Le livre
La révolte des masses

La révolte des masses

Auteur : José Orte­ga y Gas­set
Édi­teur : édi­tions Les Belles Lettres (28 octobre 2010)

Pré­sen­ta­tion de l’é­di­teur : Paru en 1937 dans sa tra­duc­tion fran­çaise, soit sept ans après sa publi­ca­tion en Espagne (1930) sous le titre La rebel­lion de las masas, La révolte des masses demeure un opus majeur de la lit­té­ra­ture intel­lec­tuelle mon­diale. Et son auteur est consi­dé­ré comme l’un des plus émi­nents repré­sen­tants de l’hu­ma­nisme libé­ral euro­péen du XXème siècle.
Bien qu’il ait publié beau­coup d’autres ouvrages notables (dont L’Es­pagne inver­té­brée et Le thème de notre temps), c’est dans cette Révolte des masses à l’im­mense reten­tis­se­ment que la pen­sée d’Or­te­ga s’ex­pose avec le plus de saillance. Son rude diag­nos­tic sur la nature de la mala­die qui ronge l’Eu­rope n’a rien per­du de sa per­ti­nence : l’ir­rup­tion de l”« homme-masse », un « enfant gâté » confor­miste et éga­li­ta­riste qui rejette le pas­sé, la rai­son et l’exi­gence morale — cor­ré­lée à une inquié­tante « éta­ti­sa­tion de la vie » et à l”« ido­lâ­trie du social ». Mais il y esquisse aus­si ce qui peut l’en gué­rir : l’a­vè­ne­ment d”« un libé­ra­lisme de style radi­ca­le­ment nou­veau, moins naïf et de plus adroite bel­li­gé­rance », et l’é­di­fi­ca­tion cultu­relle d’une Europe réel­le­ment unie.
En 1938, Orte­ga publie un Épi­logue pour les Anglais pro­lon­geant et actua­li­sant la réflexion de La révolte des masses : la pré­sente réédi­tion inclut ce texte capi­tal à la dif­fu­sion jus­qu’a­lors demeu­rée confi­den­tielle.

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Découvrez 5 citations extraites du livre

En effet, la noblesse héréditaire, c’est une noblesse lunaire...

« En effet, la noblesse héré­di­taire, c’est une noblesse lunaire”, et pour ain­si dire faite de morts. Seule demeure en elle, prin­cipe vivant, authen­tique, dyna­mique, l’incitation qu’éprouve le des­cen­dant de main­te­nir par ses efforts, le niveau où attei­gnit son aïeul. Tou­jours, même en ce sens déna­tu­ré, noblesse oblige ! Le noble d’origine s’oblige à lui-même ; l’héritage oblige le noble héré­di­taire. »

José Orte­ga y Gas­set
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

Pour moi, noblesse est synonyme d’une vie vouée à l’effort...

« Pour moi, noblesse est syno­nyme d’une vie vouée à l’effort ; elle doit tou­jours être pré­oc­cu­pée à se dépas­ser elle-même, à haus­ser ce qu’elle est déjà vers ce qu’elle pro­pose comme devoir et comme exi­gence. De cette manière, la vie noble reste oppo­sée à la vie médiocre ou inerte, qui, sta­tis­ti­que­ment, se referme sur elle-même, se condamne à une per­pé­tuelle imma­nence tant qu’une force exté­rieure ne l’oblige à sor­tir d’elle-même. C’est pour­quoi nous appe­lons masse, ce type d’homme, non pas tant parce qu’il est mul­ti­tu­di­naire que parce qu’il est inerte. »

José Orte­ga y Gas­set
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

Partout l’homme masse a surgi, un type d’homme...

« Par­tout l’homme masse a sur­gi, un type d’homme hâti­ve­ment bâti, mon­té sur quelques pauvres abs­trac­tions et qui pour cela se retrouve iden­tique d’un bout à l’autre de l’Europe. C’est à lui qu’est dû le morne aspect, l’étouffante mono­to­nie que prend la vie dans tout le conti­nent. Cet homme masse, c’est l’homme vidé au préa­lable de sa propre his­toire, sans entrailles de pas­sé et qui par cela même, est docile à toutes les dis­ci­plines dites inter­na­tio­nales”. »

José Orte­ga y Gas­set
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

L’homme supérieur, l’homme d’élite, est caractérisé...

« L’homme supé­rieur, l’homme d’élite, est carac­té­ri­sé par l’intime néces­si­té d’en appe­ler de lui-même à une règle qui lui est exté­rieure, qui lui est supé­rieure, et au ser­vice de laquelle il s’enrôle libre­ment. On se sou­vien­dra que, au début de cet essai, nous dis­tin­guions l’homme d’élite de l’homme médiocre en affir­mant que le pre­mier exige beau­coup plus de lui-même, tan­dis que le second, au contraire, tou­jours satis­fait de lui, se contente d’être ce qu’il est. La noblesse se défi­nit par l’exigence, par les obli­ga­tions, et non par les droits. Noblesse oblige. « Vivre à son gré est plé­béien ; le noble aspire à l’ordre et à la loi » (Goethe). Les pri­vi­lèges de la noblesse ne sont pas, à l’origine tout au moins, des conces­sions ou des faveurs, mais des conquêtes. Et, en prin­cipe, leur main­tien sup­pose que le pri­vi­lé­gié devait être capable de les recon­qué­rir à tout ins­tant, si cela était néces­saire, ou si quel­qu’un les lui dis­pu­tait. Les droits pri­vés, ou pri­vi­lèges, ne sont donc pas une pos­ses­sion pas­sive ou une simple jouis­sance, mais au contraire ils repré­sentent les limites où se haussent les efforts des indi­vi­dus. En revanche, les droits com­muns comme ceux de « l’homme et du citoyen » sont une pro­prié­té pas­sive, pur usu­fruit et béné­fice, don géné­reux du des­tin, auquel tout homme peut par­ti­ci­per et qui ne cor­res­pond à aucun effort, à moins que ce ne soit l’effort de res­pi­rer et de demeu­rer sain d’esprit. Les droits imper­son­nels, on les a, mais les droits per­son­nels, il faut les sou­te­nir. »

José Orte­ga y Gas­set
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

La masse est ce qui n’agit pas par soi-même...

« Dans une bonne ordon­nance des choses poli­tiques, la masse est ce qui n’agit pas par soi-même. Sa « mis­sion » est de ne pas agir. Elle est venue au monde pour être diri­gée, influen­cée, repré­sen­tée, orga­ni­sée — même quand le but pro­po­sé est qu’elle ne cesse d’être masse, ou du moins aspire à ne plus l’être. Mais elle n’est pas venue au monde pour faire tout cela par elle-même. Elle doit régler sa vie sur cette ins­tance supé­rieure que consti­tuent les mino­ri­tés d’élite. On dis­cu­te­ra autant qu’on vou­dra sur l’excellence des hommes excel­lents ; mais que sans eux l’humanité dans ce qu’elle a de plus essen­tiel n’existerait pas c’est un fait sur lequel il convient de n’avoir aucun doute, bien que l’Europe ait pas­sé tout un siècle, la tête sous l’aile, à la façon des autruches, s’efforçant de ne pas voir une chose d’une si lumi­neuse évi­dence. »

José Orte­ga y Gas­set
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

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