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Une civilisation est, me semble-t-il…

« Une civi­li­sa­tion est, me semble-t-il, une sorte d’é­tat de grâce ou l’au­to­ri­té tuté­laire, au lieu d’é­touf­fer ses aspi­ra­tions, offre à l’homme de la Cité, pro­tec­tion et liber­té. Par pro­tec­tion”, j’en­tends un cer­tain nombre de règles de vie en socié­té qui restreignent nos liber­tés les plus anar­chiques, pour que s’é­pa­nouissent la spi­ri­tua­li­té dans cer­tains cas, dans d’autres la créa­tion artis­tique (expres­sion très géné­rale) qui est une des nobles aspi­ra­tions de l’homme sur cette terre. Même les artistes les plus athées, les plus dépour­vus de spi­ri­tua­li­té sont encore des croyants, ou alors, c’est que leur œuvre est sans âme. L’é­qui­libre à trou­ver entre la main de velours et l’ou­ver­ture à toutes les créa­tions et un des plus dif­fi­ciles pro­blèmes de ces der­niers siècles. On en connait peu d’exemples depuis l’An­ti­qui­té, je par­le­rais volon­tiers, dans ce cas, d’har­mo­nie, une har­mo­nie qui pour les bien­heu­reux pos­sé­dés par la foi se nimbe du mys­tère de la poé­sie, puis, pour les autres, est le ter­rain idéal de la spé­cu­la­tion esthé­tique et philosophique. »

Michel Déon
L’Herne Déon, Cahier diri­gé par Lau­rence Tacou, Édi­tions de l’Herne, 2009

À propos de l'auteur

Michel Déon, né Édouard Michel le 4 août 1919 à Paris et mort le 28 décembre 2016 à Galway, était un écrivain et dramaturge français. Secrétaire de rédaction de l’Action française dans ses jeunes années, sa carrière littéraire le conduisit jusqu’à l’Académie française. Ses nombreux romans (Les poneys sauvages, 1970 ; Le taxi mauve, 1973 ; Un déjeuner de soleil, 1981 etc.) le rattachent au mouvement des Hussards. Installé durablement en Irlande, isolé du monde, il n’en apporta pas moins des témoignages d’engagements fermes, notamment en signant en 1999 la pétition contre la guerre en Serbie.
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Pour ma part, je loue donc aussi Agésilas…

« Pour ma part, je loue donc aus­si Agé­si­las d’avoir, pour gar­der l’agrément des Grecs, dédai­gné l’hospitalité du Roi. Et j’admire aus­si qu’il ait pen­sé que ce n’était pas, entre eux deux, celui qui avait le plus de richesses et gou­ver­nait le plus de monde qui devait s’enorgueillir le plus, mais celui qui était le meilleur com­man­dant aux meilleurs. »

Xéno­phon
Agé­si­las, trad. Michel Case­vitz, édi­tions Les Belles Lettres, 2008

L’admiration de l’excellence humaine relève d’un éthos aristocratique…

« L’ad­mi­ra­tion de l’ex­cel­lence humaine relève d’un éthos aris­to­cra­tique. Il est peut-être un peu excen­trique de par­ler d’a­ris­to­cra­tie à notre époque, mais il convient de tenir compte de cette véri­té para­doxale : l’éga­li­té est elle-même un idéal aris­to­cra­tique. C’est l’i­déal de l’a­mi­tié entre ceux qui se tiennent à dis­tance de la masse et se recon­naissent entre eux comme des pairs. Cela peut concer­ner des pro­fes­sion­nels spé­cia­li­sés ou des tra­vailleurs sur un chan­tier. En revanche, l’i­déal bour­geois ne repose pas sur un prin­cipe d’éga­li­té, mais sur un prin­cipe d’é­qui­va­lence – sur l’i­dée d’une inter­chan­gea­bi­li­té qui efface les dif­fé­rences de rang. »

Mat­thew Crawford
Eloge du car­bu­ra­teur. Essai sur le sens et la valeur du tra­vail, édi­tions La décou­verte, 2016

La racine, puisque c’est bien d’elle dont il est question…

« La racine, puisque c’est bien d’elle dont il est ques­tion, est la même d’éthos (cou­tume) et èthos (demeure). Pas d’éthique que ne s’enracine dans une mai­son. Chez Homère, le plu­riel ta èthéa désigne les lieux où habitent trou­peaux et ber­gers, leur séjour – le mot s’apparente donc à ho nomos, ori­gi­nel­le­ment la pâture, le pâtu­rage – et au sin­gu­lier, chez Hésiode et Héro­dote, l’habi­ta­tion des hommes, la sûre­té de la place où l’on est. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Hommes, femmes, dieux ou déesses…

« Hommes, femmes, dieux ou déesses, chefs de clan, repré­sen­ta­tion de la Grande Mère, gar­diens des seuils, des morts ou des vivants, œuvres d’art ou de culte, les hypo­thèses ne manquent pas sans qu’il ait été pos­sible, à ce jour, d’en mettre une en exergue qui inva­li­de­rait ou amoin­dri­rait la valeur des autres. Quoi qu’il en soit, les sta­tues-men­hirs sont œuvres de mon pro­fond peuple pri­mi­tif, signes à nous envoyés par-delà les temps, pré­sences muettes gra­vées dans la pierre immuable qui dési­gnent au moins la per­ma­nence d’un long peu­ple­ment. Fichées en terre, enra­ci­nées, elles bornent notre mémoire com­mune, blocs rocheux semés qui balisent un che­min de cam­pagne dont nous avons per­du le sens mais dont nous conser­vons la pré­sence éclatée. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

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