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Je n’ai pas de téléphone portable…

« Je n’ai pas de télé­phone por­table car je trouve d’une inson­dable gou­ja­te­rie d’ap­pe­ler quel­qu’un sans lui en deman­der préa­la­ble­ment l’au­to­ri­sa­tion par voie de cour­rier. Je refuse de répondre au dre­lin” du pre­mier venu. Les gens sont si pres­sés de bri­ser nos silences… J’aime Degas, lan­çant : C’est donc cela le télé­phone ? On vous sonne et vous accou­rez comme un domes­tique.” Les son­ne­ries sec­tionnent le flux du temps, mas­sacrent la pâte de la durée, hachent les jour­nées, comme le cou­teau de cui­si­nier japo­nais le concombre. »

Syl­vain Tesson
S’a­ban­don­ner à vivre, édi­tions Gal­li­mard, coll. Blanche, 2014

Qu’est-ce que la solitude ?…

« Qu’est-ce que la soli­tude ? Une com­pagne qui sert à tout.
Elle est un baume appli­qué sur les bles­sures. Elle fait caisse de réso­nance : les impres­sions sont décu­plées quand on est seul à les faire sur­gir. Elle impose une res­pon­sa­bi­li­té : je suis l’am­bas­sa­deur du genre humain dans la forêt vide d’hommes. Je dois jouir de ce spec­tacle pour ceux qui en sont pri­vés. Elle génère des pen­sées puisque la seule conver­sa­tion pos­sible se tient en soi-même. Elle lave de tous les bavar­dages, per­met le coup de sonde en soi. Elle convoque à la mémoire le sou­ve­nir des gens aimés. Elle lie l’er­mite d’a­mi­tié avec les plantes et les bêtes et par­fois un petit dieu qui pas­se­rait par là. »

Syl­vain Tesson
Dans les forêts de Sibé­rie, édi­tions Gal­li­mard, 2011

Le luxe n’est pas un état…

« La tem­pé­ra­ture chute subi­te­ment ? J’a­bats du bois par ‑35° et lorsque je rentre dans la cabane, la cha­leur pro­cure l’ef­fet d’un luxe suprême. Après la froi­dure, le bruit d’un bou­chon de vod­ka qui saute près d’un poêle sus­cite infi­ni­ment plus de jouis­sance qu’un séjour pala­tial au bord du grand canal véni­tien. Que les huttes puissent tenir rang de palais, les habi­tués des suites royales ne le com­pren­dront jamais. Ils n’ont pas connu l’on­glet avant le bain mous­sant. Le luxe n’est pas un état mais le pas­sage d’une ligne, le seuil où, sou­dain, dis­pa­raît toute souf­france. »

Syl­vain Tesson
Dans les forêts de Sibé­rie, édi­tions Gal­li­mard, 2011

L’Être n’est plus considéré comme quelque chose de bon…

« L’Être n’est plus consi­dé­ré comme quelque chose de bon, mais tout au plus comme un fait neutre, voire, dans cer­tains cas extrêmes, comme mau­vais. Le nihi­lisme en tire les consé­quences et vise à la des­truc­tion de ce qu’il consi­dère comme indigne d’être.
Mais il épargne le pré­sent, tout sim­ple­ment parce que celui-ci abrite le sujet de la des­truc­tion. Il cherche à détruire tout, sauf le pré­sent. C’est-à-dire ce qui reste une fois qu’on a fait abs­trac­tion du pré­sent, à savoir le pas­sé et l’avenir. La logique du nihi­lisme est donc celle de ce que l’on pour­rait appe­ler un « pré­sen­tisme » abso­lu. Il vise à la des­truc­tion du pas­sé et de l’avenir. »

Rémi Brague
Modé­ré­ment moderne, édi­tions Flam­ma­rion, 2014

Une telle douleur, si j’ai pu la prévoir…

« Une telle dou­leur, si j’ai pu la pré­voir, je sau­rai la subir. » (« Hunc ego si potui tan­tum spe­rare dolo­rem, / et per­ferre, soror, potero »)

Vir­gile
L’Enéide, Ier siècle av. J.-C., trad. Paul Veyne, édi­tions Le Livre de Poche, 2016

L’univers est formé de mondes étagés…

« Pour cha­cun d’entre nous, l’univers est for­mé de mondes éta­gés, dont le centre com­mun est la mai­son ances­trale. On apprend à les connaître gra­duel­le­ment, au fur et à mesure que l’on s’enhardit à s’éloigner un peu plus du sanc­tuaire fami­lial. On est heu­reux tant que, ain­si loin qu’on soit, on conserve des attaches avec lui. Au contraire, le jour où l’on perd toutes rela­tions avec la mai­son”, on a le cœur bou­le­ver­sé : tout est désor­mais chan­gé dans la vie. »

Hen­ri Vincenot
Récits des friches et des bois, édi­tions Anne Car­rière, 1997

Notre expérience du temps et de notre existence dans le temps…

« Notre expé­rience du temps et de notre exis­tence dans le temps est cen­trée sur le pré­sent. En quoi est-ce nou­veau ? Que le pré­sent soit le centre et les deux autres dimen­sions, pas­sé et ave­nir, la péri­phé­rie, c’est une image qui n’est pas d’aujourd’hui. Lorsqu’il veut oppo­ser le « main­te­nant » à ces deux autres dimen­sions, Aris­tote les appelle « le temps qui entoure » (per­ix). Par ailleurs, que le pré­sent soit le temps de l’action, le seul dont nous dis­po­sions, c’est aus­si une consta­ta­tion qui remonte à l’Antiquité. Un célèbre frag­ment d’Aristippe de Cyrène le rap­pe­lait déjà : « Seul le pré­sent est à nous, et non pas ce qui nous devance, ni non plus ce qui est atten­du : l’un a dis­pa­ru, et de l’autre, il est incer­tain s’il sera ». Des stoï­ciens comme Sénèque et Marc Aurèle nous ont lais­sé des obser­va­tions ana­logues. Cepen­dant, il s’agissait pour les Anciens de muse­ler l’intérêt exces­sif pour le pas­sé et l’avenir, objets de nos­tal­gie ou d’anticipation, pour rame­ner à l’exigence d’agir. Notre pro­blème à nous est au contraire un dés­in­té­rêt pour le pas­sé comme pour l’avenir. »

Rémi Brague
Modé­ré­ment moderne, édi­tions Flam­ma­rion, 2014

Comme le travail est violent…

« […] comme le tra­vail est violent, comme la vie est dan­ge­reuse, comme l’amour est total, et défi­ni­tif, faute de quoi la vie n’est plus la vie, et l’amour n’est pas l’amour, mais une pâle comé­die pour jouis­seurs dégé­né­rés dont je me demande ce qu’ils viennent faire sur cette terre ! »

Hen­ri Vincenot
L’œuvre de chair, édi­tions Denoël, 1984

Les biens nouveaux font naître le besoin de les posséder…

« Quand une inven­tion nou­velle appa­raît, si elle n’est pas ter­ri­fiante, l’i­ma­gi­na­tion des hommes l’ac­cueille comme une fian­cée. Mais ce mou­ve­ment d’es­pé­rance n’est pas sans effet sur eux-mêmes. Les biens nou­veaux font naître le besoin de les pos­sé­der, la pos­si­bi­li­té de les fabri­quer et de les vendre par immenses quan­ti­tés donne des ailes à la cupi­di­té. Ces sen­ti­ments nou­veaux avaient cru avec fureur. Ce fut une herbe qui enva­hit tout. Le capi­ta­lisme était né dans le désordre de la liberté. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1969

Le message de Jean Scot Erigène…

« Le mes­sage de Jean Scot Eri­gène, et à tra­vers lui des pen­seurs néo­pla­to­ni­ciens, n’a jamais ces­sé de tra­vailler sou­ter­rai­ne­ment la conscience occi­den­tale, des flam­boie­ments de la mys­tique rhé­nane à la grande insur­rec­tion du roman­tisme alle­mand, en pas­sant par Jacob Boehme et William Blake. Plus près de nous, c’est sa redé­cou­verte par Yeats qui, de l’aveu même du poète, don­na à la Renais­sance irlan­daise son élan et sa profondeur. »

Michel Le Bris
Jean Scot Eri­gène, dis­si­dent cel­tique en Europe, in L’Irlande ou les musiques de l’âme, Asso­cia­tion Artus, édi­tions Ouest-France, 1995

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