La novlangue – la distorsion du sens des mots…

« La nov­langue – la dis­tor­sion du sens des mots pour chan­ger la nature de ce qu’ils dési­gnent – carac­té­rise l’ordre post-démo­cra­tique euro­péen. Elle est la langue des domi­nants qui vou­draient bien qu’elle devienne aus­si celle des sujets du Sys­tème afin qu’ils s’y soumettent. »

Jean-Yves Le Gal­lou (dir.)
Nou­veau dic­tion­naire de nov­langue, La nov­langue revi­si­tée (avant-pro­pos), Polé­mia édi­teur, 2013

Leurs prières aux dieux n’avaient d’autre objet…

« Leurs prières aux dieux n’a­vaient d’autre objet que ce si rare accord entre soi et soi, et, au milieu des urgences, entre soi et la Cité, ou, plus lar­ge­ment encore, entre soi, la Cité et les divi­ni­tés sans cal­cul. Prier, ce n’é­tait pas faire du monde le pre­mier lan­gage du Dieu unique ; c’é­tait agir en sorte que le monde fut le pre­mier sanc­tuaire des dieux plu­riels, l’o­ra­toire de leur diver­si­té et, par là même, le récep­tacle d’une col­lé­gia­li­té civique en équilibre. »

Jean-Fran­çois Gautier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Si réactionnaire signifie être un amant des œuvres du passé…

« Si réac­tion­naire” signi­fie être un amant des œuvres du pas­sé, un amou­reux de Cha­teau­briand et de Flau­bert, ou si encore le mot ren­voie à la gra­ti­tude qu’un homme éprouve envers l’hé­ri­tage des siècles, la langue, la morale, envers le pays et le conti­nent de ses ancêtres, alors oui je suis réactionnaire. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

En matière de langage…

« En matière de lan­gage, qui est l’ob­jet prin­ci­pal de la lit­té­ra­ture, il est clair que les mots se dégradent per­pé­tuel­le­ment. Ils cessent de dire ce qu’ils signi­fient ou de signi­fier ce qu’ils disent ; ils com­mencent tou­jours par signi­fier quelque chose qui non seule­ment est tout à fait dif­fé­rent, mais encore beau­coup moins défi­ni et beau­coup moins fort. Et dans cette chute des sym­boles choi­sis par l’homme, pour­rait bien se trou­ver un sym­bole de sa propre chute. Il a une dif­fi­cul­té à maî­tri­ser sa langue, non seule­ment en tant qu’or­gane de la parole, mais dans le sens de lan­gage par­lé. Presque tou­jours s’il n’y prête pas atten­tion, ce lan­gage s’af­fole ou, pire encore, s’affaiblit. »

Gil­bert Keith Chesterton
À bâtons rom­pus, pro­pos débri­dés, trad. Mau­rice Le Péchoux, Édi­tions L’Âge d’Homme, 2010

La langue française, d’ailleurs, est une eau pure que les écrivains…

« La langue fran­çaise, d’ailleurs, est une eau pure que les écri­vains manié­rés n’ont jamais pu et ne pour­ront jamais trou­bler. Chaque siècle a jeté dans ce cou­rant lim­pide ses modes, ses archaïsmes pré­ten­tieux et ses pré­cio­si­tés, sans que rien sur­nage de ces ten­ta­tives inutiles, de ces efforts impuis­sants. La nature de cette langue est d’être claire, logique et ner­veuse. Elle ne se laisse pas affai­blir, obs­cur­cir ou corrompre. »

Guy de Maupassant
Pierre et Jean, 1888, édi­tions Le Livre de Poche, 2007

La novlangue repose sur l’inversion du sens…

« [La nov­langue] repose sur l’inversion du sens qui reflète l’inversion des valeurs sur laquelle se fonde jus­te­ment l’idéologie du Sys­tème. Ain­si, par exemple, le mot « Répu­blique » ne désigne-t-il plus de nos jours la sou­ve­rai­ne­té du peuple mais son contraire : la sou­mis­sion à l’idéologie cos­mo­po­lite, au gou­ver­ne­ment des juges et à la loi des marchés. »

Jean-Yves Le Gal­lou (dir.)
Nou­veau dic­tion­naire de nov­langue, La nov­langue revi­si­tée (avant-pro­pos), Polé­mia édi­teur, 2013

Le malheur est par lui-même inarticulé…

« Le mal­heur est par lui-même inar­ti­cu­lé. Les mal­heu­reux sup­plient silen­cieu­se­ment qu’on leur four­nisse des mots pour s’exprimer. Il y a des époques où ils ne sont pas exau­cés. Il y en a d’autres où on leur four­nit des mots, mais mal choi­sis, car ceux qui les choi­sissent sont étran­gers au mal­heur qu’ils interprètent. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

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