Thème
Citations politiques
L’Être n’est plus considéré comme quelque chose de bon…
« L’Être n’est plus considéré comme quelque chose de bon, mais tout au plus comme un fait neutre, voire, dans certains cas extrêmes, comme mauvais. Le nihilisme en tire les conséquences et vise à la destruction de ce qu’il considère comme indigne d’être.
Mais il épargne le présent, tout simplement parce que celui-ci abrite le sujet de la destruction. Il cherche à détruire tout, sauf le présent. C’est-à-dire ce qui reste une fois qu’on a fait abstraction du présent, à savoir le passé et l’avenir. La logique du nihilisme est donc celle de ce que l’on pourrait appeler un « présentisme » absolu. Il vise à la destruction du passé et de l’avenir. »
Rémi Brague
Modérément moderne, éditions Flammarion, 2014
La citoyenneté a été vidée de sa substance…
« Le code civil, qui imposait que l’octroi de la nationalité française soit subordonné à l’assimilation, a été violé. La citoyenneté a été vidée de sa substance. Plus grave encore, les papiers d’identité confèrent un droit de propriété sur la terre. Les élites ont donc disposé de la France comme si elle leur appartenait en propre. »
Malika Sorel
Brandir un drapeau est un acte éminemment politique, entretien au Figaro, par Alexandre Devecchio, 19 juillet 2019
La France a inventé la modernité à partir du XVIIe siècle…
« La France a inventé la modernité à partir du XVIIe siècle, avec le cartésianisme et la philosophie des Lumières. Sans doute est-ce pour cela qu’elle éprouve une énorme difficulté à aborder le changement de paradigme en jeu aujourd’hui. Nous ne voulons pas voir que les valeurs modernes — raison, progrès, travail — ne constituent plus une matrice féconde. Alors, on parle de « modernité seconde », de « modernité tardive », de « modernité avancée ». Prenez la crise : selon moi, elle est bien plus qu’une crise financière. Elle est crise au sens étymologique de « crible ». Nous sommes en train de vivre le passage au tamis des valeurs de la modernité.
[…] Notre pays a peur de la postmodernité. Il vit un processus de rétraction. Nous sommes retournés aux grandes valeurs du XIXe siècle : l’État providence, le fonctionnariat, la crainte de devoir se débrouiller avec la vie. »
Michel Maffesoli
Il n’y a de pensée que lorsqu’il y a risque, L’Express, 15 août 2012
Le passé agit en nous à notre insu…
« Le passé agit en nous à notre insu. Sous les apparences mouvantes, vivent les permanences. L’axe stable au centre de la roue tournoyante du changement. Ce qui était ne sera jamais plus, certes. Les formes anciennes ne reviendront pas, mais ce qui est de toujours resurgira. »
Dominique Venner
Histoire et tradition des Européens, Éditions du Rocher, coll. Histoire, 2002
J’étais surtout irrité par l’incompréhension (et le mépris) du paysan chez Marx…
« J’étais surtout irrité par l’incompréhension (et le mépris) du paysan chez Marx. Il a osé écrire que c’est “la classe qui représente la barbarie au sein de la civilisation” (Les Luttes de classes en France). C’est une sottise, on ne peut dire autrement. Il ignorait le monde des campagnes, en vrai citadin. Il ne pouvait comprendre, du coup, que ce sont les vertus paysannes – un capital de ténacité, de frugalité, de patience, accumulé depuis vingt-cinq ou trente siècles – qui ont permis de construire la société industrielle, qui l’ont mise en route. Elles s’y sont usées, d’ailleurs, et on voit assez comme elles manquent aujourd’hui : la vie urbaine les détruit.
Pour Marx, je pense, le paysan c’est l’isolement au lieu de l’échange, la résignation au lieu de la révolte. Mais cette résignation aux maux éternels (on n’a pas encore supprimé la guerre – ni les tremblements de terre ou la sécheresse) s’accompagne d’une lutte de chaque jour. Et le paysan n’est nullement un isolé dans la durée. C’est lui, le sédentaire, qui garde et transmet la sagesse du proverbe. Il est la mémoire de l’humanité par les contes et par les coutumes. »
Georges Laffly
Mes livres politiques, éditions Publications F.B, 1992
Un peuple étant un complexe de rapports, d’attitudes…
« Un peuple étant un complexe de rapports, d’attitudes, il y a une autre menace qui pèse sur lui, autre que la destruction physique, autre que la perte d’indépendance : c’est celle de la dissolution si les hommes ne se sentent plus membres d’un même corps, si le climat de confiance qui unit ces citoyens disparaît, si les symboles qu’ils ont en commun n’ont plus le même sens pour les uns et pour les autres, en un mot si l’existence morale du peuple disparaît. Et cette perte de l’existence morale n’est pas due à des causes extérieures et soudaines : elle est due à des phénomènes intérieurs et dissociateurs, qui sont des sous-produits du progrès. »
Bertrand de Jouvenel
Du Principat et autres réflexions politiques, 1958, éditions Hachette, 1972
Le dépassement de notre système du monde est nécessaire et urgent…
« Le dépassement de notre système du monde est nécessaire et urgent. Ce dépassement appelle certainement celui de l’économie. Il appelle moins le retour du politique […] qu’il n’appelle le retour de sociétés humaines constituées, conscientes d’elles-mêmes, en charge de leur histoire et en quête de leur destin – des sociétés autonomes. Que les peuples retrouvent les moyens de faire leur histoire et de faire l’histoire, dans l’échange, dans la curiosité, dans la diversité qui est l’expression de la condition politique, et la mondialisation et l’économie redeviendront ce qu’elles ont été, de beaux outils à construire les châteaux de sable que la marée de l’histoire emporte comme elle veut et quand elle veut. »
Hervé Juvin
Le renversement du monde. Politique de la crise, éditions Gallimard, 2010
L’homo œconomicus ne vise qu’à maximiser son utilité…
« Dans le domaine de la théorie économique, qui ne voit la similitude entre la théorie politique de Hobbes et la théorie économique libérale ? L’homme est réduit à sa double fonction de producteur et de consommateur. Dans sa relation aux autres, l’homo œconomicus ne vise qu’à maximiser son utilité, son intérêt individuel en dehors de toute considération de solidarité. La relation économique est à la fois concurrentielle et contractuelle. La concurrence pure, parfaite et non faussée est garantie par l’État et les Codes, civil et de commerce, en sont les normes.
Les principes de ces deux idéologies sont communs : les hommes sont de purs atomes, des monades leibnitziennes qui flottent quelque part dans le plasma inorganique de l’espace et du temps, hors-sol, interchangeables et équivalents, sans aucune détermination culturelle ou historique. »
Lionel Rondouin
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité européenne, Philippe Conrad dir., édition Institut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018
On pourrait définir la tradition…
« On pourrait définir la tradition comme une extension du droit de vote au passé. Elle consiste à accorder le droit de suffrage à la plus obscure de toutes les classes, celle de nos ancêtres. C’est la démocratie des morts. La tradition refuse de se soumettre à la petite oligarchie arrogante de ceux qui ne font que se trouver par hasard sur terre. »
Gilbert Keith Chesterton
Orthodoxie, 1908, trad. Lucien d’Azay, éditions Flammarion, coll. Climats, 2010
Ne pas sentir la putréfaction…
« Ne pas sentir la putréfaction du monde moderne est un signe de contamination. »
Nicolás Gómez Dávila
Les Horreurs de la démocratie (tiré de Escolios a un texto implícito), 1977, trad. Michel Bibard, Éditions du Rocher/Anatolia, 2003
Le totalitarisme est une structure indépendante du contenu qu’on y met…
« Alexandre Zinoviev me faisait observer que le totalitarisme était une structure indépendante du contenu qu’on y met, qu’il était passé par diverses ébauches historiques et qu’il constituait l’avenir inéluctable de la société industrielle où la fonction prend le pas sur l’être. »
Slobodan Despot
Entretien accordé à la revue Rébellion, nº 55, juillet-août 2012
Auteurs
Auteurs récemment ajoutés















































