Quelle peine a frappé le mot courage…

« En pas­sant du sin­gu­lier au plu­riel, le trio célèbre, amours, délices et orgues, change de sexe et devient fémi­nin. D’autres se dégradent pro­fon­dé­ment. Les hon­neurs ont peu à voir avec l’hon­neur, les devoirs avec le devoir, les droits avec le droit, les espé­rances, lan­gage des notaires de Labiche, avec l’es­pé­rance qui est la volon­té d’es­poir quand il n’y a pas d’es­poir. Il y a des objets per­dus, des sol­dats per­dus, des enfants per­dus. Il y a aus­si des mots per­dus. Quelle peine a frap­pé le mot cou­rage ? »

Jean-Fran­çois Deniau
His­toires de cou­rage, édi­tions Plon, 2000

À dire vrai, je ne sais pas très bien qui je prie et pourquoi…

« À dire vrai, je ne sais pas très bien qui je prie et pour­quoi. Je ne prie pas avec des mots. Je ne sais pas les prières que l’on récite habi­tuel­le­ment. Je les ai oubliées depuis long­temps et quand j’ai vou­lu les réap­prendre, je me suis aper­çu qu’elles me gênaient. Tan­dis que silen­cieu­se­ment, sans pro­non­cer la moindre parole, sim­ple­ment comme ça, en mar­chant dans la forêt, l’hi­ver, j’ai l’im­pres­sion d’être moi-même une prière où se mélangent des sen­ti­ments qui d’or­di­naire ne m’ef­fleurent pas et que je ne sau­rais même pas expri­mer. J’en suis le pre­mier sur­pris. Des choses qui en toute autre cir­cons­tance me sem­ble­raient bêtes et conve­nues, comme l’ap­par­te­nance à une famille, à une reli­gion, à un pays, à une race, le res­pect de la parole don­née, l’exal­ta­tion d’un enga­ge­ment, l’a­mour d’une mère pour son enfant, la pitié envers les morts, l’hon­neur de soi, la fidé­li­té à un maître… »

Jean Ras­pail
Sire, Édi­tions de Fal­lois, 1991

Les Russes sont tous atteints à des degrés divers par cette torpeur…

« Les Russes sont tous atteints à des degrés divers par cette tor­peur méta­phy­sique. Les Euro­péens de l’Ouest, eux, ont oublié ce qu’ils doivent au stoï­cisme, à Marc Aurèle, à Epic­tète. Ils méprisent ce pen­chant à l’inertie. Ils lui donnent le nom de fata­lisme, font la moue devant la pas­si­vi­té slave et repartent vaquer à leurs occu­pa­tions, les manches retrous­sées et les sour­cils fron­cés. L’Europe de Schen­gen est peu­plée de ham­sters affai­rés qui, dans leur cage de plas­tique tour­nant sur elle-même, ont oublié les ver­tus de l’acceptation du sort. »

Syl­vain Tes­son
S’abandonner à vivre, édi­tions Gal­li­mard, 2014

Avant tout, Sparte est une certaine idée du monde…

« Avant tout, Sparte est une cer­taine idée du monde et une cer­taine idée de l’homme. C’est pour cela qu’elle fait peur. Sparte croît que fina­le­ment, c’est l’épée qui décide. Qu’on ne peut échap­per à son ver­dict. Que le nombre des vais­seaux et les marbres des por­tiques, que les palais et les soie­ries et les somp­tueuses litières, que le pres­tige et l’éclat ne sont que des giran­doles, des marottes de cris­tal, des lam­pions qu’une tem­pête peut éteindre et bri­ser tout à coup : qu’il faut être prêt pour cette tem­pête. Qu’on n’a point de liber­té sans cela et que les cités qui oublient que la liber­té se défend à chaque ins­tant, qu’elle se gagne à chaque ins­tant, sont déjà sans le savoir des cités esclaves. Le culte de l’énergie, du cou­rage et de la force, ne sont que des consé­quences de cette concep­tion de la cité. »

Mau­rice Bar­dèche
Sparte et les Sudistes, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1969

Éviter que nos enfants aient un jour les dents gâtées par les raisins verts de l’oubli…

« C’est la der­nière res­pon­sa­bi­li­té qui nous incombe : évi­ter que nos enfants aient un jour les dents gâtées par les rai­sins verts de l’oubli. Écrire et racon­ter, inlas­sa­ble­ment, non pour juger mais pour expli­quer. Ouvrir la porte à ceux qui cherchent une trace du pas­sé et qui refusent le silence, repi­quer chaque matin le riz de nos sou­ve­nirs. »

Hélie Denoix de Saint Marc
Les sen­ti­nelles du soir, édi­tions les arènes, 1999

Au début de La guerre du Péloponnèse…

« Au début de la guerre du Pélo­pon­nèse, Thu­cy­dide s’en rap­porte à l’Iliade pour bros­ser à traits rapides l’histoire ancienne des Grecs, recon­nais­sant ain­si à Homère le mérite d’en avoir jeté les fon­de­ments. Mais ce mérite était peu au regard du reste. Ins­pi­ré par les dieux et par la poé­sie, ce qui est tout un, Homère nous a légué la source oubliée de notre tra­di­tion, l’expression grecque de tout l’héritage indo-euro­péen, celte, slave ou nor­dique, avec une clar­té et une per­fec­tion for­melle sans équi­valent. »

Domi­nique Ven­ner
Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Tout revient, tout renaît, tout revit…

« Sans doute, sans doute. Mais aus­si tout revient, tout renaît, tout revit. Les enfants sont enfan­tés et suc­cèdent aux pères. Et quand bien même des géné­ra­tions seraient oublieuses et infi­dèles, sans qu’elles le sachent, par elles la vie se trans­met et avec elle une part de l’héritage que retrou­ve­ront plus tard d’autres géné­ra­tions avides de reve­nir aux sources du royaume, au-delà du temps. »

Domi­nique Ven­ner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

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