« La logique du révolté est […] de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel. »
Albert Camus
L’Homme révolté, éditions Gallimard, coll. Blanche, 1951
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« La logique du révolté est […] de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel. »
Albert Camus
L’Homme révolté, éditions Gallimard, coll. Blanche, 1951
« Lorsqu’un événement historique ou l’attitude d’un grand personnage apparaît en rupture avec la trame du temps ou la moralité des comportements humains, lorsqu’une zone d’ombre et d’incompréhension les envahit tout d’un coup et les fait échapper aux prises de la science et de la pure intelligence, l’imagination d’un groupe d’hommes ou d’un peuple, défiant les lois du quotidien, trouve naturellement le moyen d’imposer ses couleurs et ses métamorphoses, ses déformations et ses amplifications. »
Nicole Ferrier-Caverivière
« Figures historiques et figures mythiques », Dictionnaire des mythes littéraires, éditions du Rocher, 1994
« Renée de Vincay avait toujours bénéficié d’une réputation d’intelligence. Cette réputation venait de ce qu’elle se mêlait aux conversations des hommes et non sans insolence. N’importe quoi, débité avec assurance prenait un petit air de vérité dans la bouche d’une très jeune femme, très décolletée. Moins jeune et non moins décolletée, l’esprit n’était plus le même. Heureusement pour Renée, l’habitude crée l’assurance, et bien qu’elle n’eût plus une coquetterie directe à l’égard des mâles, elle conservait l’aplomb de sa vingtième année pour présenter ses meilleures inepties. »
Roger Nimier
Les enfants tristes, 1951, éditions Gallimard, coll. Folio, 1983
« Dans les luttes civiles, les soldats, sauf de rares exceptions, ne marchent qu’avec répugnance, par contrainte et par eau-de-vie. Ils voudraient bien être ailleurs et regardent plus volontiers derrière que devant eux. […] Dans les rangs populaires, rien de semblable. Là on se bat pour une idée. Supérieurs à l’adversaire par le dévouement, ils le sont bien plus encore par l’intelligence. Ils l’emportent sur lui, dans l’ordre moral et même physique, par la conviction, la vigueur, la fertilité des ressources, la vitalité du corps et de l’esprit. Ils ont la tête et le cœur. Nulle troupe au monde n’égale ces hommes d’élite. »
Auguste Blanqui
En 1868, cité par Éric Branca in 3 000 ans d’idées politiques, Chronique éditions, 2014
« Il faut […] dissiper le malentendu auquel donnent lieu certaines interprétations philosophiques de la force qui la définissent comme potentialité ou virtualité. Il nous semble au contraire qu’elle est actualité, qu’elle ne vaut que par ses effets. Dire qu’une force est disponible, c’est affirmer qu’elle existe, qu’elle est présente et prête, mais inemployée, inerte, tel le nombre de soldats dans les casernes ou de tanks et d’avions dans les hangars. Les forces disponibles d’un pays se laissent énumérer, comptabiliser, calculer et permettent de faire des prévisions. La force n’a rien de mystérieux, au contraire de la puissance qui est imprévisible, occulte parfois, parce qu’elle est illimitée. Le malentendu a son origine dans le fait que l’application de la force exige une volonté, principalement en ce qui concerne la force humaine. La volonté n’est pas une machine, mais une puissance, c’est-à-dire qu’avec de moindres forces, mais intelligemment appliquées, elle est capable d’anéantir une autre force, matériellement et quantitativement supérieure. Le fait est courant, non seulement en politique, mais partout où des forces sont en compétition : sport, biologie, etc. Ce fut l’une des constatations singulières de la vie dans les camps de concentration que les personnes qui passaient pour les plus fortes et les plus robustes étaient en général les premières à succomber, faute de résistance. La question n’est donc pas de faire de la puissance et de la force des notions antithétiques. Au contraire, il n’y a pas de puissance sans forces, mais la puissance ajoute aux moyens matériels et mesurables, l’intelligence, l’autorité, le prestige, le sens de la décision, la fermeté, etc. C’est en ce sens que […] la politique [est] un phénomène de puissance et non uniquement de force, celle-ci n’étant qu’un moyen, fût-il spécifique au politique. Comme n’importe quel autre moyen, la force n’est efficace que si elle est appliquée, c’est-à-dire mise en œuvre par une volonté ou un organe. […] C’est la notion de résistance qui nous fournit, par analogie avec les sciences physiques, la clé de l’analyse de la force. […] Quel que soit le système, on ne peut pas parler de la force au singulier, car toute force suppose d’autres forces qui lui résistent, la combattent ou l’annulent. La force est l’obstacle d’une autre force, c’est-à-dire il faut encore une force pour combattre la force. […] La force nous apparaît ainsi en politique comme le moyen de la contrainte, soit que le pouvoir étatique réussisse à faire vivre dans la concorde les forces parfois hétérogènes qui s’agitent au sein de la collectivité et à faire respecter son intégrité contre les forces extérieures, soit qu’au contraire l’une des forces intérieures, jusque-là contenue, parvienne à briser la résistance du pouvoir établi, à s’en emparer et à maîtriser à son tour les autres forces internes ou qu’une force extérieure triomphe de la collectivité en lui imposant ses conditions. »
Julien Freund
Qu’est-ce que la politique ?, Éditions du Seuil, 1967
« Aucun des dogmes de la société moderne n’est inébranlable. Ni les usines gigantesques, ni les offices buildings qui montent jusqu’au ciel, ni les grandes villes meurtrières, ni la morale industrielle, ni la mystique de la production ne sont nécessaires à notre progrès. D’autres modes d’existence et de civilisation sont possibles. La culture sans le confort, la beauté sans le luxe, la machine sans la servitude de l’usine, la science sans le culte de la matière permettraient aux hommes de se développer indéfiniment, en gardant leur intelligence, leur sens moral et leur virilité. »
Alexis Carrel
L’homme, cet inconnu, éditions Plon, 1935
« L’intellect pur n’a jamais rien produit d’intelligent, ni la raison pure de raisonnable. »
Friedrich Hölderlin
Hypérion ou l’Ermite de Grèce (Hyperion oder Der Eremit in Griechenland), 1797, trad. Jean-Pierre Lefebvre, éditions Garnier-Flammarion, 2005
« Quand la bêtise gouverne, l’intelligence est un délit. »
Henry de Montherlant
Le Treizième César, éditions Gallimard, 1970
« Ils entendent sans comprendre et sont semblables à des sourds. Le proverbe s’applique à eux : présents ils sont absents. »
Héraclite
Fragments, 34, 576 – 480 av. notre ère, trad. Jean-François Pradeau, éditions Garnier-Flammarion, 2018