« Certains péchèrent par orgueil en confondant méfiance envers leur siècle et mépris de leurs semblables. »
Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie, éditions Gallimard, 2011
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« Certains péchèrent par orgueil en confondant méfiance envers leur siècle et mépris de leurs semblables. »
Sylvain Tesson
Dans les forêts de Sibérie, éditions Gallimard, 2011
« Nous vivons dans un déni du collectif et du symbolique qui confine à la négation de la réalité de la condition humaine et des conditions de l’expérience humaine, la pesanteur, la durée, l’origine, l’appartenance, cette réalité jamais aussi présente sans doute qu’au moment où elle est refusée davantage. Nous, Européens, qui avons refusé de mentionner l’origine chrétienne de l’Europe et prétendons interdire à l’Italie d’accrocher des crucifix dans ses écoles, faisons comme si l’argent faisait société, comme si la bulle de l’assistance et de l’argent public pouvait remplacer la frontière, oublier l’origine et se substituer à l’unité politique. Et nous, Français, faisons comme si ce n’était pas les arrière-petits-enfants des esclaves de la traite, les descendants lointains des royaumes et des empires assujettis et ruinés, qui nous demandent des comptes en raison des liens, des origines et du sang ! Ils ont été ceux que nous serons, expulsés de notre origine, interdits de notre identité, suspectés de résistance à notre disparition, rebelles à devenir colonie de nos colonies. L’étrange consentement de l’Europe à sa fin n’est pas étranger aux attaques dont elle fait l’objet : le partage des dépouilles attire les appétits… »
Hervé Juvin
Le renversement du monde. Politique de la crise, éditions Gallimard, 2010
« Le premier fait auquel confronté l’homme, comme à un destin inéluctable, et ce que nulle pensée ne peut comprendre, ni nul ne peut vouloir modifier, c’est le temps et le lieu de sa naissance : chacun est, lorsqu’il vient au monde, inséré dans un peuple, une religion, un état, un temps, une culture. Mais ce fait implique déjà la presque totalité des décisions. »
Oswald Spengler
Écrits historiques et philosophiques. Pensées, éditions Copernic, 1980
« Le petit homme contemporain sait comment il se nomme et de qui il est directement issu. Là se borne sa certitude. Et encore… De la notion du temps, il ne reçoit qu’une perception horizontale, quelque chose de dérisoirement limité. Dans l’éruption continue à la surface de la terre, il se retrouve aggloméré à des milliards d’autres hommes… De la perception verticale, celle qui se hausse par l’échelle du passé, et qui lui rendrait sa noblesse, quelle que soit la modestie de son lignage, il n’a pas conscience. Souvent il la refuse. Débarrassé de ce bagage, il s’imagine courir plus vite ! Il galope en rond, le petit homme, comme une carne au bout d’une longe, avec son anonymat pour piquet. Il n’en sortira jamais. Alors ? […]
Il ne sait rien. En quoi cela le concerne-t-il ? Il se tient seul, au centre de sa vie passagère, entre son père et son fils, bornes extrêmes de son existence […] Alors vous mesurez combien immense et proche est le désert… Je trouve cela inadmissible, révoltant, incroyable, navrant. Je demeure persuadé que la chaîne resta longtemps solide et qu’elle commença à se perdre à l’aube du monde moderne, quand les hommes s’éloignèrent du vrai pour s’occuper de balivernes. »
Jean Raspail
La hache des steppes, éditions Robert Laffont, 1974
« La leçon implicite est que nous n’existons que par ce qui nous distingue, ce que nous avons de singulier, clan, lignée, histoire, culture, tradition. Et nous en avons besoin pour vivre autant que d’oxygène. »
Dominique Venner
Le Choc de l’histoire, éditions Via Romana, 2011
« En effet, la noblesse héréditaire, c’est une noblesse “lunaire”, et pour ainsi dire faite de morts. Seule demeure en elle, principe vivant, authentique, dynamique, l’incitation qu’éprouve le descendant de maintenir par ses efforts, le niveau où atteignit son aïeul. Toujours, même en ce sens dénaturé, noblesse oblige ! Le noble d’origine s’oblige à lui-même ; l’héritage oblige le noble héréditaire. »
José Ortega y Gasset
La révolte des masses (La rebelión de las masas, 1929), trad. Louis Parrot, éditions Stock, 1937
« Notre corps, les produits de notre travail, notre langage, nos pensées, nos institutions, nos arts, tout est pour nous héritage, trésor lentement accumulé par les ancêtres. Une génération nouvelle arrive à la vie, et dans les mouvements, les passions, les joies et les douleurs qui l’agitent en tous sens, pendant les quelques heures de son existence, se mêlent, s’entrechoquent ou s’équilibrent toutes les forces du passé. »
Léon Bourgeois
Solidarité, 1896, éditions Le bord de l’eau, 2008
« En prenant des années, je me sens plus que jamais habitée par la manie de la transmission : il ne suffit pas d’être, encore moins d’avoir été ; il faut aussi léguer. Je me sens un instrument au service de la vie, un maillon de la chaîne, et non une fin en soi. J’ai reçu, je dois transmettre. »
Claudine Vincenot
Confidences des deux rivages, éditions Anne Carrière, 1999
« Il remarqua que le soleil se couchait loin dans le nord. Il lui revint à l’esprit qu’on approchait du solstice et, voyez comme vont les choses, il pensa tout à coup aux feux de la Saint Jean qu’il aurait aimé sauter en tenant Eve par la main. »
Henri Vincenot
Le pape des escargots, éditions Denoël, 1972
« La nostalgie est un penchant de paresseux. Elle autorise à ne pas traquer dans le moment présent les raisons de s’enthousiasmer. Elle permet de se contenter de feuilleter le grimoire du passé, en pleurnichant sur les âges d’or perdus. Elle affranchit de tout effort exploratoire, constitue la revanche des geignards. »
Sylvain Tesson
Préface à Carnets d’aventures, La Guilde européenne du raid / Presses de la Renaissance, 2007
« Au fil des siècles, chez les peuples européens et dans chacune de leurs cultures particulières, les formes du pouvoir nobiliaire n’ont pas cessé de changer, et souvent de façon rapide, mais la fonction politique et morale de la noblesse, en Grèce, à Rome, en Germanie, dans l’Europe médiévale ou moderne, est restée identique pour l’essentiel. La noblesse n’est pas l’aristocratie ; il y a des aristocraties de la fortune et de l’argent. Elle n’est que partiellement dépendante de l’hérédité. Elle repose sur le mérite, et celui-ci doit toujours être confirmé. La noblesse se gagne et se perd. Elle vit sur l’idée que le devoir et l’honneur sont plus importants que le bonheur individuel. Ce qu’elle a en propre c’est son caractère public. Elle est faite pour diriger la chose publique, la res publica. Sa vocation n’est pas d’occuper le sommet de la société mais le sommet de l’État. Ce qui la distingue, ce ne sont pas les privilèges, mais le fait d’être sélectionnée pour commander. Elle gouverne, juge et mène au combat. La noblesse est associée à la vigueur des libertés publiques. Ses terres d’élection sont les libertés féodales et les monarchies aristocratiques ou constitutionnelles. Elle est impensable dans les grandes tyrannies orientales, Assur ou l’Égypte. En Europe même, elle s’étiole ou disparaît chaque fois que s’établit un pouvoir despotique, ce qu’est le centralisme étatique. Elle implique une personnalisation du pouvoir qui humanise celui-ci à l’inverse de la dictature anonyme des bureaux. »
Dominique Venner
Histoire et tradition des Européens, Éditions du Rocher, coll. Histoire, 2002