est la maison ancestrale. On apprend à les connaître graduellement, au fur et à mesure que l’on s’enhardit à s’éloigner un peu plus du sanctuaire familial. On est heureux tant que, ainsi loin qu’on soit, on conserve des attaches avec lui. Au contraire, le jour où l’on perd toutes relations avec “la maison”, on a le cœur bouleversé : tout est désormais changé dans la vie. »
Henri Vincenot
Récits des friches et des bois, éditions Anne Carrière, 1997