On pourrait définir la tradition…

« On pour­rait défi­nir la tra­di­tion comme une exten­sion du droit de vote au pas­sé. Elle consiste à accor­der le droit de suf­frage à la plus obs­cure de toutes les classes, celle de nos ancêtres. C’est la démo­cra­tie des morts. La tra­di­tion refuse de se sou­mettre à la petite oli­gar­chie arro­gante de ceux qui ne font que se trou­ver par hasard sur terre. »

Gil­bert Keith Chesterton
Ortho­doxie, 1908, trad. Lucien d’A­zay, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Cli­mats, 2010

Le totalitarisme est une structure indépendante du contenu qu’on y met…

« Alexandre Zino­viev me fai­sait obser­ver que le tota­li­ta­risme était une struc­ture indé­pen­dante du conte­nu qu’on y met, qu’il était pas­sé par diverses ébauches his­to­riques et qu’il consti­tuait l’a­ve­nir iné­luc­table de la socié­té indus­trielle où la fonc­tion prend le pas sur l’être. »

Slo­bo­dan Despot
Entre­tien accor­dé à la revue Rébel­lion, nº 55, juillet-août 2012

Notre identité ne vient pas de nulle part…

« Il ne s’agit pas d’affirmer dans l’absolu la supé­rio­ri­té de notre civi­li­sa­tion sur les autres mais de refu­ser toute forme de repen­tance. Et de rap­pe­ler que notre iden­ti­té ne vient pas de nulle part mais a pour ori­gine notre héré­di­té et notre héri­tage euro­péens. Il s’agit aus­si d’affirmer notre volon­té de res­pec­ter notre civi­li­sa­tion, d’en reprendre et d’en enri­chir les tra­di­tions et de les trans­mettre à nos des­cen­dants. Bref de refu­ser la table rase et le grand rem­pla­ce­ment génocidaire. »

Jean-Yves Le Gallou
Pour la pré­fé­rence de civi­li­sa­tion, allo­cu­tion au troi­sième col­loque de l’Institut Iliade, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 9 avril 2016

C’est l’Indochine la mieux connue. Il y a l’autre…

« C’est l’In­do­chine la mieux connue. Il y a l’autre : celle des contre­forts de l’Hi­ma­laya au nord, de la cor­dillère Anna­mi­tique au centre, des pla­teaux mon­ta­gnards du sud : plus de quatre-vingts eth­nies, peu­plades, tri­bus, clans ! À peu près intacts, pas dégé­né­rés, aus­si libres qu’on peut l’être sur terre ! Nulle part au monde une telle diver­si­té, une telle den­si­té… Voi­là que je vous fais un cours de géo­gra­phie humaine main­te­nant ! Comme vous m’a­vez l’air de ne pas connaître grand-chose, ça ne vous fera pas de mal… De toute façon, c’est de l’his­toire ancienne. Cette Indo­chine-là est morte. Tout est ren­tré dans le rang. Ces sur­vi­vances féo­dales héri­tées du colo­nia­lisme fran­çais ont été promp­te­ment liqui­dées… pas de salut hors des masses popu­laires, du socia­lisme scien­ti­fique basé sur le maté­ria­lisme dia­lec­tique enri­chi par le grand Lénine et le génial Sta­line, du cen­tra­lisme démo­cra­tique, du déter­mi­nisme his­to­rique et tut­ti quan­ti… Ha ! Ha ! Ha ! Ain­si va le monde ! »

Pierre Schoen­doerf­fer
Là-haut, Édi­tions Gras­set, 1981

Un grand journal ne peut se payer le luxe de critiquer les grands magasins…

« Deux fois dans ma vie un rédac­teur-en-chef m’a dit qu’il n’o­sait pas impri­mer ce que j’a­vais écrit de peur d’of­fen­ser les annon­ceurs de son jour­nal. […] En ces deux occa­sions il me refu­sa la liber­té d’ex­pres­sion parce que j’a­vais écrit que les grands maga­sins qui béné­fi­cient de la publi­ci­té que l’on sait étaient en réa­li­té pires que les petits maga­sins. C’est la une des choses, et elle est digne d’être rele­vée, qu’un homme n’a désor­mais plus le droit de dire ; peut-être même la seule chose qui lui soit réel­le­ment inter­dite. Si j’a­vais atta­qué le gou­ver­ne­ment, on aurait trou­vé cela très bien ; si j’a­vais atta­qué Dieu, on aurait trou­vé cela encore mieux. Si j’a­vais cri­ti­qué le mariage, le patrio­tisme ou la morale publique, j’au­rais eu droit à la pre­mière page de la presse domi­ni­cale. Mais un grand jour­nal ne peut se payer le luxe de cri­ti­quer les grands maga­sins, étant un grand maga­sin à sa manière et en passe de deve­nir lui-même un monopole. »

Gil­bert Keith Chesterton
Plai­doyer pour une pro­prié­té anti­ca­pi­ta­liste, 1926, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

La vérité concernant la presse…

« La véri­té concer­nant la presse, c’est qu’elle n’est pas telle que son nom la désigne. Elle n’est pas la presse popu­laire”. Elle n’est pas la presse publique. Elle n’est pas davan­tage un organe de l’o­pi­nion publique. Elle est une conspi­ra­tion our­die par un petit nombre de mil­lion­naires qui se sont enten­dus sur ce que cette grande nation (à laquelle nous appar­te­nons) doit savoir sur elle-même, ses alliés, ses ennemis. […]
Si bien que le lec­teur de jour­nal reçoit toutes ses infor­ma­tions et ses mots d’ordre poli­tiques de ce qui à l’heure qu’il est consti­tue plus ou moins consciem­ment une sorte de socié­té secrète, com­po­sée d’un très petit nombre de membres dis­po­sant de beau­coup d’argent. »

Gil­bert Keith Chesterton
Uto­pie des usu­riers, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

Le problème que doit résoudre aujourd’hui le journaliste…

« Le pro­blème que doit résoudre aujourd’­hui le jour­na­liste poli­tique est le sui­vant : s’il a véri­ta­ble­ment l’in­ten­tion de dénon­cer devant l’o­pi­nion un mar­chan­dage contac­té entre un gou­ver­ne­ment et un entre­pre­neur, c’est, de nos jours, au Par­le­ment qu’il a affaire ; c’est-à-dire un comi­té qui le contrôle. Et il doit tran­cher entre deux points de vue. Ou bien il décide qu’il ne peut exis­ter de gou­ver­ne­ment cor­rom­pu. Ou bien il décide qu’il appar­tient à un gou­ver­ne­ment cor­rom­pu de dénon­cer sa propre cor­rup­tion. Je lui donne le choix tout en riant sous cape. »

Gil­bert Keith Chesterton
Uto­pie des usu­riers, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

Si l’on recherche les causes nombreuses…

« Si l’on recherche les causes nom­breuses de cette misère ain­si géné­ra­li­sée et per­pé­tuée, on est for­cé de recon­naître que la pre­mière et la plus active de toutes se trouve dans le prin­cipe d’une pro­duc­tion presque sans bornes, et d’une concur­rence éga­le­ment illi­mi­tée, qui impose aux entre­pre­neurs d’industrie l’obligation tou­jours crois­sante d’abaisser le prix de la main‑d’œuvre, et aux ouvriers la néces­si­té de se livrer, eux, leurs femmes et leurs enfants, à un tra­vail dont l’excès ne suf­fit pas tou­jours à la plus ché­tive subsistance. »

Alban de Villeneuve-Bargemont
Dis­cours à l’Assemblée natio­nale contre le tra­vail des enfants, 22 décembre 1840

Par l’une de ces habituelles ruses de la raison…

« Par l’une de ces habi­tuelles ruses de la rai­son chères à Hegel, le vrai sens de l’histoire sera dis­si­mu­lé jus­qu’au bout aux pro­ta­go­nistes qui occupent l’avant-scène de la révolte étu­diante, mais ne voient rien de la pièce qu’ils sont en train de jouer, s’agitant, à l’image de Daniel Cohn-Ben­dit, le divin rou­quin”, comme des acteurs enivrés par leur logo­ma­chie et leur ver­bi­gé­ra­tion. Plus que les formes tra­di­tion­nelles des luttes sociales et du com­bat poli­tique en l’efficacité des­quelles ils ne croient pas, les enra­gés” s’attachent à mettre en avant la force sub­ver­sive de la libé­ra­tion du désir. Contrai­re­ment à la pro­phé­tie de Raoul Vanei­gem et des pen­seurs de l’Internationale situa­tion­niste, ce ne sera pas la socié­té mar­chande qui céde­ra sous les coups des guer­riers du plai­sir à outrance”, mais l’idéologie du désir qui ser­vi­ra l’expansion du mar­ché. Sous cou­vert d’une contes­ta­tion radi­cale du sys­tème, le modèle cultu­rel de libé­ra­tion des mœurs por­té par le mou­ve­ment se révé­le­ra infi­ni­ment mieux adap­té aux exi­gences struc­tu­relles du capi­ta­lisme de consom­ma­tion que l’encadrement nor­ma­tif des socié­tés tra­di­tion­nelles. Sous les pavés, il n’y avait pas la plage, mais Paris Plages. »

Patrick Buis­son
La Cause du peuple, édi­tions Per­rin, 2016

Nous avions placé trop d’espoirs…

« Nous avions pla­cé trop d’es­poirs dans les trans­for­ma­tions poli­ti­co-sociales, et il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus pré­cieux : notre vie inté­rieure. À l’Est, c’est la foire du Par­ti qui la foule aux pieds, à l’Ouest la foire du Com­merce : ce qui est effrayant, ce n’est même pas le fait du monde écla­té, c’est que les prin­ci­paux mor­ceaux en sont atteints d’une mala­die analogue. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

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