« Un homme qui serait seul dans l’univers n’aurait aucun droit, mais seulement des obligations. »
Simone Weil
L’enracinement, 1943, éditions Gallimard, 1949
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« Un homme qui serait seul dans l’univers n’aurait aucun droit, mais seulement des obligations. »
Simone Weil
L’enracinement, 1943, éditions Gallimard, 1949
« Naître sans héritage, grandir sans apanage, mourir sans lignage, c’est le lot de l’homme de passage, de l’homme sans ancrage. L’homme de rien. Qui ne trouve rien en arrivant, qui ne laisse rien en partant. Qui, finalement, n’aime rien. Rien que lui-même, ses pulsions et appétences. »
Philippe de Villiers
Les cloches sonneront-elles encore demain ?, Albin Michel, 2016
« Au fil des siècles, chez les peuples européens et dans chacune de leurs cultures particulières, les formes du pouvoir nobiliaire n’ont pas cessé de changer, et souvent de façon rapide, mais la fonction politique et morale de la noblesse, en Grèce, à Rome, en Germanie, dans l’Europe médiévale ou moderne, est restée identique pour l’essentiel. La noblesse n’est pas l’aristocratie ; il y a des aristocraties de la fortune et de l’argent. Elle n’est que partiellement dépendante de l’hérédité. Elle repose sur le mérite, et celui-ci doit toujours être confirmé. La noblesse se gagne et se perd. Elle vit sur l’idée que le devoir et l’honneur sont plus importants que le bonheur individuel. Ce qu’elle a en propre c’est son caractère public. Elle est faite pour diriger la chose publique, la res publica. Sa vocation n’est pas d’occuper le sommet de la société mais le sommet de l’État. Ce qui la distingue, ce ne sont pas les privilèges, mais le fait d’être sélectionnée pour commander. Elle gouverne, juge et mène au combat. La noblesse est associée à la vigueur des libertés publiques. Ses terres d’élection sont les libertés féodales et les monarchies aristocratiques ou constitutionnelles. Elle est impensable dans les grandes tyrannies orientales, Assur ou l’Égypte. En Europe même, elle s’étiole ou disparaît chaque fois que s’établit un pouvoir despotique, ce qu’est le centralisme étatique. Elle implique une personnalisation du pouvoir qui humanise celui-ci à l’inverse de la dictature anonyme des bureaux. »
Dominique Venner
Histoire et tradition des Européens, Éditions du Rocher, coll. Histoire, 2002
« Nous sommes entrés dans un monde où tout ce qui était solide et durable est devenu transitoire et insignifiant. Un monde de flux et de reflux, relevant d’une sorte de logique “maritime” et liquide. Les types humains qui prédominent sont ceux du narcissique immature, de l’arriviste forcené, de l’imposteur satisfait. Mélange d’intolérance sectaire et d’hédonisme de bas niveau sur fond d’idées fausses et d’hygiénisme puritain. La constante progression de l’inculture me désole également. L’inculture n’est certes pas nouvelle. Sans doute était-elle-même plus répandue dans le passé qu’elle ne l’est aujourd’hui, mais au moins ce n’étaient pas les incultes qui donnaient le ton. »
Alain de Benoist
Mémoire vive, entretiens avec François Bousquet, éditions de Fallois, 2012
« La paix civile, c’est bien connu, c’est quand chacun dort chez soi. Le meilleur allié du bonnet phrygien, c’est le bonnet de nuit. »
Sylvain Tesson
Petit traité sur l’immensité du monde, éditions des Équateurs, 2005
« Les humanistes aiment, lorsqu’ils contemplent les yeux de leur prochain, y découvrir que c’est eux qu’on regarde. »
Sylvain Tesson
Petit traité sur l’immensité du monde, éditions des Équateurs, 2005
« Ceux que je hais, c’est d’abord ceux qui ne sont point. Race de chiens qui se croient libres, parce que libres de changer d’avis, de renier (et comment sauraient-ils qu’ils renient puisqu’ils sont juges d’eux-mêmes ?). Parce que libres de tricher et de parjurer et d’abjurer, et que je fais changer d’avis, s’ils ont faim, rien qu’en leur montrant leur auge.
[…] Mais tous ceux-là je les dirai de la racaille, qui vivent des gestes d’autrui et, comme le caméléon, s’en colorent, et aiment d’où viennent les présents, et goûtent les acclamations et se jugent dans le miroir des multitudes : car on ne les trouve point, ils ne sont point, comme une citadelle, fermés sur leurs trésors et, de génération en génération ils ne délèguent pas leur mot de passe, mais laissent croître leurs enfants sans les pétrir. Et ils poussent, comme des champignons, sur le monde. »
Antoine de Saint-Exupéry
Citadelle, éditions Gallimard, coll. Blanche, 1948, coll. Folio, 2000
« Libéralisme, puis démocratie, puis socialisme, puis radicalisme, enfin communisme et bolchevisme ne sont apparus dans l’histoire que comme des degrés d’un même mal, des stades dont chacun prépare le suivant dans l’ensemble d’un processus de chute. Et le commencement de ce processus fut le moment où l’homme occidental brisa les liens avec la tradition, méconnut tout symbole supérieur d’autorité et de souveraineté, revendiqua pour lui-même en tant qu’individu une liberté vaine et illusoire, devint atome au lieu de rester partie consciente dans l’unité organique et hiérarchique d’un tout. Et l’atome, à la fin, devait trouver contre lui la masse des autres atomes, des autres individus, et devait être impliqué dans l’émergence du règne de la quantité, du pur nombre, des masses matérialistes et n’ayant d’autre Dieu que l’économie souveraine. Dans ce processus, on ne s’arrête pas à mi-chemin. »
Julius Evola
Orientations (Orientamenti), 1950, trad. Philippe Baillet, éditions Pardès, 2011
« Ceux qui avaient interprété la démocratie individualiste issue des Lumières comme une décadence, semblent souvent justifiés aujourd’hui. Elle est bel et bien entrée elle-même en décadence par rapport à ses propres valeurs et à ses ambitions. Son système de sociabilité qui n’a jamais bien fonctionné en Europe est en plein dérapage, surtout en France, lieu de sa fondation. La république contractuelle une et indivisible implose sous nos yeux. Dans sa lucidité, Raymond Aron, pourtant libéral convaincu, l’avait pressenti au terme de ses Mémoires (Julliard, 1983) : « Sans adopter l’interprétation spenglérienne selon laquelle la civilisation urbaine, utilitaire, démocratique marque en tant que telle une phase de décadence des cultures, il est légitime de se demander, […] si l’épanouissement des libertés, le pluralisme des convictions, l’hédonisme individualiste ne mettent pas en péril la cohérence des sociétés et leur capacité d’action. »
De cette nocivité, la plus grande partie du monde européen était convaincue avant 1914. Mais ce qui donnait de la force au rejet de l’idéologie des Lumières et de 1789, c’est que ce monde européen des monarchies et de l’ancien ordre féodal rénové était aussi le plus efficace, le plus moderne et le plus compétitif sur le terrain économique, social et culturel. Ce fait oublié, il convient de le rappeler. D’abord parce que c’est une réalité historique et à ce titre méritant d’être connue. Ensuite, parce que cette réalité permet de prendre du champ par rapport à l’illusion d’optique que les victoires répétées des États-Unis ont imposé depuis la fin du XXe siècle. Illusion qui fait prendre le phénomène particulier et contingent de la société américaine pour une nécessité universelle. Cette séduisante chimère s’est installée d’autant plus aisément que dans nos sociétés les esprits ont été formés depuis longtemps par l’imprégnation inconsciente de la vulgate marxiste à une interprétation déterministe et finaliste de l’histoire où le succès momentané vaut preuve. »
Dominique Venner
Le Siècle de 1914 : Utopies, guerres et révolutions en Europe au XXe siècle, éditions Pygmalion, coll. Histoire, 2006
« En 1964, je fais mes classes à Paris et j’allais voir mes cousines qui habitaient le 14ème. La rue Pernety, c’était des taudis, bien sûr, mais les gens étaient dehors, assis sur des pliants, ils jouaient aux cartes, tricotaient, discutaient. Tout le monde se connaissait, il y avait le flic du quartier, la prostituée du quartier : tout le monde en bons termes ! Aujourd’hui, de telles scènes sont impossibles : la télé enferme les gens chez eux. Quand on passe l’hiver dans les rues on aperçoit la lueur de l’écran de fascination par les fenêtres, c’est désolant. »
Alain Paucard
Du Paris d’Audiard au Paris de Delanoë, par Alain Paucard, entretien au Figaro, par Eugénie Bastié, 11 juillet 2014
« Le libéral, c’est l’anarchiste qui ne néglige pas ses mots, va dans le monde et prend soin du nœud de cravate. »
Charles Maurras
L’Action française, 17 août 1913
« […] Le laisser-aller langagier est la concession majeure faite aux esclaves mondialisés par des maîtres qui, n’en sachant eux-mêmes guère plus sur la langue, ne peuvent qu’abonder dans le sens des esclaves, en une langue infiniment divertie d’elle-même. Rien n’est grave, dans le monde horizontal, puisqu’il n’y a plus ni événement, ni valeur, ni sens, et que l’individu y règne en lieu et place des peuples : il est, l’individu, la synecdoque misérable du peuple. De la même façon que le sujet s’est éteint dans l’avènement de l’individu, on peut dire que la langue française est morte avec l’avènement de sa mauvaise conscience au sein de la communication. Mauvaise conscience qui, doublée d’une efficacité politique, conduit à l’anglais plus sûrement que le divertissement hollywoodien. »
Richard Millet
Arguments d’un désespoir contemporain, Hermann éditeurs, 2011