Nous autres, civilisations, nous savons maintenant…

« Nous autres, civi­li­sa­tions, nous savons main­te­nant que nous sommes mor­telles. Nous avions enten­du par­ler de mondes dis­pa­rus tout entiers, d’empires cou­lés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; des­cen­dus au fond inex­plo­rable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs aca­dé­mies et leurs sciences pures et appli­quées, avec leurs gram­maires, leurs dic­tion­naires, leurs clas­siques, leurs roman­tiques et leurs sym­bo­listes, leurs cri­tiques et les cri­tiques de leurs cri­tiques. Nous savions bien que toute la terre appa­rente est faite de cendres, que la cendre signi­fie quelque chose. Nous aper­ce­vions à tra­vers l’épaisseur de l’histoire, les fan­tômes d’immenses navires qui furent char­gés de richesse et d’esprit. »

Paul Valé­ry
La crise de l’esprit, édi­tions NRF, 1919

La disparition ou la marginalisation du modèle héroïque…

« La dis­pa­ri­tion ou la mar­gi­na­li­sa­tion du modèle héroïque est carac­té­ris­tique du phé­no­mène de la déca­dence. Pour Hei­deg­ger, il faut être en veille pour pou­voir accom­pa­gner l’éclaircie de l’être quand elle se pro­dui­ra. Alors, l’homme rede­vien­dra un homme véri­table qui tel saint Georges réus­si­ra à vaincre le dra­gon par l’alliance de la force du cœur et de l’élévation de l’esprit. »

Ivan Blot
Les déca­dences dans l’his­toire, deuxième opus du cycle de confé­rences sur « L’homme héroïque », 7 octobre 2015

Au moment où le fanatisme islamique détruit méthodiquement le patrimoine…

« La nature comme socle, l’excellence comme but, la beau­té comme hori­zon”.
C’est l’ultime mes­sage que nous a lais­sé Domi­nique Ven­ner et nous res­sen­tons clai­re­ment aujourd’hui l’importance que revêt le troi­sième élé­ment de ce trip­tyque fon­da­teur. Au moment où le fana­tisme isla­mique détruit métho­di­que­ment le patri­moine archéo­lo­gique et artis­tique orien­tal et où le pré­ten­du art contem­po­rain” impose par­tout sa lai­deur et ses pro­vo­ca­tions déri­soires, il est deve­nu impos­sible de faire l’économie d’une réflexion sur le rap­port que les Euro­péens ont, au fil du temps, entre­te­nu avec la beauté.
Celle des pay­sages où se mani­feste, de Delphes à Bro­cé­liande, le souffle de l’esprit, celle des sanc­tuaires où, de Véze­lay à Chartres, ils ont affir­mé leur foi, celle des palais où le beau a légi­ti­mé le pou­voir… Dans ses diverses mani­fes­ta­tions, l’art euro­péen s’est impo­sé, contre la ten­ta­tion ico­no­claste venue d’Orient, comme le reflet de la vie, comme le moyen d’exprimer la trans­cen­dance que recèle le monde. »

Phi­lippe Conrad
La beau­té comme hori­zon, allo­cu­tion au deuxième col­loque de l’Ins­ti­tut Iliade, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 25 avril 2015

Rappeler à l’existence la mentalité aristocratique…

« L’enjeu : rap­pe­ler à l’existence la men­ta­li­té aris­to­cra­tique, res­sus­ci­ter l’esprit de la vieille Europe. Il ne s’agit pas d’un retour en arrière. Il ne s’agit pas de réani­mer arti­fi­ciel­le­ment des choses mortes. Mais de reprendre conscience d’un héri­tage pour le recréer sous des formes nouvelles. »

Louis Pau­wels
Com­ment devient-on ce que l’on est ?, édi­tions Stock, 1978

Thucydide est la grande somme, la dernière révélation de cet esprit…

« Thu­cy­dide est la grande somme, la der­nière révé­la­tion de cet esprit des réa­li­tés fort, sévère et dur que les anciens Hel­lènes avaient dans l’instinct. Le cou­rage devant la réa­li­té dis­tingue en der­nière ins­tance des natures comme Thu­cy­dide et Pla­ton : Pla­ton est lâche devant la réa­li­té, – par consé­quent il se réfu­gie dans l’idéal ; Thu­cy­dide est maître de soi, donc il est aus­si maître des choses… »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

Je vous enseigne le Surhomme. L’homme est quelque chose qui doit être surmonté…

« Je vous enseigne le Sur­homme. L’homme est quelque chose qui doit être sur­mon­té. Qu’avez-vous fait pour le sur­mon­ter ? Tous les êtres jusqu’à pré­sent ont créé quelque chose au-des­sus d’eux, et vous vou­lez être le reflux de ce grand flot et plu­tôt retour­ner à la bête que de sur­mon­ter l’homme ? Qu’est le singe pour l’homme ? Une déri­sion ou une honte dou­lou­reuse. Et c’est ce que doit être l’homme pour le sur­homme : une déri­sion ou une honte douloureuse. »

Frie­drich Nietzsche
Ain­si par­lait Zara­thous­traUn livre pour tous et pour per­sonne (Also sprach Zara­thus­tra – Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883 – 1885, trad. Gene­viève Bian­quis, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2006

Les mêmes esprits qui s’étaient estimés assez forts…

« Les mêmes esprits qui s’étaient esti­més assez forts pour tran­cher les liens de l’antique reli­gion des ancêtres étaient à ce point asser­vis par le sor­ti­lège d’idoles bar­bares. L’image qu’ils offraient d’eux-mêmes dans leur aveu­gle­ment était plus répu­gnante que l’ivresse que l’on voit dans le plein jour. Alors qu’ils pen­saient prendre leur vol et s’en fai­saient gloire, ils se vau­traient dans la poussière. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Auteurs

Auteurs récemment ajoutés