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Citations sur l'économie

La civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité…

« La civi­li­sa­tion de la quan­ti­té oppo­sée à celle de la qua­li­té. Les imbé­ciles y dominent donc par le nombre, ils sont le nombre […]. Un monde domi­né par la force est un monde abo­mi­nable, mais le nombre domi­né par le nombre est ignoble. La force fait tôt ou tard sur­gir des révol­tés, elle engendre l’esprit de révolte, elle fait des héros et des mar­tyrs. La tyran­nie abjecte du nombre est une infec­tion lente qui n’a jamais pro­vo­qué de fièvre. Le nombre crée une socié­té à son image, une socié­té d’êtres non pas égaux mais pareils, seule­ment recon­nais­sables à leurs empreintes digi­tales. »

Georges Ber­na­nos
La France contre les robots, édi­tions Robert Laf­font, 1947

L’ère du triomphalisme mercantile s’est achevée…

« Les années qui ont débou­ché sur la crise finan­cière de 2008 furent l’âge d’or de la confiance gri­sante dans le mar­ché et de la déré­gu­la­tion qu’elle a entraî­née – on pour­rait les qua­li­fier d’ère du triom­pha­lisme du mar­ché. Cette ère a com­men­cé au début des années 1980, décen­nie où Ronald Rea­gan et Mar­ga­ret That­cher se sont dits cer­tains que le mar­ché, et non les États, était la clé de la pros­pé­ri­té et de la liber­té ; puis ce mou­ve­ment s’est pour­sui­vi dans les années 1990, période où s’est épa­noui le libé­ra­lisme favo­rable au mar­ché de Bill Clin­ton et de Tony Blair, les­quels ont en même temps tem­pé­ré et conso­li­dé la convic­tion que le bien public repose sur­tout sur le mar­ché.
À l’heure actuelle, cette confiance est bat­tue en brèche. L’ère du triom­pha­lisme mer­can­tile s’est ache­vée. La crise finan­cière a fait plus qu’amener à dou­ter de l’aptitude du mar­ché à répar­tir effi­ca­ce­ment les risques : on s’accorde en outre à recon­naître depuis que celui-ci s’est tel­le­ment déta­ché de la morale qu’il est deve­nu indis­pen­sable de l’en rap­pro­cher à nou­veau d’une manière ou d’une autre. Mais, ce qui n’est pas évident, c’est ce qu’il fau­drait entendre par là, ou com­ment il convien­drait de pro­cé­der.
Pour cer­tains, un même défaut moral était au cœur du triom­pha­lisme du mar­ché : la cupi­di­té, qui pous­sa à prendre des risques incon­si­dé­rés. Dans cette optique, la solu­tion consis­te­rait à jugu­ler ce tra­vers en exi­geant que les ban­quiers et les déci­deurs de Wall Street fassent preuve de davan­tage d’intégrité et de res­pon­sa­bi­li­té et en pro­mul­guant des régle­men­ta­tions assez intel­li­gentes pour pré­ve­nir la répé­ti­tion d’une crise simi­laire.
C’est un diag­nos­tic par­tiel, au mieux, car, même si la cupi­di­té a indé­nia­ble­ment concou­ru à déclen­cher la crise finan­cière, quelque chose de plus impor­tant est en jeu. Le plus funeste de tous les chan­ge­ments propres aux trois der­nières décen­nies n’a pas rési­dé dans cette avi­di­té accrue : il tient à ce que le mar­ché et les valeurs mar­chandes ont enva­hi des sphères de la vie où ils n’ont pas leur place. […] L’immixtion du mar­ché, et des rai­son­ne­ments qu’il induit, dans les aspects de la vie tra­di­tion­nel­le­ment régis par des normes non mar­chandes est l’une des évo­lu­tions les plus signi­fi­ca­tives de notre temps. »

Michael San­del
Ce que l’argent ne sau­rait ache­ter (What Money Can’t Buy : The Moral Limits of Mar­kets), édi­tions du Seuil, 2014

Les Russes sont tous atteints à des degrés divers par cette torpeur…

« Les Russes sont tous atteints à des degrés divers par cette tor­peur méta­phy­sique. Les Euro­péens de l’Ouest, eux, ont oublié ce qu’ils doivent au stoï­cisme, à Marc Aurèle, à Epic­tète. Ils méprisent ce pen­chant à l’inertie. Ils lui donnent le nom de fata­lisme, font la moue devant la pas­si­vi­té slave et repartent vaquer à leurs occu­pa­tions, les manches retrous­sées et les sour­cils fron­cés. L’Europe de Schen­gen est peu­plée de ham­sters affai­rés qui, dans leur cage de plas­tique tour­nant sur elle-même, ont oublié les ver­tus de l’acceptation du sort. »

Syl­vain Tes­son
S’abandonner à vivre, édi­tions Gal­li­mard, 2014

Les Européens à leur tour doivent se communautariser…

« Les Euro­péens à leur tour doivent se com­mu­nau­ta­ri­ser : éco­no­mi­que­ment, cultu­rel­le­ment, géo­gra­phi­que­ment. Il faut faire notre la for­mule de Michel Maf­fe­so­li la moder­ni­té c’est l’individualisme, la post moder­ni­té c’est la com­mu­nau­té. »

Jean-Yves Le Gal­lou
XXIe siècle, vers un nou­veau cycle euro­péen ?, allo­cu­tion au cin­quième col­loque de l’Institut Iliade, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 7 avril 2018

Qu’une entité politique se forme, puis s’agrandisse par des moyens entièrement pacifiques…

« Qu’une enti­té poli­tique se forme, puis s’agrandisse par des moyens entiè­re­ment paci­fiques, c’est dans l’histoire une nou­veau­té inouïe dont il faut se féli­ci­ter. Mais ne soyons pas naïfs et sachons per­ce­voir, der­rière l’“Hymne à la Joie”, les froids cal­culs des déci­deurs : l’élargissement de la Com­mu­nau­té a quelque chose d’une pré­da­tion. Les éco­no­mies avan­cées espèrent exploi­ter des réserve de main‑d’œuvre qua­li­fiée à bon mar­ché. »

Rémi Brague
Modé­ré­ment moderne, édi­tions Flam­ma­rion, 2014

Les théoriciens de l’écologie prônent la décroissance…

« Les théo­ri­ciens de l’éco­lo­gie prônent la décrois­sance. Puisque nous ne pou­vons pas conti­nuer à vivre une crois­sance infi­nie dans un monde aux res­sources raré­fiées, nous devrions ralen­tir nos rythmes, sim­pli­fier nos exis­tences, revoir à la baisse nos exi­gences. On peut accep­ter ces chan­ge­ments de plein gré. Demain, les crises éco­no­miques nous les impo­se­ront. »

Syl­vain Tes­son
Dans les forêts de Sibé­rie, édi­tions Gal­li­mard, 2011

Il n’y a pas de croissance économique ou de prospérité à la séduction…

« Il n’y a pas de crois­sance éco­no­mique ou de pros­pé­ri­té à la séduc­tion de laquelle on doive céder quand le prix à payer serait une limi­ta­tion essen­tielle de la liber­té et de l’espace néces­saire pour que cha­cun puisse réa­li­ser ce qui lui est acces­sible au-delà de la sphère condi­tion­née de la matière et des besoins de la vie ordi­naire. »

Julius Evo­la
Les Hommes au milieu des ruines (Gli uomi­ni e le rovine), 1953

Qui était sorti vainqueur de cette fausse guerre ? Les États-Unis, bien entendu…

« Qui était sor­ti vain­queur de cette fausse guerre [la guerre froide, NDLR] ? Les États-Unis, bien enten­du, et l’économie de mar­ché. Mais aus­si la reli­gion de l’Humanité, une, uni­forme et uni­ver­selle. Une reli­gion com­mune aux deux adver­saires de la veille. Et ce n’était pas leur seule affi­ni­té. Que vou­laient les com­mu­nistes d’autrefois ? Ils vou­laient la mise en com­mun des richesses de l’humanité et une ges­tion ration­nelle assu­rant à tous abon­dance et paix. Ils vou­laient aus­si la créa­tion d’un homme nou­veau, capable de dési­rer ces bien­faits, un homme ration­nel et uni­ver­sel, déli­vré de toutes ces entraves que sont des racines, une nature et une culture. Ils vou­laient enfin assou­vir leur haine des hommes concrets, por­teurs de dif­fé­rences, leur haine éga­le­ment de la vieille Europe, mul­tiple et tra­gique. Et l’Occident amé­ri­cain, que veut-il ? Eh bien, la même chose. La dif­fé­rence porte sur les méthodes. Récu­sant la pla­ni­fi­ca­tion par la contrainte, le sys­tème amé­ri­cain voit dans le mar­ché le fac­teur prin­ci­pal de la ratio­na­li­té et des chan­ge­ments. […]
Le com­mu­nisme de mar­ché, autre nom du mon­dia­lisme, ne par­tage pas seule­ment avec son ex-frère enne­mi sovié­tique la vision radieuse du but final. Pour chan­ger le monde, lui aus­si doit chan­ger l’homme, fabri­quer l’homo œco­no­mi­cus de l’avenir, le zom­bi, l’homme du nihi­lisme, vidé de son conte­nu, pos­sé­dé par l’esprit du mar­ché et de l’Humanité uni­ver­selle. Le zom­bi se mul­ti­plie sous nos yeux. Il est heu­reux puisque l’esprit du mar­ché lui souffle que le bon­heur consiste à satis­faire tous ses dési­rs”. Et ses dési­rs étant ceux du mar­ché ne sont sus­ci­tés que pour être satis­faits. »

Domi­nique Ven­ner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

Une nouvelle révolution copernicienne est en cours…

« C’est bien la vie affec­tive, celle de tous les jours, qui nous incite à prendre acte d’un point de satu­ra­tion auquel est arri­vé la socié­té moderne […] Une nou­velle révo­lu­tion coper­ni­cienne est en cours […] voyant reve­nir un rap­port plus res­pec­tueux à la terre-mère”. Nous sommes ici au cœur bat­tant de l’éco­so­phie. »

Michel Maf­fe­so­li
L’Ordre des choses – Pen­ser la post­mo­der­ni­té, CNRS Edi­tions, 2014

Tout le mal est venu de la bourgeoisie…

« Car on ne sau­rait trop le redire. Tout le mal est venu de la bour­geoi­sie. Toute l’a­ber­ra­tion, tout le crime. C’est la bour­geoi­sie capi­ta­liste qui a infec­té le peuple. Et elle l’a pré­ci­sé­ment infec­té d’es­prit bour­geois et capi­ta­liste.
Je dis expres­sé­ment la bour­geoi­sie capi­ta­liste et la grosse bour­geoi­sie. La bour­geoi­sie labo­rieuse au contraire, la petite bour­geoi­sie est deve­nue la classe la plus mal­heu­reuse de toutes les classes sociales, la seule aujourd’­hui qui tra­vaille réel­le­ment, la seule qui par suite ait conser­vé intactes les ver­tus ouvrières, et pour sa récom­pense la seule enfin qui vive réel­le­ment dans la misère. Elle seule a tenu le coup, on se demande par quel miracle, elle seule tient encore le coup, et s’il y a quelque réta­blis­se­ment, c’est que c’est elle qui aura conser­vé le sta­tut. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

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