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Citations sur le déracinement

Nous vivons dans un déni du collectif et du symbolique…

« Nous vivons dans un déni du col­lec­tif et du sym­bo­lique qui confine à la néga­tion de la réa­li­té de la condi­tion humaine et des condi­tions de l’expérience humaine, la pesan­teur, la durée, l’origine, l’appartenance, cette réa­li­té jamais aus­si pré­sente sans doute qu’au moment où elle est refu­sée davan­tage. Nous, Euro­péens, qui avons refu­sé de men­tion­ner l’origine chré­tienne de l’Europe et pré­ten­dons inter­dire à l’Italie d’accrocher des cru­ci­fix dans ses écoles, fai­sons comme si l’argent fai­sait socié­té, comme si la bulle de l’assistance et de l’argent public pou­vait rem­pla­cer la fron­tière, oublier l’origine et se sub­sti­tuer à l’unité poli­tique. Et nous, Fran­çais, fai­sons comme si ce n’était pas les arrière-petits-enfants des esclaves de la traite, les des­cen­dants loin­tains des royaumes et des empires assu­jet­tis et rui­nés, qui nous demandent des comptes en rai­son des liens, des ori­gines et du sang ! Ils ont été ceux que nous serons, expul­sés de notre ori­gine, inter­dits de notre iden­ti­té, sus­pec­tés de résis­tance à notre dis­pa­ri­tion, rebelles à deve­nir colo­nie de nos colo­nies. L’étrange consen­te­ment de l’Europe à sa fin n’est pas étran­ger aux attaques dont elle fait l’objet : le par­tage des dépouilles attire les appétits… »

Her­vé Juvin
Le ren­ver­se­ment du monde. Poli­tique de la crise, édi­tions Gal­li­mard, 2010

Ceux que je hais, c’est d’abord ceux qui ne sont point…

« Ceux que je hais, c’est d’abord ceux qui ne sont point. Race de chiens qui se croient libres, parce que libres de chan­ger d’avis, de renier (et com­ment sau­raient-ils qu’ils renient puisqu’ils sont juges d’eux-mêmes ?). Parce que libres de tri­cher et de par­ju­rer et d’abjurer, et que je fais chan­ger d’avis, s’ils ont faim, rien qu’en leur mon­trant leur auge.
[…] Mais tous ceux-là je les dirai de la racaille, qui vivent des gestes d’autrui et, comme le camé­léon, s’en colorent, et aiment d’où viennent les pré­sents, et goûtent les accla­ma­tions et se jugent dans le miroir des mul­ti­tudes : car on ne les trouve point, ils ne sont point, comme une cita­delle, fer­més sur leurs tré­sors et, de géné­ra­tion en géné­ra­tion ils ne délèguent pas leur mot de passe, mais laissent croître leurs enfants sans les pétrir. Et ils poussent, comme des cham­pi­gnons, sur le monde. »

Antoine de Saint-Exupéry
Cita­delle, édi­tions Gal­li­mard, 1948

De grands efforts ont été faits pour briser le fil du temps…

« De grands efforts ont été faits pour bri­ser le fil du temps et sa cohé­rence, pour inter­dire aux Euro­péens de retrou­ver dans leurs ancêtres leur propre image, pour leur déro­ber leur pas­sé et faire en sorte qu’il leur devienne étran­ger. De tels efforts ont des pré­cé­dents. Du Haut Moyen Âge à la Renais­sance, de nom­breux siècles ont été sou­mis à une abla­tion de la mémoire et à une réécri­ture totale de l’histoire. En dépit des efforts déployés, cette entre­prise a fina­le­ment échoué. Celle, pure­ment néga­tive, conduite depuis la deuxième par­tie du XXe siècle, dure­ra beau­coup moins. Venant d’horizons inat­ten­dus, les résis­tances sont nom­breuses. Comme dans le conte de la Belle au bois dor­mant, la mémoire endor­mie se réveille­ra. Elle se réveille­ra sous l’ardeur de l’amour que nous lui porterons. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

Afin de zombifier les Européens…

« Afin de zom­bi­fier les Euro­péens, jadis si rebelles, on a décou­vert les avan­tages de l’immigration. Les résul­tats sont excel­lents. L’immigration mas­sive a per­mis de déstruc­tu­rer les éco­no­mies natio­nales. L’installation à demeure de com­mu­nau­tés immi­grées accé­lère la pro­lé­ta­ri­sa­tion des immi­grés eux-mêmes, mais aus­si des tra­vailleurs de souche, les « petits blancs ». Pri­vés de la pro­tec­tion d’une nation cohé­rente, trai­tés en sus­pects par la puis­sance publique, dénon­cés par les auto­ri­tés morales, les indi­gènes perdent leurs der­nières immu­ni­tés com­mu­nau­taires. Ils deviennent des « pro­lé­taires nus », des zom­bies en puissance. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

Les Français sont malvenus à dire qu’ils ne se sentent…

« Les Fran­çais sont mal­ve­nus à dire qu’ils ne se sentent plus chez eux à cause des immi­grés ! Ils ont tout lieu de ne plus se sen­tir chez eux, c’est très vrai. C’est parce qu’il n’y a plus per­sonne d’autre, dans cet hor­rible nou­veau monde de l’aliénation, que des immigrés. »

Guy Debord
Notes sur la « ques­tion des immi­grés » in Œuvres, édi­tions Gal­li­mard, coll. Quar­to, 2006

La liberté de l’individu exigeait désormais le rejet des identités reçues…

« La liber­té de l’individu exi­geait désor­mais le rejet des iden­ti­tés reçues et de les dénon­cer comme autant de pri­sons phy­siques et men­tales. Elle appe­lait la pros­crip­tion de ce qui liait, de ce qui durait et atta­chait, le congé­die­ment de tout ce qui avait jus­qu’i­ci déter­mi­né l’aventure de l’homme : ori­gine, filia­tion, paren­tèle, nation et autres com­mu­nau­tés natives ou natu­relles. Pour atteindre ce Graal de l’autonomie éman­ci­pa­trice, les rec­ti­fi­ca­tions des corps, les hybri­da­tions de l’âme, les bri­co­lages de soi deve­naient non seule­ment recom­man­dables mais recom­man­dés. On choi­si­rait désor­mais son iden­ti­té pas­sa­gère et sa com­mu­nau­té d’appartenance comme on choi­sis­sait un for­fait d’opérateur télé­pho­nique ou un four­nis­seur d’accès à Inter­net, mais avec l’option de rési­lia­tion ins­tan­ta­née. L’homme, deve­nu autoen­tre­pre­neur de lui-même, ne ren­con­tre­rait plus d’obstacle à son auto­sa­tis­fac­tion au sein de la socié­té de l’indétermination illimitée. »

Patrick Buis­son
La Cause du peuple, édi­tions Per­rin, 2016

La beauté de notre histoire, c’est d’abord celle d’un peuple…

« La beau­té de notre his­toire, c’est d’abord celle d’un peuple qui ne veut pas dis­pa­raître et qui s’accroche à l’existence de toutes les manières possibles.
Rien n’est plus contre-intui­tif, aujourd’hui, j’en conviens. Les modernes sec­taires aime­raient bien nous déra­ci­ner. Nos sym­boles, ils veulent les effa­cer, les lami­ner, les décons­truire. Ils pré­tendent nous libé­rer du pas­sé alors qu’ils nous déshu­ma­nisent, ils pro­voquent une détresse psy­chique et cultu­relle que nous pei­nons pour­tant à recon­naître, puisque nous ne vou­lons plus accor­der quelque droit que ce soit au pas­sé sur notre pré­sent. Même lorsqu’il est semé de traces nous per­met­tant de mieux nous com­prendre. Le sys­tème média­tique qui se fait le pro­pa­ga­teur d’une nou­velle culture glo­bale sou­vent insi­gni­fiante accor­dée aux prin­cipes de la mon­dia­li­sa­tion cherche à frap­per d’obsolescence l’héritage his­to­rique des peuples, qui entrave l’avènement de l’individu mondialisé. […]
On l’oublie, mais un peuple qui perd le goût de vivre peut mou­rir, en deve­nant étran­ger à lui-même et indif­fé­rent aux pro­messes qu’il s’était déjà fait. […] Un pays sans légendes, à la mémoire vide, aux racines sèches, n’est plus un pays, mais un ter­ri­toire sans âme, un ter­rain vague, sur lequel n’importe qui peut se per­mettre n’importe quoi. […] C’est par l’enracinement que nous décou­vrons la pos­si­bi­li­té de la renais­sance. Et je me dis qu’un pays qui renoue avec ses légendes, qui redé­couvre ses grands mythes, qui ne se laisse plus séduire par les décons­truc­teurs qui nous expliquent que tout, dans notre culture, est faux ou per­fide, peut du coup se réanimer. »

Mathieu Bock-Côté
Gilles Vigneault : poète de l’enracinement et de la renais­sance, Le Jour­nal de Mont­réal (blog), 24 novembre 2014

Qui est déraciné déracine. Qui est enraciné ne déracine pas…

« Le déra­ci­ne­ment est de loin la plus dan­ge­reuse mala­die des socié­tés humaines, car il se mul­ti­plie lui-même. Des êtres vrai­ment déra­ci­nés n’ont guère que deux com­por­te­ments pos­sibles : ou ils tombent dans une iner­tie de l’âme presque équi­va­lente à la mort, comme la plu­part des esclaves au temps de l’Empire romain, ou ils se jettent dans une acti­vi­té ten­dant tou­jours à déra­ci­ner, sou­vent par les méthodes les plus vio­lentes, ceux qui ne le sont pas encore ou qui ne le sont qu’en par­tie. (…) Qui est déra­ci­né déra­cine. Qui est enra­ci­né ne déra­cine pas. »

Simone Weil
L’enracinement, 1943, édi­tions Gal­li­mard, 1949

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