Ce n’est pas une prière mièvre…

« Par­mi ceux qui me liront, la plu­part ne connaissent pas cette prière, mais cer­tains s’en sou­vien­dront. Ce n’est pas une prière mièvre. Elle a le mérite d’être courte et d’en dire beau­coup en peu de mots, dans une langue claire. Mêlée au gron­de­ment du Talon, elle avait, si j’ose dire, de la gueule :
Sei­gneur Jésus, appre­nez-nous,
À être géné­reux,
À vous ser­vir comme vous le méri­tez,
À don­ner sans comp­ter,
À com­battre sans sou­ci des bles­sures,
À nous dépen­ser sans attendre
D’autre récom­pense
Que celle de savoir
Que nous fai­sons votre sainte volon­té.
C’est une prière de féo­dal adres­sée à son suze­rain. On note­ra aus­si le vou­voie­ment. Fer­mons la paren­thèse. »

Jean Ras­pail
En canot sur les che­mins d’eau du roi. Une aven­ture en Amé­rique, édi­tions Albin Michel, 2005

Ne comprenez-vous pas que le don de soi, le risque, la fidélité jusqu’à la mort…

« Ne com­pre­nez-vous pas que le don de soi, le risque, la fidé­li­té jusqu’à la mort, voi­là des exer­cices qui ont lar­ge­ment contri­bué à fon­der la noblesse de l’homme ? Quand vous cher­chez un modèle à pro­po­ser, vous le décou­vrez chez le pilote qui se sacri­fie pour son cour­rier, chez le méde­cin qui suc­combe sur le front des épi­dé­mies, ou chez le méha­riste qui, à la tête de son pelo­ton maure, s’enfonce vers le dénue­ment et la soli­tude. Quelques-uns meurent chaque année. Si même leur sacri­fice est en appa­rence inutile, croyez-vous qu’ils n’ont point ser­vi ? Ils ont frap­pé la belle pâte vierge que nous sommes d’abord une belle image, ils ont ense­men­cé jusqu’à la conscience du petit enfant, ber­cé par des contes nés de leurs gestes. Rien ne se perd et le monas­tère clos de murs, lui-même, rayonne. »

Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Un sens à la vie, 1938

L’opulence des polyphonies européennes…

« L’opulence des poly­pho­nies euro­péennes a témoi­gné en faveur des ambi­tions des créa­teurs qui les ont ser­vies : mettre en place un monde esthé­tique dans lequel sons simul­ta­nés et sons suc­ces­sifs sont insé­pa­rables les uns des autres, comme devraient l’être les habi­tants des cités d’Europe. Même la ther­mo­dy­na­mique de Boltz­mann, qui tente de conte­nir dans une seule uni­té de gaz stable les mou­ve­ments incon­trô­lables des par­ti­cules indi­vi­duelles de ce gaz, ne pour­rait appri­voi­ser une telle mul­ti­pli­ci­té d’événements. La géné­ro­si­té esthé­tique l’emporte à l’évidence sur l’ambition cal­cu­la­trice. Ain­si allaient les com­po­si­teurs euro­péens, jusqu’à une époque récente où les nuages lourds des déci­bels ampli­fiés n’emportaient pas encore dans leurs orages téta­ni­sants la sub­ti­li­té des har­mo­nies concer­tantes. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

What I gave I have…

« Une épi­taphe gra­vée, Ky me l’a mon­trée ; elle lui a plu, c’est pour­quoi il avait ins­tal­lé son P.C à cet endroit.
What I gave I have
What I spent I had
What I kept I lost »

Pierre Schoen­doerf­fer
Là-haut, Édi­tions Gras­set, 1981

À quoi sert le militantisme ? Rarement à faire…

« À quoi sert le mili­tan­tisme ? Rare­ment à faire avan­cer la cause que l’on défend, mais avant tout à se for­mer soi-même. À se doter d’un carac­tère. À se struc­tu­rer, phy­si­que­ment et men­ta­le­ment. Le mili­tan­tisme est une école. Le mili­tan­tisme est un don de soi. Mais il peut aus­si être une alié­na­tion. Il aliène chaque fois qu’il empêche de pen­ser par soi-même. […] Il per­met d’acquérir une armure, mais peut faire oublier que la cui­rasse n’est pas le corps. Il y a une énorme dif­fé­rence entre un esprit enga­gé et un esprit par­ti­san. Même au ser­vice de la meilleure des causes, un esprit par­ti­san n’est jamais un esprit libre. L’important est de tou­jours s’engager à temps com­plet, avec dés­in­té­res­se­ment. La prio­ri­té, c’est tou­jours l’au-delà de soi. »

Alain de Benoist
ID maga­zine, n°9, prin­temps 2007

Écrire doit être un jeu dangereux…

« Écrire doit être un jeu dan­ge­reux. C’est la seule noblesse de l’écrivain, sa seule manière de par­ti­ci­per aux luttes de la vie. L’écrivain poli­tique ne peut se sépa­rer du mili­tant poli­tique. Le pen­seur ne peut aban­don­ner le guer­rier.
Un cer­tain nombre d’hommes de ce pays ont sau­vé et l’honneur des lettres et l’honneur des armes. Ils ne furent pas tous du même camp lors de notre der­nière guerre civile euro­péenne mais ils sont nos frères et mes exemples. Je pense à Saint-Exu­pé­ry, abat­tu au cours d’une mis­sion aérienne ; je pense à Robert Bra­sillach, fusillé à Mon­trouge ; je pense à Drieu La Rochelle, accu­lé au sui­cide dans sa cachette pari­sienne ; je pense à Jean Pré­vost, exé­cu­té dans le maquis du Ver­cors.
Ceux-là n’ont pas tri­ché. Ils n’ont pas aban­don­né les jeunes gens impa­tients et géné­reux qui leur avaient deman­dé des rai­sons de vivre et de mou­rir et qu’ils avaient enga­gés sur la voie étroite, rocailleuse et ver­ti­gi­neuse, de l’honneur et de la fidé­li­té. »

Jean Mabire
La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994 (texte paru ini­tia­le­ment dans Europe Action N°30, juin 1965)

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