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Citations sur les sciences

Ce n’est pas dans la science qu’est le bonheur…

« Ah ! ce n’est pas dans la science qu’est le bon­heur, mais dans l’acquisition de la science ! Savoir pour tou­jours, c’est l’éternelle béa­ti­tude ; mais tout savoir, ce serait une dam­na­tion de démon. »

Edgar Allan Poe
Puis­sance de la parole (The Power of Words), 1845, trad. Charles Bau­de­laire, in Nou­velles his­toires extra­or­di­naires, 1857, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2008

La pertinence est la règle de base de l’apprentissage…

« La per­ti­nence (per­ti­nere : « appar­te­nir à », « être dans le sujet ») est la règle de base de l’apprentissage du savoir. Il est indis­pen­sable d’être d’abord per­ti­nent dans toutes les matières abor­dées. Mais lorsque la crise déborde et frappe d’inanité ces modestes sapiences – modestes par leur faible enver­gure et pro­fon­deur, mais ter­ri­ble­ment immo­destes par leur volon­té d’hégémonie – le recours à l’impertinence est une sagesse rebelle qui ouvri­ra de nou­velles pers­pec­tives, lève­ra les grilles de nos pri­sons idéo­lo­giques. »

Jacques Mar­laud
Inter­pel­la­tions – Ques­tion­ne­ments méta­po­li­tiques, édi­tions Dual­pha, 2004

Lorsqu’un événement historique ou l’attitude d’un grand personnage…

« Lorsqu’un évé­ne­ment his­to­rique ou l’attitude d’un grand per­son­nage appa­raît en rup­ture avec la trame du temps ou la mora­li­té des com­por­te­ments humains, lorsqu’une zone d’ombre et d’incompréhension les enva­hit tout d’un coup et les fait échap­per aux prises de la science et de la pure intel­li­gence, l’imagination d’un groupe d’hommes ou d’un peuple, défiant les lois du quo­ti­dien, trouve natu­rel­le­ment le moyen d’imposer ses cou­leurs et ses méta­mor­phoses, ses défor­ma­tions et ses amplifications. »

Nicole Fer­rier-Cave­ri­vière
« Figures his­to­riques et figures mythiques », Dic­tion­naire des mythes lit­té­raires, édi­tions du Rocher, 1994

L’historien se doit d’éviter l’interprétation philosophique…

« L’historien se doit d’éviter l’interprétation phi­lo­so­phique de l’histoire, tout comme la bio­lo­gique ou l’économique ; sa science a pour objet l’humain ; l’histoire, tout comme l’homme, ne peut être ni expli­quée, ni subli­mée. Se regar­der soi-même dans les yeux. »

Ernst Jün­ger
Eumes­wil, 1977, trad. Hen­ri Plard, édi­tions La Table Ronde, coll. Ver­millon, 1978

Tout est venu à l’Europe et tout en est venu…

« Tout est venu à l’Europe et tout en est venu. Ou presque tout […]
Les autres par­ties du monde ont eu des civi­li­sa­tions admi­rables, des poètes du pre­mier ordre, des construc­teurs, et même des savants. Mais aucune par­tie du monde n’a pos­sé­dé cette sin­gu­lière pro­prié­té phy­sique : le plus intense pou­voir émis­sif uni au plus intense pou­voir absorbant.
Tout est venu de l’Europe et tout en est venu. Ou presque tout. […]
La petite région euro­péenne figure en tête de la clas­si­fi­ca­tion, depuis des siècles. Mal­gré sa faible éten­due, — et quoique la richesse du sol n’y soit pas extra­or­di­naire, — elle domine le tableau. Par quel miracle ? — Cer­tai­ne­ment le miracle doit rési­der dans la qua­li­té de sa popu­la­tion. Cette qua­li­té doit com­pen­ser le nombre moindre des hommes, le nombre moindre des milles car­rés, le nombre moindre des tonnes de mine­rai, qui sont assi­gnés à l’Europe. »

Paul Valé­ry
La crise de l’esprit, édi­tions NRF, 1919

L’homme moderne, l’homme de la technique, obsédé par son efficience…

« L’homme moderne, l’homme de la tech­nique, obsé­dé par son effi­cience, les objec­tifs à atteindre, n’a pour uni­vers men­tal que ce qui est subor­don­né à cette effi­ca­ci­té. Beau­té, sagesse, poé­sie, sont subal­ternes, à moins d’être mon­nayables. La tyran­nie de l’efficience débouche sur l’invivable, sur une nou­velle bar­ba­rie sans la san­té des bar­bares : la ville qui n’est pas une ville, la domi­na­tion de l’argent, le sac­cage de la nature et la mani­pu­la­tion du vivant. À force de cal­cu­ler, l’homme ren­contre l’incalculable. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

Le calcul, expression privilégiée et à tort envahissante de…

« Le cal­cul, expres­sion pri­vi­lé­giée et à tort enva­his­sante de la ratio­na­li­té éco­no­mique, consiste à tra­duire par des quan­ti­tés algé­briques ou par des nombres les coûts et les ren­de­ments. Par sa nature même, il s’attache aux choses, aux objets maté­riels que l’on compte, que l’on est cen­sé mesu­rer et à par­tir des­quels une dis­po­si­tion lar­ge­ment conven­tion­nelle de chiffres per­met l’énonciation d’un maxi­mum net. Que ce maxi­mum soit, sur une pente irré­sis­tible, confon­du avec un opti­mum est révélateur. »

Fran­çois Perroux
Pour une phi­lo­so­phie du nou­veau déve­lop­pe­ment, Édi­tions Aubier, 1981

C’est parce que je vois venir le monde où…

« C’est parce que je vois venir le monde où les scien­ti­fiques auront seuls droit au cha­pitre tan­dis que les bouf­fons du diver­tis­se­ment occu­pe­ront le temps libre des indi­vi­dus hébé­tés, c’est parce que je vois venir ce temps de bar­ba­rie (il faut relire l’es­sai de Michel Hen­ry) où la pen­sée lit­té­raire n’é­du­que­ra plus les sen­si­bi­li­tés que je parle de lutte à mort. Per­met­tez-moi de citer l’exergue du roman, extrait du Jour­nal de Gom­bro­wicz, en 1961 : Je pré­vois que, dans les pro­chaines années, l’art devra se débar­ras­ser de la science et se retour­ner contre elle — c’est un affron­te­ment qui doit avoir lieu tôt ou tard. Une bataille ouverte où chaque par­tie aura par­fai­te­ment conscience de ses moti­va­tions” : nous y sommes. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

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