Mais la caste des guerriers elle-même…

« […] Mais la caste des guer­riers elle-même est prise d’hésitation, lorsqu’elle voit le peuple des larves mon­ter des pro­fon­deurs à l’assaut de ses bastions. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Longtemps je regardai les yeux de l’ami couché dans la mort…

« Long­temps je regar­dai les yeux de l’ami cou­ché dans la mort, puis de la main gauche je ver­sai sur sa poi­trine une poi­gnée de terre. La grande Mère, dont il avait célé­bré les fêtes farouches et qu’enivre un sang joyeux, est fière de tels enfants. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

On reconnaît les grandes époques à ceci…

« On recon­naît les grandes époques à ceci, que la puis­sance de l’esprit y est visible et son action tou­jours pré­sente. Il en était ain­si de ce pays ; dans le dérou­le­ment des sai­sons, dans le ser­vice des dieux et dans la vie humaine, aucune fête n’était conce­vable sans poé­sie. Mais le poète avait sur­tout durant les fêtes des morts, après la consé­cra­tion du cadavre, la fonc­tion de juge des morts. C’est à lui qu’il appar­te­nait de jeter sur l’existence du dis­pa­ru le regard des dieux et de la célé­brer dans le poème comme le plon­geur dégage la perle hors du coquillage. Dès les ori­gines il exis­tait deux degrés dans l’honneur funèbre, dont le plus usi­té était l’élé­geion. L’élé­géion était comme l’offrande qu’il conve­nait d’apporter à une vie hon­nê­te­ment pas­sée dans l’amertume et la joie mêlées, telle qu’elle nous est échue à nous autres hommes. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Et ceux que l’on mène au poteau…

« Et ceux que l’on mène au poteau, Dans le petit matin gla­cé, Au front la pâleur des cachots, Au cœur le der­nier chant d’Orphée. Tu leur tends la main sans un mot, O mon frère au col dégrafé… »

Robert Bra­sillach
Poèmes de Fresnes, 1945, édi­tions Plon, 1983, édi­tions des Cimes, 2015

Nous devons compenser la condition d’une nature mortelle…

« Nous devons com­pen­ser la condi­tion d’une nature mor­telle par la suc­ces­sion inin­ter­rom­pue des géné­ra­tions, comme ces flam­beaux qu’on se passe de main en main, afin que le seul avan­tage par où notre sort est infé­rieur aux dieux, l’immortalité, nous l’assurions en nous rem­pla­çant les uns après les autres. »

L’empereur Auguste
Cité par Domi­nique Ven­ner in Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

La puissance et l’argent, le temps et le monde…

« – Il en fut tou­jours ain­si, il en sera tou­jours ain­si ; la puis­sance et l’argent, le temps et le monde appar­tiennent aux petits, aux mes­quins, et les autres, les êtres humains véri­tables, n’ont rien. Rien que la mort. — Pas autre chose ? — Si, l’éternité. »

Her­mann Hesse
Le loup des steppes (Der Step­pen­wolf), 1927, in Romans et Nou­velles, trad. Juliette Pary, édi­tions Le Livre de poche, 2002

L’histoire est créatrice de sens…

« L’histoire est créa­trice de sens. À l’éphémère de la condi­tion humaine, elle oppose le sen­ti­ment d’éter­ni­té des géné­ra­tions et des tra­di­tions. En sau­vant de l’oubli le sou­ve­nir des pères, elle engage l’avenir. Elle accom­plit un désir de pos­té­ri­té inhé­rent aux hommes, le désir de sur­vivre à sa propre mort. Ce désir a pour objet la mémoire des géné­ra­tions futures. C’est en espé­rant y lais­ser une trace que l’on s’efforce de for­ger l’avenir. Avec la per­pé­tua­tion d’une lignée, cela fut l’un des moyens conçus par nos ancêtres pour échap­per au sen­ti­ment de leur propre finitude. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, 2002

Écrire doit être un jeu dangereux…

« Écrire doit être un jeu dan­ge­reux. C’est la seule noblesse de l’écrivain, sa seule manière de par­ti­ci­per aux luttes de la vie. L’écrivain poli­tique ne peut se sépa­rer du mili­tant poli­tique. Le pen­seur ne peut aban­don­ner le guerrier.
Un cer­tain nombre d’hommes de ce pays ont sau­vé et l’honneur des lettres et l’honneur des armes. Ils ne furent pas tous du même camp lors de notre der­nière guerre civile euro­péenne mais ils sont nos frères et mes exemples. Je pense à Saint-Exu­pé­ry, abat­tu au cours d’une mis­sion aérienne ; je pense à Robert Bra­sillach, fusillé à Mon­trouge ; je pense à Drieu La Rochelle, accu­lé au sui­cide dans sa cachette pari­sienne ; je pense à Jean Pré­vost, exé­cu­té dans le maquis du Vercors.
Ceux-là n’ont pas tri­ché. Ils n’ont pas aban­don­né les jeunes gens impa­tients et géné­reux qui leur avaient deman­dé des rai­sons de vivre et de mou­rir et qu’ils avaient enga­gés sur la voie étroite, rocailleuse et ver­ti­gi­neuse, de l’honneur et de la fidélité. »

Jean Mabire
La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994 (texte paru ini­tia­le­ment dans Europe Action N°30, juin 1965)

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