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Citations d'un auteur allemand

Je ne puis que répéter mon conseil…

« Je ne puis que répé­ter mon conseil de tenir un cahier de sou­ve­nirs, ne serait-ce qu’une suite de mots repères qui ser­vi­ront plus tard. Ain­si se conser­ve­ront des notes pré­cieuses dont nos petits-enfants tire­ront encore par­ti, car eux seuls pour­ront recon­naître dans les évé­ne­ments cette ligne de des­tin, insai­sis­sable pour nous et qui se mani­fes­te­ra dans l’ave­nir, à une époque où nos pas­sions d’au­jourd’­hui n’au­ront plus qu’une por­tée his­to­rique. Ain­si s’é­ta­bli­ra une série de petites mono­gra­phies sus­cep­tibles de main­te­nir dans les familles une tra­di­tion, c’est-à-dire la com­pré­hen­sion des des­ti­nées d’un pays. »

Ernst Jün­ger
Le Boque­teau 125 (Das Wäld­chen 125), 1925, trad. Julien Her­vier, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2000

Tu te dis libre ? Je veux connaître les pensées…

« Tu te dis libre ? Je veux connaître les pen­sées qui pré­do­minent en toi. Ce n’est pas de savoir si tu as échap­pé à un joug, qui m’importe : es-tu de ceux qui ont le droit de se sous­traire à un joug ? Nom­breux sont les hommes qui perdent leur der­nière valeur quand ils cessent de ser­vir. Libre de quoi ? Qu’importe cela à Zara­thous­tra ! Ton regard tran­quille doit me répondre : libre pour faire quoi ? »

Frie­drich Nietzsche,
Le mar­teau parle in Ain­si par­lait Zara­thous­traUn livre pour tous et pour per­sonne (Also sprach Zara­thus­tra – Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883 – 1885, trad. Gene­viève Blan­quis, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2006

Qu’est-ce que la liberté ? C’est avoir la volonté de répondre de soi…

« Car, qu’est-ce que la liber­té ? C’est avoir la volon­té de répondre de soi. C’est main­te­nir les dis­tances qui nous séparent. C’est être indif­fé­rent aux cha­grins, aux dure­tés, aux pri­va­tions, à la vie même. C’est être prêt à sacri­fier les hommes à sa cause, sans faire excep­tion de soi-même. Liber­té signi­fie que les ins­tincts virils, les ins­tincts joyeux de guerre et de vic­toire, pré­do­minent sur tous les autres ins­tincts, par exemple sur ceux du « bon­heur ». L’homme deve­nu libre, com­bien plus encore l’esprit deve­nu libre, foule aux pieds cette sorte de bien-être mépri­sable dont rêvent les épi­ciers, les chré­tiens, les vaches, les femmes, les Anglais et d’autres démo­crates. L’homme libre est guer­rier. — À quoi se mesure la liber­té chez les indi­vi­dus comme chez les peuples ? À la résis­tance qu’il faut sur­mon­ter, à la peine qu’il en coûte pour arri­ver en haut. Le type le plus éle­vé de l’homme libre doit être cher­ché là, où constam­ment la plus forte résis­tance doit être vain­cue : à cinq pas de la tyran­nie, au seuil même du dan­ger de la ser­vi­tude. »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

Je ne suis pas un libéral, du moins…

« Je ne suis pas un libé­ral, du moins au sens où il faut se mettre ensemble pour cela et voter. On porte la liber­té en soi-même ; une bonne tête la réa­lise sous chaque régime. »

Ernst Jün­ger
Le pro­blème d’Aladin (Ala­dins Pro­blem),1983, trad. Michel Tho­mas, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 1984

Le Rebelle a pour devise hic et nunc, car il est…

« Le Rebelle a pour devise hic et nunc, car il est l’homme des coups de main, libre et indé­pen­dant. Nous avons vu que nous ne pou­vons com­prendre sous ce type humain qu’une frac­tion des masses ; et pour­tant, c’est ici que se forme la petite élite, capable de résis­ter à l’automatisme, qui tien­dra en échec le déploie­ment de la force brute. C’est la liber­té ancienne, vêtue à la mode du temps : la liber­té sub­stan­tielle, élé­men­taire, qui se réveille au cœur des peuples quand la tyran­nie des par­tis ou des conqué­rants étran­gers pèse sur leurs pays. Il ne s’agit pas d’une liber­té qui pro­teste ou émigre, mais d’une liber­té qui décide d’engager la lutte.
C’est une dis­tinc­tion qui agit sur la sphère des croyances. Le Rebelle ne peut se per­mettre l’indifférence, signe d’une époque révo­lue, au même titre que la neu­tra­li­té des petits États ou la déten­tion en for­te­resse pour délit poli­tique. Le recours aux forêts mène à de graves déci­sions. Le Rebelle a pour tâche de fixer la mesure de liber­té qui vau­dra dans des temps à venir, en dépit de Lévia­than. Adver­saire dont il n’entamera pas le pou­voir à coups de concepts.
La résis­tance du Rebelle est abso­lue : elle ne connaît pas de neu­tra­li­té, ni de grâce ni de déten­tion en for­te­resse. Il ne s’attend pas à ce que l’ennemi se montre sen­sible aux argu­ments, encore moins à ce qu’il s’astreigne à des règles che­va­le­resques. Il sait aus­si qu’en ce qui le concerne, la peine de mort n’est pas sup­pri­mée. Le Rebelle connaît une soli­tude nou­velle, telle que l’implique avant tout l’épanouissement sata­nique de la cruau­té – son alliance avec la science et le machi­nisme, qui fait appa­raître dans l’histoire, non pas un élé­ment nou­veau, mais des mani­fes­ta­tions nouvelles. »

Ernst Jün­ger
Trai­té du rebelle ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951, trad. Hen­ri Plard, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 1995

Un matin, tandis que du haut de la terrasse…

« Un matin, tan­dis que du haut de la ter­rasse, je par­cou­rais des yeux la Mari­na, ses eaux m’apparurent plus pro­fondes et plus lumi­neuses, comme si pour la pre­mière fois, j’eusse posé sur elles un regard non trou­blé. J’eus en cet ins­tant même le sen­ti­ment presque dou­lou­reux du mot se sépa­rant des choses, comme se brise la corde trop ten­due d’un arc. J’avais sur­pris un lam­beau du voile d’Isis de ce monde, et le lan­gage à par­tir de cet ins­tant me fut un impar­fait serviteur. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

O homme ! Prend garde !

« O homme ! Prend garde !
Que dit le pro­fond Minuit ?
J’ai dor­mi, j’ai dor­mi, d’un pro­fond som­meil je me suis éveillé :
Le monde est pro­fond, plus pro­fond que n’a pen­sé le jour.
Pro­fond est son mal,
Mais la joie est plus pro­fonde que la peine de l’âme.
La dou­leur dit : passe !
Mais toute joie veut l’éternité, — veut la pro­fonde, pro­fonde éternité ! »

Frie­drich Nietzsche
Ain­si par­lait Zara­thous­traUn livre pour tous et pour per­sonne (Also sprach Zara­thus­tra – Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883 – 1885, trad. Gene­viève Bian­quis, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2006, extrait gra­vé sur un bloc de rocher, à Sils Maria

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