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Citations sur l'écriture

Une beauté exempte absolument de toute corrosion…

« (…) Je conclus que si le pou­voir cor­ro­sif des mots avait quelque fonc­tion créa­trice, c’est dans la beau­té for­melle de ce « corps idéal » qu’il devait trou­ver un modèle, et que l’idéal, dans les arts du verbe, devait repo­ser uni­que­ment sur l’imitation de cette beau­té phy­sique, en d’autres termes, sur la pour­suite d’une beau­té exempte abso­lu­ment de toute corrosion. »

Yukio Mishi­ma
Le soleil et l’a­cier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

Écrire c’est une sorte d’ébénisterie…

« Le manie­ment de cet extra­or­di­naire agen­ce­ment qu’est la langue fran­çaise… Écrire c’est une sorte d’é­bé­nis­te­rie, de menui­se­rie : il y a une gram­maire, il y a une syn­taxe, il y a des mots, il faut que ça s’emboîte, il faut que ça s’emboîte bien, il faut que la colle tienne, etc… C’est toute une affaire. »

Jean Ras­pail
Fes­ti­val Éton­nants Voya­geurs, Saint-Malo, lun­di 23 mai 1994. Avec Michel Déon.

Asservie aux idées de rapport, la société, cette vieille…

« Asser­vie aux idées de rap­port, la socié­té, cette vieille ména­gère qui n’a plus de jeune que ses besoins et qui radote de ses lumières, ne com­prend pas plus les divines igno­rances de l’esprit, cette poé­sie de l’âme qu’elle veut échan­ger contre de mal­heu­reuses connais­sances tou­jours incom­plètes, qu’elle n’admet la poé­sie des yeux, cachée et visible sous l’apparente inuti­li­té des choses. Pour peu que cet effroyable mou­ve­ment de la pen­sée moderne conti­nue, nous n’aurons plus, dans quelques années, un pauvre bout de lande où l’imagination puisse poser son pied ; pour rêver, comme le héron sur une de ses pattes. Alors, sous ce règne de l’épais génie des aises phy­siques qu’on prend pour de la Civi­li­sa­tion et du Pro­grès, il n’y aura ni ruines, ni men­diants, ni terres vagues, ni super­sti­tions comme celles qui vont faire le sujet de cette his­toire, si la sagesse de notre temps veut bien nous per­mettre de la raconter. »

Jules Bar­bey d’Aurevilly
L’En­sor­ce­lée, 1852, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

Toute l’agitation outrée que peut soulever un tel livre…

« Toute l’a­gi­ta­tion outrée que peut sou­le­ver un tel livre ne dépend que de l’air du temps qui va prendre fin. Ce livre est scan­da­leux, comme un diag­nos­tic de can­cer est scan­da­leux. C’est contraire à nos valeurs et ça rap­pelle les heures les plus sombres de notre histoire.”
Voi­là com­ment meurt un imbé­cile. »

Laurent Ober­tone
La France inter­dite, édi­tions Ring, coll. Docu­ments, 2018

Un journaliste n’est pas un enfant de chœur…

« Voi­ci donc un livre qui est une mau­vaise action. […] D’autre part, je demeure convain­cu qu’un jour­na­liste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à pré­cé­der les pro­ces­sions, la main plon­gée dans une cor­beille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plai­sir, non plus de faire du tort, il est de por­ter la plume dans la plaie. […] Que pou­vait-on jeter sur un tel tableau ? Un voile ou un peu de lumière. À d’autres le voile ! »

Albert Londres
Terre d’ébène, 1929 (avant-pro­pos), Édi­tions du Rocher, coll. Motifs, 2008

La langue française, d’ailleurs, est une eau pure que les écrivains…

« La langue fran­çaise, d’ailleurs, est une eau pure que les écri­vains manié­rés n’ont jamais pu et ne pour­ront jamais trou­bler. Chaque siècle a jeté dans ce cou­rant lim­pide ses modes, ses archaïsmes pré­ten­tieux et ses pré­cio­si­tés, sans que rien sur­nage de ces ten­ta­tives inutiles, de ces efforts impuis­sants. La nature de cette langue est d’être claire, logique et ner­veuse. Elle ne se laisse pas affai­blir, obs­cur­cir ou corrompre. »

Guy de Maupassant
Pierre et Jean, 1888, édi­tions Le Livre de Poche, 2007

Quand je lis Nietzsche, Schopenhauer, Baudelaire…

« Quand je lis Nietzsche, Scho­pen­hauer, Bau­de­laire, Pes­soa ou même Molière, je me dis sou­vent que telle phrase, tel para­graphe, aujourd’­hui, subi­raient la foudre des cen­seurs. Je pense que les grands écri­vains (rien que ce concept de grand écri­vain, pour cer­tains, est déjà démo­cra­ti­que­ment dou­teux) s’ils étaient lus, vrai­ment lus, par l’a­vant-garde du pro­gres­sisme, feraient moins les malins. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

Vous êtes faits pour apprendre à lire…

« Je leur dis : pour­quoi vou­lez-vous exer­cer un gou­ver­ne­ment des esprits. Et comme tous les autres pour­quoi vou­lez-vous exer­cer un gou­ver­ne­ment tem­po­rel des esprits. Pour­quoi vou­lez-vous avoir une poli­tique, et l’im­po­ser. Pour­quoi vou­lez-vous avoir une méta­phy­sique, et l’im­po­ser. Pour­quoi vou­lez-vous avoir un sys­tème quel­conque, et l’imposer.
Vous êtes faits pour apprendre à lire, à écrire et à comp­ter. Appre­nez-leur donc à lire, à écrire et à comp­ter. Ce n’est pas seule­ment très utile. Ce n’est pas seule­ment très hono­rable. C’est la base de tout. Il sait ses quatre règles, disait-on de quel­qu’un quand j’é­tais petit. Qu’ils nous apprennent donc nos quatre règles. Je ne veux pas jouer sur les mots, mais sans par­ler d’é­crire ce serait déjà un grand pro­grès, (puisque nous sommes dans un sys­tème du pro­grès), que d’a­voir, que d’être un peuple qui sau­rait lire et qui sau­rait compter. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

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