« Un ermite ne menace pas la société des hommes. Tout juste en incarne-t-il la critique. Le vagabond chaparde. Le rebelle appointé s’exprime à la télévision. »
Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie, éditions Gallimard, 2011
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« Un ermite ne menace pas la société des hommes. Tout juste en incarne-t-il la critique. Le vagabond chaparde. Le rebelle appointé s’exprime à la télévision. »
Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie, éditions Gallimard, 2011
« Notre refus de la transmission a engendré ce qui ressemble parfois à une société d’enfants sauvages. Développement des incivilités, distension de tous les liens, consumérisme irresponsable, difficultés quotidiennes dans la vie en collectivité, échec de l’insertion sociale et de l’engagement citoyen, rupture du dialogue entre les générations, explosion de la délinquance… Partout, nous voyons l’homme “dégradé, insociable, grossier” — partout, nous voyons l’homme inhumain. Au cœur de nos pays “développés”, nous avons le sentiment de voir resurgir la barbarie. Et nous n’arrivons pas à nous l’expliquer. »
François-Xavier Bellamy
Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, éditions Plon, 2014
« Les sociétés démocratiques contemporaines sont des sociétés d’abstention où se croisent des collections fugitives d’individus que ne relient nul sentiment de coappartenance, ni de coresponsabilité, nul engagement dans un projet collectif. »
Pierre-André Taguieff
Résister au bougisme, Fayard, 2001
« Quand les sociétaires n’ont plus de langage commun, ils ne vivent plus que dans un entre-soi, n’ayant plus à partager ni croyance ni projet collectif. »
Patrick Buisson
La Cause du peuple, éditions Perrin, 2016
« Moi qui ai passé toute ma vie sous le communisme, j’affirme qu’une société où il n’existe pas de balance juridique impartiale est une chose horrible. Mais une société qui ne possède en tout et pour tout qu’une balance juridique n’est pas, elle non plus, vraiment digne de l’homme. Une société qui s’est installée sur le terrain de la loi, sans vouloir aller plus haut, n’utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l’homme. Le droit est trop froid et trop formel pour exercer sur la société une influence bénéfique. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l’homme. »
Alexandre Soljenitsyne
Le déclin du courage, discours à l’université de Harvard du 8 juin 1978, trad. Geneviève et José Johannet, éditions Les Belles Lettres, 2014
« Je définirais une société civilisée en ces termes : celle où il y a interaction d’une aristocratie et d’un artisanat. (Je n’ai pas dit : une noblesse ; une bourgeoisie suffit, mais il la faut aristocrate.) Sans artisanat on n’a qu’une peuplade peut-être structurée mais à laquelle le terme “civilisée” ne s’applique pas. Sans aristocratie, on a ce que nous avons maintenant : des couches superposées de semi-professionnels cherchant à gagner un maximum de sous en un minimum d’heures. Cela non plus n’est pas une civilisation. »
Vladimir Volkoff
Le complexe de Procuste, éditions Julliard – L’Âge d’Homme, 1981
« Aux oppositions canoniques de la vie politique, plus ou moins caduques, s’ajoute l’opposition désormais cardinale entre défenseurs du peuple central et promoteurs des peuples des marges. Entre partisans du peuple maintenu dans ses fondements culturels et historiques et adeptes d’une recomposition du demos qui rêvent de fabriquer un nouveau peuple, une nouvelle société régénérée par l’apport d’identités ethniques et culturelles minoritaires. Entre les conservateurs, attachés au rétablissement de la souveraineté populaire et de l’unité du sujet politique à travers une démocratie référendaire, et les déconstructeurs, résolus à dissoudre l’hégémonie surplombante de la majorité au profit d’une “démocratie diversitaire” consacrant la prééminence des minorités et de leurs droits sur la société d’accueil. »
Patrick Buisson
La Cause du peuple, éditions Perrin, 2016
« Une civilisation est, me semble-t-il, une sorte d’état de grâce ou l’autorité tutélaire, au lieu d’étouffer ses aspirations, offre à l’homme de la Cité, protection et liberté. Par “protection”, j’entends un certain nombre de règles de vie en société qui restreignent nos libertés les plus anarchiques, pour que s’épanouissent la spiritualité dans certains cas, dans d’autres la création artistique (expression très générale) qui est une des nobles aspirations de l’homme sur cette terre. Même les artistes les plus athées, les plus dépourvus de spiritualité sont encore des croyants, ou alors, c’est que leur œuvre est sans âme. L’équilibre à trouver entre la main de velours et l’ouverture à toutes les créations et un des plus difficiles problèmes de ces derniers siècles. On en connait peu d’exemples depuis l’Antiquité, je parlerais volontiers, dans ce cas, d’harmonie, une harmonie qui pour les bienheureux possédés par la foi se nimbe du mystère de la poésie, puis, pour les autres, est le terrain idéal de la spéculation esthétique et philosophique. »
Michel Déon
L’Herne Déon, Cahier dirigé par Laurence Tacou, Éditions de l’Herne, 2009
« Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société tout entière. »
Alexandre Soljenitsyne
Le déclin du courage, discours à l’université de Harvard du 8 juin 1978, trad. Geneviève et José Johannet, éditions Les Belles Lettres, 2014
« Les sociétés occidentales sont absolument décomposées. Il n’y a pas de vue d’ensemble qui permette de déterminer et d’appliquer une politique […] Les sociétés occidentales ne sont pratiquement plus des États […] Ce sont simplement des agglomérations de lobbies, qui tirent à hue et à dia et à courte vue, dont aucun ne peut imposer une politique cohérente, mais dont chacun est capable de bloquer toute action contraire à ses intérêts. »
Cornélius Castoriadis
Libération, 16 et 21 décembre 1981
« Légitime, légal : s’il existe deux mots pour exprimer la notion générale de conformité à la loi, c’est bien qu’ils en traduisent des aspects différents. Il y a en effet lois et lois : celles que les hommes fabriquent à leur guise, et celles dont l’homme n’est pas maître, qui s’imposent à lui parce qu’elles sont les lois de sa nature ou de sa vocation. Est légitime ce qui se rapportent à celles-ci, légal ce qui se rapporte à celles-là. Les lois de la nature et de la civilisation sont intangibles. Vis-à-vis d’elles, l’homme n’a qu’un pouvoir, mais qui ne les affecte pas, celui de les reconnaître ou de les nier. Mais, suivant celle des deux attitudes qu’il adopte quand il légifère, il établit une légalité légitime ou illégitime. »
Louis Daménie
« La Cathédrale effondrée », in Cahiers de l’Ordre Français, 1962
« Ceux qui avaient interprété la démocratie individualiste issue des Lumières comme une décadence, semblent souvent justifiés aujourd’hui. Elle est bel et bien entrée elle-même en décadence par rapport à ses propres valeurs et à ses ambitions. Son système de sociabilité qui n’a jamais bien fonctionné en Europe est en plein dérapage, surtout en France, lieu de sa fondation. La république contractuelle une et indivisible implose sous nos yeux. Dans sa lucidité, Raymond Aron, pourtant libéral convaincu, l’avait pressenti au terme de ses Mémoires (Julliard, 1983) : « Sans adopter l’interprétation spenglérienne selon laquelle la civilisation urbaine, utilitaire, démocratique marque en tant que telle une phase de décadence des cultures, il est légitime de se demander, […] si l’épanouissement des libertés, le pluralisme des convictions, l’hédonisme individualiste ne mettent pas en péril la cohérence des sociétés et leur capacité d’action. »
De cette nocivité, la plus grande partie du monde européen était convaincue avant 1914. Mais ce qui donnait de la force au rejet de l’idéologie des Lumières et de 1789, c’est que ce monde européen des monarchies et de l’ancien ordre féodal rénové était aussi le plus efficace, le plus moderne et le plus compétitif sur le terrain économique, social et culturel. Ce fait oublié, il convient de le rappeler. D’abord parce que c’est une réalité historique et à ce titre méritant d’être connue. Ensuite, parce que cette réalité permet de prendre du champ par rapport à l’illusion d’optique que les victoires répétées des États-Unis ont imposé depuis la fin du XXe siècle. Illusion qui fait prendre le phénomène particulier et contingent de la société américaine pour une nécessité universelle. Cette séduisante chimère s’est installée d’autant plus aisément que dans nos sociétés les esprits ont été formés depuis longtemps par l’imprégnation inconsciente de la vulgate marxiste à une interprétation déterministe et finaliste de l’histoire où le succès momentané vaut preuve. »
Dominique Venner
Le Siècle de 1914 : Utopies, guerres et révolutions en Europe au XXe siècle, éditions Pygmalion, coll. Histoire, 2006