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Dire qu’une force est disponible, c’est affirmer qu’elle existe…

« Il faut […] dis­si­per le mal­en­ten­du auquel donnent lieu cer­taines inter­pré­ta­tions phi­lo­so­phiques de la force qui la défi­nissent comme poten­tia­li­té ou vir­tua­li­té. Il nous semble au contraire qu’elle est actua­li­té, qu’elle ne vaut que par ses effets. Dire qu’une force est dis­po­nible, c’est affir­mer qu’elle existe, qu’elle est pré­sente et prête, mais inem­ployée, inerte, tel le nombre de sol­dats dans les casernes ou de tanks et d’avions dans les han­gars. Les forces dis­po­nibles d’un pays se laissent énu­mé­rer, comp­ta­bi­li­ser, cal­cu­ler et per­mettent de faire des pré­vi­sions. La force n’a rien de mys­té­rieux, au contraire de la puis­sance qui est impré­vi­sible, occulte par­fois, parce qu’elle est illi­mi­tée. Le mal­en­ten­du a son ori­gine dans le fait que l’application de la force exige une volon­té, prin­ci­pa­le­ment en ce qui concerne la force humaine. La volon­té n’est pas une machine, mais une puis­sance, c’est-à-dire qu’avec de moindres forces, mais intel­li­gem­ment appli­quées, elle est capable d’anéantir une autre force, maté­riel­le­ment et quan­ti­ta­ti­ve­ment supé­rieure. Le fait est cou­rant, non seule­ment en poli­tique, mais par­tout où des forces sont en com­pé­ti­tion : sport, bio­lo­gie, etc. Ce fut l’une des consta­ta­tions sin­gu­lières de la vie dans les camps de concen­tra­tion que les per­sonnes qui pas­saient pour les plus fortes et les plus robustes étaient en géné­ral les pre­mières à suc­com­ber, faute de résis­tance. La ques­tion n’est donc pas de faire de la puis­sance et de la force des notions anti­thé­tiques. Au contraire, il n’y a pas de puis­sance sans forces, mais la puis­sance ajoute aux moyens maté­riels et mesu­rables, l’intelligence, l’autorité, le pres­tige, le sens de la déci­sion, la fer­me­té, etc. C’est en ce sens que […] la poli­tique [est] un phé­no­mène de puis­sance et non uni­que­ment de force, celle-ci n’étant qu’un moyen, fût-il spé­ci­fique au poli­tique. Comme n’importe quel autre moyen, la force n’est effi­cace que si elle est appli­quée, c’est-à-dire mise en œuvre par une volon­té ou un organe. […] C’est la notion de résis­tance qui nous four­nit, par ana­lo­gie avec les sciences phy­siques, la clé de l’analyse de la force. […] Quel que soit le sys­tème, on ne peut pas par­ler de la force au sin­gu­lier, car toute force sup­pose d’autres forces qui lui résistent, la com­battent ou l’annulent. La force est l’obstacle d’une autre force, c’est-à-dire il faut encore une force pour com­battre la force. […] La force nous appa­raît ain­si en poli­tique comme le moyen de la contrainte, soit que le pou­voir éta­tique réus­sisse à faire vivre dans la concorde les forces par­fois hété­ro­gènes qui s’agitent au sein de la col­lec­ti­vi­té et à faire res­pec­ter son inté­gri­té contre les forces exté­rieures, soit qu’au contraire l’une des forces inté­rieures, jusque-là conte­nue, par­vienne à bri­ser la résis­tance du pou­voir éta­bli, à s’en empa­rer et à maî­tri­ser à son tour les autres forces internes ou qu’une force exté­rieure triomphe de la col­lec­ti­vi­té en lui impo­sant ses conditions. »

Julien Freund
Qu’est-ce que la poli­tique ?, Édi­tions du Seuil, 1967

À propos de l'auteur

Julien Freund, né à Henridorff en 1921 et mort à Colmar en 1993, est un philosophe, sociologue et résistant français. Son œuvre de sociologue et de théoricien du politique prolonge celle de Carl Schmitt. Dialectophone par ses origines alsaciennes, il a également été un médiateur entre les pensées allemande et française. Par ses traductions et ses travaux, il est considéré comme le principal introducteur de Max Weber en France. Il a publié un grand nombre d’articles dans les deux langues, et ses œuvres ont été traduites dans plus de vingt pays. Son appropriation des concepts de Carl Schmitt et son approche agonistique du politique l'ont rapproché de la revue Nouvelle École et du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE).
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Jardinier du paysage…

« Jar­di­nier du pay­sage” a‑t-on dit du pay­san. Le pay­san médié­val, sur ses par­celles infimes, a été un orfèvre. »

Ray­mond Delatouche
La chré­tien­té médié­vale, un modèle de déve­lop­pe­ment, édi­tions Téqui, 1989

La France, don du ciel pour une part…

« La France, don du ciel pour une part, mais aus­si tra­vail de géné­ra­tions de pay­sans qui l’ont amou­reu­se­ment faite”, poli­cée, jardinée. »

Ray­mond Delatouche
La chré­tien­té médié­vale, un modèle de déve­lop­pe­ment, édi­tions Téqui, 1989

Le paysannat est l’origine nécessaire…

« Le pay­san­nat est l’origine néces­saire, l’assise irrem­pla­çable de toute socié­té. Et voi­là notre socié­té indus­trielle qui mesure son expan­sion à la rare­té de ses pay­sans, autre­ment dit à sa pro­gres­sion vers la mort. »

Ray­mond Delatouche
La chré­tien­té médié­vale, un modèle de déve­lop­pe­ment, édi­tions Téqui, 1989

Si les Européens finissaient par oublier ce qu’ils sont…

« Si les Euro­péens finis­saient par oublier ce qu’ils sont ou par deve­nir mino­ri­taires sur leur propre sol, il serait illu­soire de croire qu’ils pour­raient conti­nuer à y impo­ser leurs modes de vie, leurs repré­sen­ta­tions, leurs pro­blé­ma­tiques, leur être au monde. C’est ce que savent bien ceux qui veulent à la fois « abo­lir la race blanche » et « détruire l’Occident » au nom du com­bat contre le pri­vi­lège blanc. C’est leur but, conscient ou non, assu­mé ou pas. Ce qui est atta­qué, c’est bel et bien tout ce qui fonde l’être de l’Européen, sa culture et, au-delà, les fon­de­ments anthro­po­lo­giques de la pos­si­bi­li­té même d’une culture qui lui est propre. »

Georges Guis­card
Le pri­vi­lège blanc. Qui veut faire la peau aux Euro­péens ?
, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Iliade, 2021

La soumission ne paie jamais…

« Les pro­gres­sistes blancs battent leur coulpe pour faire leur auto­cri­tique et res­ter du côté des gen­tils, des « alliés » aux mino­ri­tés, plu­tôt que de sem­bler être dans le camp des racistes. Cette ser­vi­li­té ne leur sera d’aucune aide ; la sou­mis­sion ne paie jamais et il leur sera deman­dé tou­jours plus de contri­tion. »

Georges Guis­card
Le pri­vi­lège blanc. Qui veut faire la peau aux Euro­péens ?
, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Iliade, 2021

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