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L’enracinement est peut-être le besoin le plus important…

« L’enracinement est peut-être le besoin le plus impor­tant et le plus mécon­nu de l’âme humaine. C’est un des plus dif­fi­ciles à défi­nir. Un être humain a une racine par sa par­ti­ci­pa­tion réelle, active et natu­relle à l’existence d’une col­lec­ti­vi­té qui conserve vivants cer­tains tré­sors du pas­sé et cer­tains pres­sen­ti­ments d’avenir. […] Les échanges d’influences entre milieux très dif­fé­rents ne sont pas moins indis­pen­sables que l’enracinement dans l’entourage natu­rel. Mais un milieu déter­mi­né doit rece­voir une influence exté­rieure non pas comme un apport, mais comme un sti­mu­lant qui rende sa vie propre plus intense. Il ne doit se nour­rir des apports exté­rieurs qu’après les avoir digé­rés, et les indi­vi­dus qui le com­posent ne doivent les rece­voir qu’à tra­vers lui. »

Simone Weil
L’enracinement, 1943, édi­tions Gal­li­mard, 1949

À propos de l'auteur

Simone Adolphine Weil est une philosophe humaniste, professeur, écrivain, née à Paris le 3 février 1909 et morte à Ashford (Angleterre) le 24 août 1943. Sans élaborer de système nouveau, elle souhaite faire de la philosophie une manière de vivre, non pour acquérir des connaissances, mais pour être dans la vérité. Dès 1931, elle enseigne la philosophie et s'intéresse aux courants marxistes antistaliniens. Elle est l'un des rares philosophes à avoir partagé la « condition ouvrière ». Successivement militante syndicale, proche des groupes révolutionnaires trotskystes, anarchistes et de diverses formations d'extrême-gauche, mais sans toutefois adhérer à aucun parti politique, écrivant notamment dans les revues La Révolution prolétarienne et La Critique sociale, puis engagée dans la résistance au sein des milieux gaullistes de Londres, Simone Weil prend ouvertement position à plusieurs reprises dans ses écrits contre le nazisme, et n’a cessé de vivre dans une quête de la justice et de la charité. Juive agnostique née d'une famille alsacienne, elle se convertit à partir de 1936 à ce qu'elle nomme l'« amour du Christ », et ne cesse d’approfondir sa quête de la spiritualité chrétienne. Ses écrits, où la raison se mêle aux intuitions religieuses et aux éléments scientifiques et politiques, malgré leur caractère apparemment disparate, forment un tout dont le fil directeur est à chercher dans son amour impérieux de la vérité, qu'elle a définie comme le besoin de l'âme humaine le plus sacré.