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Citations sur l'identité

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L’identité, socle de la cité

L’enracinement est peut-être le besoin le plus important…

« L’enracinement est peut-être le besoin le plus impor­tant et le plus mécon­nu de l’âme humaine. C’est un des plus dif­fi­ciles à défi­nir. Un être humain a une racine par sa par­ti­ci­pa­tion réelle, active et natu­relle à l’existence d’une col­lec­ti­vi­té qui conserve vivants cer­tains tré­sors du pas­sé et cer­tains pres­sen­ti­ments d’avenir. […] Les échanges d’influences entre milieux très dif­fé­rents ne sont pas moins indis­pen­sables que l’enracinement dans l’entourage natu­rel. Mais un milieu déter­mi­né doit rece­voir une influence exté­rieure non pas comme un apport, mais comme un sti­mu­lant qui rende sa vie propre plus intense. Il ne doit se nour­rir des apports exté­rieurs qu’après les avoir digé­rés, et les indi­vi­dus qui le com­posent ne doivent les rece­voir qu’à tra­vers lui. »

Simone Weil
L’enracinement, 1943, édi­tions Gal­li­mard, 1949

Je ne vois pas pourquoi il faudrait protéger les races…

« Je ne vois pas pour­quoi il fau­drait pro­té­ger les races ani­males et lais­ser périr les peuples tels qu’ils ont été façon­nés par des mil­liers d’années de longue patience.
La véri­table éco­lo­gie, c’est de sau­ve­gar­der les baleines. Mais aus­si les Toua­regs et les Zou­lous, les Basques et les Serbes, les Fla­mands et les Bre­tons, les Écos­sais et les Estoniens. »

Jean Mabire
La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994

Dans l’acte d’engendrer, [le père] célèbre un mystère…

« Dans l’acte d’engendrer, [le père] célèbre un mys­tère à lui-même incon­nu. Son apport per­son­nel peut s’y englou­tir. Il est, par exemple, pos­sible que nous res­sem­blions à un oncle ou à un aïeul loin­tain plus qu’à lui. Les généa­lo­gistes, et aus­si les bio­lo­gistes, ont l’habitude de telles sur­prises ; sou­vent, elles font écla­ter leur sys­tème. Le bagage de l’hérédité n’a pas de limites ; il remonte jusqu’au monde de l’inanimé. Il peut sur­gir de cette mer des êtres dont l’espèce s’est depuis long­temps éteinte. »

Ernst Jün­ger
Eumes­wil, 1977, trad. Hen­ri Plard, édi­tions La Table Ronde, coll. Ver­millon, 1978.

Les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts…

« Les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts ; les morts, au contraire, ins­truisent les vivants. »

Fran­çois-René de Chateaubriand
Mémoires d’outre-tombe, 1849 – 1850, tome 4, édi­tions Le Livre de poche, 2002

Aucun des dogmes de la société moderne n’est inébranlable…

« Aucun des dogmes de la socié­té moderne n’est inébran­lable. Ni les usines gigan­tesques, ni les offices buil­dings qui montent jus­qu’au ciel, ni les grandes villes meur­trières, ni la morale indus­trielle, ni la mys­tique de la pro­duc­tion ne sont néces­saires à notre pro­grès. D’autres modes d’existence et de civi­li­sa­tion sont pos­sibles. La culture sans le confort, la beau­té sans le luxe, la machine sans la ser­vi­tude de l’usine, la science sans le culte de la matière per­met­traient aux hommes de se déve­lop­per indé­fi­ni­ment, en gar­dant leur intel­li­gence, leur sens moral et leur viri­li­té. »

Alexis Car­rel
L’homme, cet incon­nu, édi­tions Plon, 1935

La civilisation mondiale, destructrice de ces vieux particularismes…

« Or on ne peut se dis­si­mu­ler qu’en dépit de son urgente néces­si­té pra­tique et des fins morales éle­vées qu’elle s’assigne, la lutte contre toutes les formes de dis­cri­mi­na­tion par­ti­cipe de ce même mou­ve­ment qui entraîne l’humanité vers une civi­li­sa­tion mon­diale, des­truc­trice de ces vieux par­ti­cu­la­rismes aux­quels revient l’honneur d’avoir créé des valeurs esthé­tiques et spi­ri­tuelles qui donnent son prix à la vie et que nous recueillons pré­cieu­se­ment dans les biblio­thèques et dans les musées parce que nous nous sen­tons de moins en moins cer­tains d’être capables d’en pro­duire d’aussi évidentes […]. »

Claude Lévi-Strauss
Race et culture, Revue inter­na­tio­nale des sciences sociales de l’UNESCO, 1971

La beauté de notre histoire, c’est d’abord celle d’un peuple…

« La beau­té de notre his­toire, c’est d’abord celle d’un peuple qui ne veut pas dis­pa­raître et qui s’accroche à l’existence de toutes les manières possibles.
Rien n’est plus contre-intui­tif, aujourd’hui, j’en conviens. Les modernes sec­taires aime­raient bien nous déra­ci­ner. Nos sym­boles, ils veulent les effa­cer, les lami­ner, les décons­truire. Ils pré­tendent nous libé­rer du pas­sé alors qu’ils nous déshu­ma­nisent, ils pro­voquent une détresse psy­chique et cultu­relle que nous pei­nons pour­tant à recon­naître, puisque nous ne vou­lons plus accor­der quelque droit que ce soit au pas­sé sur notre pré­sent. Même lorsqu’il est semé de traces nous per­met­tant de mieux nous com­prendre. Le sys­tème média­tique qui se fait le pro­pa­ga­teur d’une nou­velle culture glo­bale sou­vent insi­gni­fiante accor­dée aux prin­cipes de la mon­dia­li­sa­tion cherche à frap­per d’obsolescence l’héritage his­to­rique des peuples, qui entrave l’avènement de l’individu mondialisé. […]
On l’oublie, mais un peuple qui perd le goût de vivre peut mou­rir, en deve­nant étran­ger à lui-même et indif­fé­rent aux pro­messes qu’il s’était déjà fait. […] Un pays sans légendes, à la mémoire vide, aux racines sèches, n’est plus un pays, mais un ter­ri­toire sans âme, un ter­rain vague, sur lequel n’importe qui peut se per­mettre n’importe quoi. […] C’est par l’enracinement que nous décou­vrons la pos­si­bi­li­té de la renais­sance. Et je me dis qu’un pays qui renoue avec ses légendes, qui redé­couvre ses grands mythes, qui ne se laisse plus séduire par les décons­truc­teurs qui nous expliquent que tout, dans notre culture, est faux ou per­fide, peut du coup se réanimer. »

Mathieu Bock-Côté
Gilles Vigneault : poète de l’enracinement et de la renais­sance, Le Jour­nal de Mont­réal (blog), 24 novembre 2014

Ce qui nous sépare des Américains…

« Le sur­gis­se­ment de ces socié­tés à la marge abo­lit le des­tin des socié­tés his­to­riques. En extra­po­lant bru­ta­le­ment leur essence outre-mer, ces der­nières perdent le contrôle de leur évo­lu­tion. Le modèle idéal qu’elles ont sécré­té les annule. Et jamais plus l’é­vo­lu­tion ne repren­dra sous forme d’a­li­gne­ment pro­gres­sif. Le moment, pour des valeurs jusque-là trans­cen­dantes, de leur réa­li­sa­tion, de leur pro­jec­tion ou de leur effon­dre­ment dans le réel (l’A­mé­rique) est un moment irré­ver­sible. C’est ce qui, quoi qu’il arrive, nous sépare des Amé­ri­cains. Nous ne les rat­tra­pe­rons jamais, et nous n’au­rons jamais cette can­deur. Nous ne fai­sons que les imi­ter, les paro­dier avec cin­quante ans de retard, et sans suc­cès d’ailleurs. Il nous manque l’âme et l’au­dace de ce qu’on pour­rait appe­ler le degré zéro d’une culture, la puis­sance de l’in­cul­ture. Nous avons beau nous adap­ter plus ou moins, cette vision du monde nous échap­pe­ra tou­jours, tout comme la Wel­tan­schauung trans­cen­dan­tale et his­to­rique de l’Europe échap­pe­ra tou­jours aux Américains. »

Jean Bau­drillard
Amé­rique, édi­tions Gras­set, 1986, Le Livre de Poche, coll. Biblio essais, 1988

Civilisation, culture, tradition, sont des notions voisines…

« Civi­li­sa­tion, culture, tra­di­tion, sont des notions voi­sines au point d’être inter­chan­geables dans le lan­gage cou­rant. La culture est pre­mière dans l’ordre chro­no­lo­gique de la fon­da­tion. Elle se rap­porte à la per­ma­nence des men­ta­li­tés pro­fondes. Elle est créa­trice de sens. La civi­li­sa­tion est une culture qui a reçu une forme his­to­rique, créa­trice d’un ensemble de qua­li­tés propres dans l’ordre maté­riel, intel­lec­tuel, artis­tique et moral. La tra­di­tion est l’âme d’une culture et d’une civilisation. »

Domi­nique Venner
Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

Il tient à la nature profonde de l’homme…

« Il tient à la nature pro­fonde de l’homme, être de civi­li­sa­tion par excel­lence, de ne pou­voir trou­ver d’identification satis­fai­sante qu’à l’intérieur d’une culture et par le tru­che­ment d’une culture. »

Kon­rad Lorenz
Les huit péchés capi­taux de notre civi­li­sa­tion (Die acht Tod­sün­den der zivi­li­sier­ten Men­sch­heit), 1973, édi­tions Flam­ma­rion, 1992

Vivre dans un certain siècle et s’apercevoir…

« Vivre dans un cer­tain siècle et s’apercevoir qu’on était mieux fait pour un autre, cela ne doit pas déses­pé­rer, car ce mal­heur n’est point sans quelque remède. Nous attei­gnons par magie l’époque où nous ne nous sommes pas trou­vés maté­riel­le­ment ; nous la sai­sis­sons par son art. Être culti­vé, cela ne signi­fie pas autre chose que d’avoir le choix entre tous les moments de l’humanité et d’aller, à notre gré, de l’un à l’autre, comme un archi­pel, un navire heu­reux se pro­mène d’île en île. Toute haute vie a ses éva­sions sereines. »

Abel Bon­nard
Ce monde et moi, édi­tions Dis­mas (post­hume), 1992

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