« L’épreuve est nécessaire à la connaissance de soi. C’est l’expérience qui nous fait prendre la mesure de nos propres forces. »
Sénèque
La Providence, éditions Arléa, trad. François Rosso, 1996
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« L’épreuve est nécessaire à la connaissance de soi. C’est l’expérience qui nous fait prendre la mesure de nos propres forces. »
Sénèque
La Providence, éditions Arléa, trad. François Rosso, 1996
« Tu es un grand homme ? Peut-être, mais comment en aurai-je la preuve si la Fortune ne te donne jamais l’occasion de manifester ton courage ? Si tu descends dans l’arène olympique sans qu’aucun concurrent ne t’y suive, tu auras les lauriers, sans doute, mais pas la victoire ! »
Sénèque
La Providence, éditions Arléa, trad. François Rosso, 1996
« Tout ce qui dépasse la mesure est nuisible. Et ce qu’il y a de plus dangereux, c’est le manque de tempérance dans la quête du bonheur : le cerveau se trouble, l’esprit est envahi d’inutiles fantasmes, une épaisse couche de brouillard rend floue la limite entre vrai et faux. Ne vaut-il pas mieux supporter, grâce à la vertu, une succession de maux plutôt que de se laisser écraser par un bien-être infini et démesuré, en mourant doucement d’inanition, en étouffant d’indigestion ? »
Sénèque
La Providence, éditions Arléa, trad. François Rosso, 1996
« L’expression verbale, ou lèthé, “ce qui n’échappa pas”, est très importante. Sa forme nominale tardive alèthéïa a été traduite en français par “vérité”. Mais il faut être prudent ; dans le contexte homérique, cette vérité (le mot n’apparaît que deux fois dans l’Iliade) n’est pas une essence abstraite, un absolu situé hors du monde et permettant de distinguer le vrai du faux ; il s’agit plutôt d’une occasion vécue, liée à la sagacité, à la perspicacité, au discernement, à l’effort de contourner ce que la perception “oublie” de voir. »
Jean-François Gautier
La Polyphonie du monde (conversations avec Maxime Reynel), éditions Krisis, 2022
« Si le sacré a semblé un temps disparaître, c’est qu’il était ailleurs que là où on l’a cherché. Il n’était plus dans les religions traditionnelles qui perdaient toutes des fidèles. Mais les questions autour desquelles tourne le sacré, quant à elles, demeuraient intactes. Il est certain qu’elles frappaient à d’autres portes et s’orientaient moins vers celles des Églises instituées que vers celles des sciences et des laboratoires. Elles quêtaient là quelques vérités sur ce qu’il en est de la Vie, de l’Univers, de l’avenir des hommes et du monde. Mais les sciences n’étant pas compétentes sur ces sujets, elles n’avaient rien à répondre sur le fond. Leur absence de réponse, loin d’être un échec interne, est un simple constat de dessaisie des dossiers. »
Jean-François Gautier
L’univers existe-t-il ?, éditions Actes Sud, coll. Le génie du philosophe, 1994
« La “grammaire” du monothéisme judéo-chrétien n’est pas d’abord religieuse, elle est morale. La bible est avant tout un livre moral, en même temps qu’un livre où s’exprime une certaine morale ; un livre que caractérise l’hyper-moralisme dénoncé par Arnold Gehlen. Le judéo-christianisme moralise tout ; toute sphère d’activité humaine s’y trouve ramenée en dernière instance à la morale ; l’esthétique ou la politique, pour ne citer qu’elles, perdent entièrement leur autonomie ; dans l’ordre des affaires humaines, la Bible installe les conditions d’apparition de la nomocratie. Ce primat de la morale fait que Iahvé est d’abord un juge, un distributeur de sanctions. »
Alain de Benoist
Comment peut-on être païen ?, éditions Albin Michel, 1981
« À l’origine du monothéisme, Nietzsche pensait pouvoir identifier la trace d’une ancienne “altération de la personnalité” : la marque d’une impuissance compensée. Pour ne pas perdre la face, celui qui ne peut pas prétend qu’il ne veut pas ─ ou que ce serait mal de vouloir. »
Alain de Benoist
Comment peut-on être païen ?, éditions Albin Michel, 1981
« Iahvé est le dieu qui refuse l’Autre, le dieu qui, dans un premier temps, se pose lui-même comme supérieur aux autres dieux, puis, dans un deuxième temps, qui déclare les tenir pour inexistants. Car l’autre dieu n’existe pas. Il est représenté comme un dieu, mais il n’est qu’une “idole”, apparence de dieu, dieu sans valeur de dieu. Transposé sur le plan séculier, ce raisonnement paraîtra légitimer toutes les formes d’altérophobie, tous les racismes, toutes les exclusions. De la notion de dieu sans valeur de dieu, on passera à celle d’homme sans valeur d’homme, de vie sans valeur de vie. L’homme agira avec les autres hommes à la façon dont Iahvé agit avec les autres dieux. Dans le monothéisme de la Bible, l’enfer, au sens propre, ce sont les autres. »
Alain de Benoist
Comment peut-on être païen ?, éditions Albin Michel, 1981
« Chacun doit traverser un cercle de feu, une épreuve par laquelle il éprouve qu’il n’y a pas de Vérité, de tracé obligatoire, mais seulement des actes à accomplir. Admettre qu’il n’y a pas de Vérité abstraite, hors sol, voilà une épreuve. Ne pas accepter de la franchir condamne ce que vous appelez les “figurations du devenir” à se réfugier dans les idéologies préparées à l’avance, et préparées par d’autres, dont les intentions ne sont pas nécessairement enviables. »
Jean-François Gautier
La Polyphonie du monde (conversations avec Maxime Reynel), éditions Krisis, 2022
« Le verbe kosmein signifiait “mettre en bon ordre” mais aussi “célébrer” et “orner”. Construire le kosmos de l’expérience du monde, c’était en trouver le régulateur, en formuler une certaine bienséance qui n’est pas sans rapport avec la beauté. Ce travail-là était cosmétique, il dessinait une parure sur le visage stellaire de la nuit qui, sans un peu d’ornement l’apprivoisant aux yeux des hommes, aurait ouvert sur d’insondables épouvantes et détruit l’ordre fragile de la Cité. »
Jean-François Gautier
L’univers existe-t-il ?, éditions Actes Sud, coll. Le génie du philosophe, 1994
« Chez Pyrrhon, il n’y a que de l’apparaître ; chez Kant, il y a une différenciation entre l’apparaître et l’être, entre le visible et la vérité. Entre les deux attitudes, il est toujours possible d’en glisser une troisième, celle de Montaigne. Je l’actualise ainsi : derrière ce qui apparaît, dirait Montaigne, il n’y a apparemment pas d’être. »
Jean-François Gautier
La Polyphonie du monde (conversations avec Maxime Reynel), éditions Krisis, 2022
« L’échec des sciences nourrit-il vraiment le terreau du sacré ? Il faut se méfier des fausses correspondances et des vases mal communicants. L’objet des métaphysiques et des religions n’est pas un immense vide que viendrait remplir le savoir rationnel. Ces activités de l’esprit ne portent pas sur le mesurable ni sur l’expérimental ; ce qui fait qu’elles n’entrent pas en concurrence avec les sciences sur une sorte de marché des certitudes inaliénables. »
Jean-François Gautier
L’univers existe-t-il ?, éditions Actes Sud, coll. Le génie du philosophe, 1994