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L’opulence des polyphonies européennes…

« L’opulence des poly­pho­nies euro­péennes a témoi­gné en faveur des ambi­tions des créa­teurs qui les ont ser­vies : mettre en place un monde esthé­tique dans lequel sons simul­ta­nés et sons suc­ces­sifs sont insé­pa­rables les uns des autres, comme devraient l’être les habi­tants des cités d’Europe. Même la ther­mo­dy­na­mique de Boltz­mann, qui tente de conte­nir dans une seule uni­té de gaz stable les mou­ve­ments incon­trô­lables des par­ti­cules indi­vi­duelles de ce gaz, ne pour­rait appri­voi­ser une telle mul­ti­pli­ci­té d’événements. La géné­ro­si­té esthé­tique l’emporte à l’évidence sur l’ambition cal­cu­la­trice. Ain­si allaient les com­po­si­teurs euro­péens, jusqu’à une époque récente où les nuages lourds des déci­bels ampli­fiés n’emportaient pas encore dans leurs orages téta­ni­sants la sub­ti­li­té des har­mo­nies concertantes. »

Jean-Fran­çois Gautier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

À propos de l'auteur

Jean-François Gautier, né à Paris le 9 janvier 1950, mort le 6 décembre 2020, est docteur en philosophie, musicographe et étiopathe. Il collabore régulièrement à la revue Éléments et a publié de nombreux essais consacrés à l’histoire et à la philosophie, ainsi qu’à celle des sciences et de la musique - notamment sur Plutarque et Claude Debussy, le vin, l’Univers, ou encore Le sens de l’Histoire (Ellipses, 2020). Dernier ouvrage paru : À propos des Dieux. L’esprit des polythéismes (La Nouvelle Librairie, 2020).
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Pour ma part, je loue donc aussi Agésilas…

« Pour ma part, je loue donc aus­si Agé­si­las d’avoir, pour gar­der l’agrément des Grecs, dédai­gné l’hospitalité du Roi. Et j’admire aus­si qu’il ait pen­sé que ce n’était pas, entre eux deux, celui qui avait le plus de richesses et gou­ver­nait le plus de monde qui devait s’enorgueillir le plus, mais celui qui était le meilleur com­man­dant aux meilleurs. »

Xéno­phon
Agé­si­las, trad. Michel Case­vitz, édi­tions Les Belles Lettres, 2008

L’admiration de l’excellence humaine relève d’un éthos aristocratique…

« L’ad­mi­ra­tion de l’ex­cel­lence humaine relève d’un éthos aris­to­cra­tique. Il est peut-être un peu excen­trique de par­ler d’a­ris­to­cra­tie à notre époque, mais il convient de tenir compte de cette véri­té para­doxale : l’éga­li­té est elle-même un idéal aris­to­cra­tique. C’est l’i­déal de l’a­mi­tié entre ceux qui se tiennent à dis­tance de la masse et se recon­naissent entre eux comme des pairs. Cela peut concer­ner des pro­fes­sion­nels spé­cia­li­sés ou des tra­vailleurs sur un chan­tier. En revanche, l’i­déal bour­geois ne repose pas sur un prin­cipe d’éga­li­té, mais sur un prin­cipe d’é­qui­va­lence – sur l’i­dée d’une inter­chan­gea­bi­li­té qui efface les dif­fé­rences de rang. »

Mat­thew Crawford
Eloge du car­bu­ra­teur. Essai sur le sens et la valeur du tra­vail, édi­tions La décou­verte, 2016

La racine, puisque c’est bien d’elle dont il est question…

« La racine, puisque c’est bien d’elle dont il est ques­tion, est la même d’éthos (cou­tume) et èthos (demeure). Pas d’éthique que ne s’enracine dans une mai­son. Chez Homère, le plu­riel ta èthéa désigne les lieux où habitent trou­peaux et ber­gers, leur séjour – le mot s’apparente donc à ho nomos, ori­gi­nel­le­ment la pâture, le pâtu­rage – et au sin­gu­lier, chez Hésiode et Héro­dote, l’habi­ta­tion des hommes, la sûre­té de la place où l’on est. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Hommes, femmes, dieux ou déesses…

« Hommes, femmes, dieux ou déesses, chefs de clan, repré­sen­ta­tion de la Grande Mère, gar­diens des seuils, des morts ou des vivants, œuvres d’art ou de culte, les hypo­thèses ne manquent pas sans qu’il ait été pos­sible, à ce jour, d’en mettre une en exergue qui inva­li­de­rait ou amoin­dri­rait la valeur des autres. Quoi qu’il en soit, les sta­tues-men­hirs sont œuvres de mon pro­fond peuple pri­mi­tif, signes à nous envoyés par-delà les temps, pré­sences muettes gra­vées dans la pierre immuable qui dési­gnent au moins la per­ma­nence d’un long peu­ple­ment. Fichées en terre, enra­ci­nées, elles bornent notre mémoire com­mune, blocs rocheux semés qui balisent un che­min de cam­pagne dont nous avons per­du le sens mais dont nous conser­vons la pré­sence éclatée. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

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