« Les systèmes qui reposent sur des principes arbitraires, conçus en dehors ou même à l’encontre des réalités et de l’expérience, n’engendrent que le néant. »
Jacques Bainville
Réflexions sur la politique, édition posthume, Plon, 1941
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« Les systèmes qui reposent sur des principes arbitraires, conçus en dehors ou même à l’encontre des réalités et de l’expérience, n’engendrent que le néant. »
Jacques Bainville
Réflexions sur la politique, édition posthume, Plon, 1941
« Les théories de Hobbes sont à l’origine de toutes les théories de la table rase qui, sous des formes diverses, se succèdent en Occident depuis trois cents ans. L’humanité, ses sociétés, ses générations successives sont des tabulas rasas, des tablettes de cire sur lesquelles le temps a écrit des histoires, des conceptions du monde et des pratiques sociales. On pourrait, en chauffant un peu la tablette, faire fondre la cire qui redeviendrait lisse, “rase” et donc vierge, et l’on pourrait donc écrire dessus, en toute liberté, un nouveau droit, de nouvelles sociétés, un homme nouveau. “Du passé faisons table rase”, dit l’Internationale. Ces théories sont l’origine du constructivisme politique, de la théorie des constitutions politiques modernes et de la prétention à rompre avec une nature et des héritages. Dans le temps présent, la table rase sous-tend l’idéologie immigrationniste puisque rien, dans cette conception, n’empêche de voir des individus allogènes s’agréger librement et de plein droit au contrat social, perpétuellement “ouvert” sur un avenir à construire ensemble par accord mutuel. »
Lionel Rondouin
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité européenne, Philippe Conrad dir., édition Institut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018
« Face à la décadence, trois genres de réaction révèlent un type d’homme : les uns, la majorité, acceptent sans broncher de ne pas voir ce qui les tue et frémissent ou ricanent si d’aventure un éveillé tente de leur ouvrir les yeux. Cynisme ou perversion, une minorité jouit des décadences comme s’il était possible de ne pas être englouti par la montée des eaux d’égout. Une autre minorité, les purs, refuse les fatalités trompeuses ; elle prend les armes et combat. »
Christopher Gérard
Préface au Chant des alouettes de Thibaud Cassel, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2017
« Qui était sorti vainqueur de cette fausse guerre [la guerre froide, NDLR] ? Les États-Unis, bien entendu, et l’économie de marché. Mais aussi la religion de l’Humanité, une, uniforme et universelle. Une religion commune aux deux adversaires de la veille. Et ce n’était pas leur seule affinité. Que voulaient les communistes d’autrefois ? Ils voulaient la mise en commun des richesses de l’humanité et une gestion rationnelle assurant à tous abondance et paix. Ils voulaient aussi la création d’un homme nouveau, capable de désirer ces bienfaits, un homme rationnel et universel, délivré de toutes ces entraves que sont des racines, une nature et une culture. Ils voulaient enfin assouvir leur haine des hommes concrets, porteurs de différences, leur haine également de la vieille Europe, multiple et tragique. Et l’Occident américain, que veut-il ? Eh bien, la même chose. La différence porte sur les méthodes. Récusant la planification par la contrainte, le système américain voit dans le marché le facteur principal de la rationalité et des changements. […]
Le communisme de marché, autre nom du mondialisme, ne partage pas seulement avec son ex-frère ennemi soviétique la vision radieuse du but final. Pour changer le monde, lui aussi doit changer l’homme, fabriquer l’homo œconomicus de l’avenir, le zombi, l’homme du nihilisme, vidé de son contenu, possédé par l’esprit du marché et de l’Humanité universelle. Le zombi se multiplie sous nos yeux. Il est heureux “puisque l’esprit du marché lui souffle que le bonheur consiste à satisfaire tous ses désirs”. Et ses désirs étant ceux du marché ne sont suscités que pour être satisfaits. »
Dominique Venner
Histoire et tradition des Européens, Éditions du Rocher, coll. Histoire, 2002
« Parce qu’Homère est la source même de la tradition européenne. Il répond au trouble immense dans lequel les Européens ont été jetés. Le trouble est partout, dans la politique, la religion, la morale commune, l’éducation, le travail, l’idée que les Européens se font d’eux-mêmes. Rien ne tient debout, sinon une sorte de nihilisme grossier, l’appétit des jouisseurs et des prédateurs, grimés de discours moralisateurs. Tout est faux et corrompu. Les religions elles-mêmes offrent les discours les plus contradictoires et les plus démoralisants. Comment s’y retrouver ? Pour échapper au conflit des pensées et des actes, les Européens n’ont pas d’autre choix que de faire retour à ce qui leur appartient en propre, à la source intacte, indiscutable, incorruptible de leur civilisation. Pour reprendre le mot de la grande helléniste qu’était Jacqueline de Romilly, il faut en revenir à l’essentiel, à Homère, au tout à fait pur. Si l’on cherche les catégories de l’action, de la connaissance, de la beauté, de l’excellence et de la sagesse tragique, tout est déjà présent dans l’Iliade et l’Odyssée, à condition de libérer ces textes magnifiques des bibliothèques poussiéreuses où on les a fossilisés. »
Dominique Venner
Le Choc de l’histoire, éditions Via Romana, 2011
« Je n’ai que l’idée que je me fais de moi pour me soutenir sur les mers du néant. »
Henry de Montherlant
Service inutile, 1935, éditions Gallimard, 1973, coll. Folio Essais, 2005
« Que signifie le nihilisme ? – Que les suprêmes valeurs se dévalorisent. »
Friedrich Nietzsche
La Volonté de puissance (Der Wille zur Macht), 1888, trad. Geneviève Bianquis, éditions Gallimard, Coll. Tel, 2 tomes, 1995
« Puisque nous ne pouvons pas tromper toute la race humaine en permanence, il est très important de couper chaque génération des autres ; en effet, quand l’érudition établit un commerce libre entre les âges, on risque toujours que les erreurs caractéristiques d’une époque soient corrigées par les vérités caractéristiques d’une autre. Mais grâce à notre Père et au Point de Vue Historique, les grands érudits d’aujourd’hui sont aussi peu nourris par le passé que le plus ignorant des mécaniciens qui s’imagine que “l’histoire, c’est de la blague”. »
Clive Staples Lewis
Tactique du diable (Screwtape Letters), n°27, 1941
L’allusion de la fin de citation renvoie à une déclaration de l’industriel américain Henry Ford : « History is more or less bunk. It’s tradition. We don’t want tradition. We want to live in present, and the only history that is worth a thinker’s damn is the theory thant we make today » (entretien avec Charles N. Wheeler, Chicago Tribune, 25 mai 1916).
« L’Être n’est plus considéré comme quelque chose de bon, mais tout au plus comme un fait neutre, voire, dans certains cas extrêmes, comme mauvais. Le nihilisme en tire les conséquences et vise à la destruction de ce qu’il considère comme indigne d’être.
Mais il épargne le présent, tout simplement parce que celui-ci abrite le sujet de la destruction. Il cherche à détruire tout, sauf le présent. C’est-à-dire ce qui reste une fois qu’on a fait abstraction du présent, à savoir le passé et l’avenir. La logique du nihilisme est donc celle de ce que l’on pourrait appeler un « présentisme » absolu. Il vise à la destruction du passé et de l’avenir. »
Rémi Brague
Modérément moderne, éditions Flammarion, 2014
« Alors qu’est-ce que la déconstruction ? Pour le dire d’une phrase, c’est un geste iconoclaste de négation radicale, qui fomente la subversion de tout royaume, selon le mot de Derrida, de façon à ce qu’il n’y ait plus de foyer légitime ni du pouvoir ni du savoir. Pire : c’est le principe même de réalité qu’elle subvertit de fond en comble — ce qui fait d’elle une utopie au sens où elle ne reconnaît pas le réel — pour remplacer ce dernier par une expérience inédite d’ingénierie sociale. »
François Bousquet
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité européenne, éditions Pierre Guillaume de Roux, 2018
« Notre optimisme est un nihilisme : il décrète que ce monde ne vaut rien, puisque tout autre monde sera meilleur. Il n’y a pas d’hésitation à avoir, d’incertitude possible sur le sens de l’histoire : il faut choisir le changement par parti pris, parce qu’il va arriver et parce qu’il doit arriver. Une telle perspective refuse de considérer que nous ayons des biens qu’il faudrait prendre en compte dans un choix, un discernement à mener ; c’est donc supposer que nous n’avons rien à perdre — c’est supposer que nous n’avons rien du tout, en réalité. C’est ramener tout l’être au néant, en ne donnant de crédit qu’à ce qui n’est pas encore. »
François-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel, Éditions Grasset, 2018
« Je crois à la grande sagesse et à la profonde intelligence de l’existence de pôles masculins et féminins, et je redoute l’indifférenciation nihiliste à laquelle se livrent les postféministes qui, par ressentiment, cherchent désormais moins à s’occuper des femmes et à promouvoir le féminin qu’à haïr les hommes et vouloir liquéfier les genres. Je veux croire qu’il est toujours beau, bon et heureux qu’il y ait des hommes et qu’il y ait des femmes, pour le bonheur des deux d’ailleurs. »
Julien Rochedy
Entretien à Valeurs Actuelles, 19 décembre 2019