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Citations sur l'intelligence

Un matin, tandis que du haut de la terrasse…

« Un matin, tan­dis que du haut de la ter­rasse, je par­cou­rais des yeux la Mari­na, ses eaux m’apparurent plus pro­fondes et plus lumi­neuses, comme si pour la pre­mière fois, j’eusse posé sur elles un regard non trou­blé. J’eus en cet ins­tant même le sen­ti­ment presque dou­lou­reux du mot se sépa­rant des choses, comme se brise la corde trop ten­due d’un arc. J’avais sur­pris un lam­beau du voile d’Isis de ce monde, et le lan­gage à par­tir de cet ins­tant me fut un impar­fait serviteur. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Lorsqu’un événement historique ou l’attitude d’un grand personnage…

« Lorsqu’un évé­ne­ment his­to­rique ou l’attitude d’un grand per­son­nage appa­raît en rup­ture avec la trame du temps ou la mora­li­té des com­por­te­ments humains, lorsqu’une zone d’ombre et d’incompréhension les enva­hit tout d’un coup et les fait échap­per aux prises de la science et de la pure intel­li­gence, l’imagination d’un groupe d’hommes ou d’un peuple, défiant les lois du quo­ti­dien, trouve natu­rel­le­ment le moyen d’imposer ses cou­leurs et ses méta­mor­phoses, ses défor­ma­tions et ses amplifications. »

Nicole Fer­rier-Cave­ri­vière
« Figures his­to­riques et figures mythiques », Dic­tion­naire des mythes lit­té­raires, édi­tions du Rocher, 1994

Renée de Vincay avait toujours bénéficié d’une réputation…

« Renée de Vin­cay avait tou­jours béné­fi­cié d’une répu­ta­tion d’intel­li­gence. Cette répu­ta­tion venait de ce qu’elle se mêlait aux conver­sa­tions des hommes et non sans inso­lence. N’importe quoi, débi­té avec assu­rance pre­nait un petit air de véri­té dans la bouche d’une très jeune femme, très décol­le­tée. Moins jeune et non moins décol­le­tée, l’esprit n’était plus le même. Heu­reu­se­ment pour Renée, l’habitude crée l’assurance, et bien qu’elle n’eût plus une coquet­te­rie directe à l’égard des mâles, elle conser­vait l’aplomb de sa ving­tième année pour pré­sen­ter ses meilleures inepties. »

Roger Nimier
Les enfants tristes, 1951, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1983

Dans les luttes civiles, les soldats, sauf de rares exceptions…

« Dans les luttes civiles, les sol­dats, sauf de rares excep­tions, ne marchent qu’avec répu­gnance, par contrainte et par eau-de-vie. Ils vou­draient bien être ailleurs et regardent plus volon­tiers der­rière que devant eux. […] Dans les rangs popu­laires, rien de sem­blable. Là on se bat pour une idée. Supé­rieurs à l’adversaire par le dévoue­ment, ils le sont bien plus encore par l’intelligence. Ils l’emportent sur lui, dans l’ordre moral et même phy­sique, par la convic­tion, la vigueur, la fer­ti­li­té des res­sources, la vita­li­té du corps et de l’esprit. Ils ont la tête et le cœur. Nulle troupe au monde n’égale ces hommes d’élite. »

Auguste Blan­qui
En 1868, cité par Éric Bran­ca in 3 000 ans d’idées poli­tiques, Chro­nique édi­tions, 2014

Dire qu’une force est disponible, c’est affirmer qu’elle existe…

« Il faut […] dis­si­per le mal­en­ten­du auquel donnent lieu cer­taines inter­pré­ta­tions phi­lo­so­phiques de la force qui la défi­nissent comme poten­tia­li­té ou vir­tua­li­té. Il nous semble au contraire qu’elle est actua­li­té, qu’elle ne vaut que par ses effets. Dire qu’une force est dis­po­nible, c’est affir­mer qu’elle existe, qu’elle est pré­sente et prête, mais inem­ployée, inerte, tel le nombre de sol­dats dans les casernes ou de tanks et d’avions dans les han­gars. Les forces dis­po­nibles d’un pays se laissent énu­mé­rer, comp­ta­bi­li­ser, cal­cu­ler et per­mettent de faire des pré­vi­sions. La force n’a rien de mys­té­rieux, au contraire de la puis­sance qui est impré­vi­sible, occulte par­fois, parce qu’elle est illi­mi­tée. Le mal­en­ten­du a son ori­gine dans le fait que l’application de la force exige une volon­té, prin­ci­pa­le­ment en ce qui concerne la force humaine. La volon­té n’est pas une machine, mais une puis­sance, c’est-à-dire qu’avec de moindres forces, mais intel­li­gem­ment appli­quées, elle est capable d’anéantir une autre force, maté­riel­le­ment et quan­ti­ta­ti­ve­ment supé­rieure. Le fait est cou­rant, non seule­ment en poli­tique, mais par­tout où des forces sont en com­pé­ti­tion : sport, bio­lo­gie, etc. Ce fut l’une des consta­ta­tions sin­gu­lières de la vie dans les camps de concen­tra­tion que les per­sonnes qui pas­saient pour les plus fortes et les plus robustes étaient en géné­ral les pre­mières à suc­com­ber, faute de résis­tance. La ques­tion n’est donc pas de faire de la puis­sance et de la force des notions anti­thé­tiques. Au contraire, il n’y a pas de puis­sance sans forces, mais la puis­sance ajoute aux moyens maté­riels et mesu­rables, l’intelligence, l’autorité, le pres­tige, le sens de la déci­sion, la fer­me­té, etc. C’est en ce sens que […] la poli­tique [est] un phé­no­mène de puis­sance et non uni­que­ment de force, celle-ci n’étant qu’un moyen, fût-il spé­ci­fique au poli­tique. Comme n’importe quel autre moyen, la force n’est effi­cace que si elle est appli­quée, c’est-à-dire mise en œuvre par une volon­té ou un organe. […] C’est la notion de résis­tance qui nous four­nit, par ana­lo­gie avec les sciences phy­siques, la clé de l’analyse de la force. […] Quel que soit le sys­tème, on ne peut pas par­ler de la force au sin­gu­lier, car toute force sup­pose d’autres forces qui lui résistent, la com­battent ou l’annulent. La force est l’obstacle d’une autre force, c’est-à-dire il faut encore une force pour com­battre la force. […] La force nous appa­raît ain­si en poli­tique comme le moyen de la contrainte, soit que le pou­voir éta­tique réus­sisse à faire vivre dans la concorde les forces par­fois hété­ro­gènes qui s’agitent au sein de la col­lec­ti­vi­té et à faire res­pec­ter son inté­gri­té contre les forces exté­rieures, soit qu’au contraire l’une des forces inté­rieures, jusque-là conte­nue, par­vienne à bri­ser la résis­tance du pou­voir éta­bli, à s’en empa­rer et à maî­tri­ser à son tour les autres forces internes ou qu’une force exté­rieure triomphe de la col­lec­ti­vi­té en lui impo­sant ses conditions. »

Julien Freund
Qu’est-ce que la poli­tique ?, Édi­tions du Seuil, 1967

Aucun des dogmes de la société moderne n’est inébranlable…

« Aucun des dogmes de la socié­té moderne n’est inébran­lable. Ni les usines gigan­tesques, ni les offices buil­dings qui montent jus­qu’au ciel, ni les grandes villes meur­trières, ni la morale indus­trielle, ni la mys­tique de la pro­duc­tion ne sont néces­saires à notre pro­grès. D’autres modes d’existence et de civi­li­sa­tion sont pos­sibles. La culture sans le confort, la beau­té sans le luxe, la machine sans la ser­vi­tude de l’usine, la science sans le culte de la matière per­met­traient aux hommes de se déve­lop­per indé­fi­ni­ment, en gar­dant leur intel­li­gence, leur sens moral et leur viri­li­té. »

Alexis Car­rel
L’Homme cet incon­nu, édi­tions Plon, 1935

L’intellect pur n’a jamais rien produit d’intelligent…

« L’intellect pur n’a jamais rien pro­duit d’intelligent, ni la rai­son pure de raisonnable. »

Frie­drich Hölderlin
Hypé­rion ou l’Er­mite de Grèce (Hyper­ion oder Der Ere­mit in Grie­chen­land), 1797, trad. Jean-Pierre Lefebvre, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

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