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Citations sur la vie
Le petit homme contemporain sait comment il se nomme…
« Le petit homme contemporain sait comment il se nomme et de qui il est directement issu. Là se borne sa certitude. Et encore… De la notion du temps, il ne reçoit qu’une perception horizontale, quelque chose de dérisoirement limité. Dans l’éruption continue à la surface de la terre, il se retrouve aggloméré à des milliards d’autres hommes… De la perception verticale, celle qui se hausse par l’échelle du passé, et qui lui rendrait sa noblesse, quelle que soit la modestie de son lignage, il n’a pas conscience. Souvent il la refuse. Débarrassé de ce bagage, il s’imagine courir plus vite ! Il galope en rond, le petit homme, comme une carne au bout d’une longe, avec son anonymat pour piquet. Il n’en sortira jamais. Alors ? […]
Il ne sait rien. En quoi cela le concerne-t-il ? Il se tient seul, au centre de sa vie passagère, entre son père et son fils, bornes extrêmes de son existence […] Alors vous mesurez combien immense et proche est le désert… Je trouve cela inadmissible, révoltant, incroyable, navrant. Je demeure persuadé que la chaîne resta longtemps solide et qu’elle commença à se perdre à l’aube du monde moderne, quand les hommes s’éloignèrent du vrai pour s’occuper de balivernes. »
Jean Raspail
La hache des steppes, éditions Robert Laffont, 1974
La leçon implicite est que nous n’existons que par…
« La leçon implicite est que nous n’existons que par ce qui nous distingue, ce que nous avons de singulier, clan, lignée, histoire, culture, tradition. Et nous en avons besoin pour vivre autant que d’oxygène. »
Dominique Venner
Le Choc de l’histoire, éditions Via Romana, 2011
Je préfère les natures humaines qui ressemblent…
« Je préfère les natures humaines qui ressemblent aux lacs gelés à celles qui ressemblent au marais. Les premières sont dures et froides en surface mais profondes, tourmentées et vivantes en dessous. Les secondes sont douces et spongieuses d’apparence mais leur fond est inerte et imperméable. »
Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie, éditions Gallimard, 2011
Dans les faits, plus la prétention de l’économie à sortir
« Dans les faits, plus la prétention de l’économie à sortir de la maison pour devenir mondiale se traduit par des normes, des règles et des formes uniques, plus la réalité s’en éloigne, plus la vérité s’enfuit comme du sable entre les doigts de ceux qui savent bien que les règles et les formes sont tout ce dont la vie s’échappe. […] Vu depuis le monde qui vient, notre système du monde est d’abord caractérisé par la naïveté de la raison, qui le conduit à balayer ce qu’il ne comprend pas, à considérer insignifiant et même inexistant ce qu’il n’explique pas, même si des siècles ou des millénaires l’ont validé, comme si ce qui paraît ne pas avoir de sens ne faisait pas sens. Croire que ce qui est bon pour nous l’est pour les autres aboutit à promettre à ceux qui ne l’ont pas vécue qu’ils pourront reproduire la singulière aventure de l’Europe et de l’Occident : le simple bon sens suffit pour sentir la vanité, plus encore, la faute de cette promesse. »
Hervé Juvin
Le renversement du monde. Politique de la crise, éditions Gallimard, 2010
Seule la mort subie n’a pas de sens…
« Seule la mort subie n’a pas de sens. Voulue, elle a le sens qu’on lui donne, même quand elle est sans utilité pratique. »
Dominique Venner
Un samouraï d’Occident. Le Bréviaire des insoumis, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013
La mort. Toujours surgiront un petit nombre d’êtres…
« La mort. Toujours surgiront un petit nombre d’êtres qui sont trop nobles pour la vie. Ils cherchent la blancheur, la solitude. La noblesse d’êtres qui se lavent des souillures dans un bain de lumière apparaît souvent avec beauté sur le masque mortuaire.
Ce que j’aime dans l’homme, c’est son essence au-delà de la mort, c’est sa communauté avec elle. L’amour terrestre n’est qu’un pâle reflet. »
Ernst Jünger
Journal de guerre (Strahlungen), 1949, trad. Henri Plard, éditions Julliard, 1990
Combien peu de chose il faut pour le bonheur…
« Combien peu de chose il faut pour le bonheur ! Le son d’une cornemuse. Sans musique la vie serait une erreur. L’Allemand se figure Dieu lui-même en train de chanter des chants. »
Friedrich Nietzsche
Crépuscule des idoles ou Comment on philosophe avec un marteau (Götzen-Dämmerung oder wie man mit dem Hammer philosophiert), 1888, trad. Patrick Wotling, éditions Garnier-Flammarion, 2005
Je n’aime pas qu’on affecte de mépriser la mort…
Ne le dites à personne, aux sages seulement…
« Ne le dites à personne, aux sages seulement,
Puisque la foule raille aussitôt !
La vie qui cherche la mort dans les flammes,
Est celle seule que j’entends célébrer.
Dans la fraîcheur des nuits d’amour
Où tu reçus la vie, où tu donnas la vie,
Un sentiment étrange t’envahit
Tandis que luit dans le silence une chandelle.
Alors l’obscurité ne te tient plus
Prisonnier de ton ombre,
Et une ardeur te porte
À désirer la création suprême.
Nulle distance n’entrave ton élan,
Des ailes te portent, un charme t’est jeté,
Et enfin, assoiffé de lumière,
Tu péris, paillon, dans les flammes !
Et tant que tu n’auras pas cela,
Ce : meurs et deviens !
Tu ne seras qu’un triste voyageur
Sur cette terre obscure. »
Johann Wolfgang von Goethe
Nostalgie bienheureuse (Selige Sehnsucht), in West-östlicher Divan, 1819
Si le monde est menacé de mourir de sa machinerie…
« Si le monde est menacé de mourir de sa machinerie, comme le toxicomane de son poison favori, c’est que l’homme moderne demande aux machines, sans oser le dire ou peut-être se l’avouer à lui-même, non pas de l’aider à surmonter la vie, mais à l’esquiver, à la tourner, comme on tourne un obstacle trop rude. »
Georges Bernanos
Le Chemin de la croix des âmes, éditions Gallimard, coll. Blanche, 1948
Les dieux – entendez les passions qui nous donneront…
« Les dieux – entendez les passions qui nous donneront la force non raisonnée de vivre – ne viendront que si nous les méritons. Dans l’état sinistre où nous sommes, je ne peux que me demander – et ne vous demander, à vous, petit nombre – qu’une disposition à les accueillir. Ne pas succomber, ne pas rompre. Ne pas plier les genoux. Ne pas accepter la défaite qui en nous s’installe. Récuser la laideur qui nous lèche, en vue de jouissances immondes, de sa langue tiède. Dire non pour sauver l’éclat de notre oui. Notre courage, pour l’heure, est seul en cette forêt. Que faire ? Défricher. Tracer un sentier et, là-bas, au loin, qui vers nous s’avancera ? Je ne le sais pas. Personne en tout cas si nous ne nous efforçons pas d’ouvrir la voie. Quelqu’un peut-être, si nous avons battu le sentier et si nous sommes quelques-uns à toujours le garder ouvert, afin que les jungles toujours recommencées ne l’engloutissent. Et si nous sommes toujours obligés de tailler et d’élaguer, qu’importe ! »
Jean Cau
La grande prostituée, éditions de La Table Ronde, 1974
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